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Liban : 4 choses à savoir sur le soulèvement populaire qui ne faiblit pas

Liban

Le drapeau national est partout dans les manifestations. | © AFP

Politique

Depuis une semaine, de plus en plus de citoyens se soulèvent pacifiquement contre leur gouvernement. 

 

Depuis jeudi passé, des centaines de milliers de manifestants se rassemblent de manière pacifique un peu partout dans le pays. Jeunes et moins jeunes, de toutes les classes sociales et de toutes les confessions crient ensemble leur ras-le-bol vis-à-vis de la classe dirigeante à coup de rassemblements et de slogans aux airs de printemps arabe, dont un désormais célèbre « Kellon Yaani Kellon » (« tous sans exception »), réclamant le départ des dirigeants politique, le tout enveloppé de drapeaux libanais au cèdre symbolique. De Akkar à Tyr, en passant par Beyrouth, les protestations sont toujours aussi soutenues qu’il y a huit jours, voire même attirent des nouveaux manifestants. Mais que se passe-t-il exactement ?

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Trop de taxes

Tout a commencé le jeudi 17 octobre lorsque le gouvernement a annoncé une hausse des taxes dont l’une a mis le feu aux poudres : l’instauration d’une taxe sur les appels passés via l’application Whatsapp (18 centimes d’euro par appel). Aussitôt annoncée, aussitôt annulée au vu de l’embrasement populaire que cette décision a provoqué. Mais il était trop tard, la population était déjà dans les rues pour y crier sa colère toute la nuit. Colère contre cette taxe qui intervient sur fond d’années de crises économiques et contre une classe dirigeante accusée d’être corrompue et de s’enrichir sur le dos des citoyens. En taxant whatsapp, c’est leur moyen de communication le plus répandu qui allait être en danger.

Ras-le-bol de la corruption

Depuis huit jours, les manifestations ne faiblissent pas. Des centaines de milliers de manifestants font connaître leur mécontentement à coup de slogans graveleux ou humoristique, de chants, de danses et de rassemblements pacifiques. En plus des taxes, ils s’unissent pour crier leur ras-le-bol de leurs dirigeants qu’ils accusent de corruption. Un seul mot d’ordre : tous dehors. « Kellon Yaani Kellon » : « Tous sans exception ». Certains manifestants brandissent même des balais pour montrer leur volonté de « faire le ménage ».

D’un côté, le soulèvement populaire aura déjà pu porter ses fruits puisque le gouvernement a adopté dans l’urgence une série de réformes pour calmer les esprits. Saad Hariri, le Premier ministre, a notamment promis un « budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population », une baisse de 50 % des salaires du président et des ex-présidents, des ministres et des députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques, rapporte l’AFP. Mais cela ne suffit pas. La population souhaite la tenue d’elections législatives anticipées, ce à quoi le Premier ministre s’est dit favorable, bien que les dernières se soient tenues il y a à peine plus d’un an.

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Au dernier classement mondial de l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International (TI), le Liban est classé 138ème sur 180 pays. D’après Ghassan Moukheiber, le président du groupe des parlementaires contre la corruption (LebPac), pots-de-vin, détournements de fonds et favoritisme sont autant d’exemples de la corruption qui ronge le pays, rapporte L’Orient le jour. Nos confrères rappellent également qu’en 2018, l’ancienne ministre d’État pour le Développement administratif Inaya Ezzeddine chiffrait à 5 milliards de dollars le coût de la corruption pour l’État.

Jusqu’à l’intouchable Hezbollah

Alors qu’on les croyait intouchables, certains députés chiites du sud du pays ont été touchés par les manifestants qui s’en sont pris à certaines de leurs permanences, notamment celle du président du groupe parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad et de Hani Kobeissi et Yassine Jaber du parti Amal. Les deux partis qui dominent le sud du pays. « Il s’agit d’un mouvement socio-politique non partisan qui traverse toutes les couches sociales, toutes les régions et toutes les communautés, unies face à la crainte de voir le pays tomber dans le précipice à cause de la crise économique, a déclaré à France 24 Khattar Abou Diab, politologue spécialiste du Moyen-Orient. Tous les Libanais sont concernés et notamment ceux qui vivent dans le sud du pays, majoritairement chiite et où se trouvent les territoires les plus défavorisés ».

Depuis plusieurs jours, de plus en plus de militants du parti chiite pro-iranien sont visibles dans les rues. Ces deux derniers jours, plusieurs affrontements ont d’ailleurs eu lieu entre les manifestants et les militants excédés par les slogans visant leur leader Hassan Nasrallah. Le chef du Hezbollah a toutefois mis en garde les manifestants contre le « chaos » et un « effondrement économique » en cas de « vide » institutionnel, en allusion aux revendications de la foule qui appelle, entre autres, à la chute du gouvernement. Hier encore des affrontements ont eu lieu entre les partisans du mouvement chiite et les manifestants. Le chef du Hezbollah a mis en garde la population contre un risque de guerre civile, rapporte Le Monde.

Le pays paralysé

Des dizaines de nouvelles barricades ont aussi fait leur apparition sur les routes hier, renforçant la paralysie du pays. Le blocage de l’axe reliant Beyrouth au nord du pays a lui aussi été maintenu. De grandes bâches de couleur y ont même été installées pour protéger les manifestants de la pluie et permettre à certains d’y passer la nuit. « Fermé pour cause de réparation du pays », peut-on lire sur certaines pancartes, tandis que d’innombrables panneaux rappellent la revendication numéro un du mouvement de contestation : le remplacement immédiat d’une classe politique quasiment inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), rapporte l’AFP. Des banques, des institutions publiques et de nombreux magasins étaient encore fermés au début de la semaine.

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