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Héros de guerre, expert de l’Ukraine : un témoin embarrassant pour Trump

Alexander Vindman

Alexander Vindman au Capitole, à Washington, mardi. | © MANDEL NGAN / AFP

Politique

Le témoignage mardi du colonel Alexander Vindman est venu s’ajouter aux nombreux éléments fournis par de hauts responsables de l’administration Trump dans le cadre de la procédure d’« impeachment » lancée par la Chambre des représentants.

Avant même qu’il ne témoigne devant la Chambre des représentants, le colonel Alexander Vindman avait été frappé du sceau de l’infamie par Donald Trump. Le président l’a qualifié sur Twitter de « Never Trumper », un adjectif qui désigne les républicains qui ont de longue date exprimé leur opposition au milliardaire. Donald Trump avait aussi qualifié de « Never Trumper » le diplomate Bill Taylor, qui a livré une déposition accablante, détaillant comment le président des États-Unis a tenté de faire pression sur l’Ukraine pour obtenir de Kiev l’annonce d’une enquête sur Joe Biden, son adversaire politique. L’étiquette « Never Trumper » a été régulièrement utilisée ces derniers mois par Donald Trump pour disqualifier enquêteurs, témoins et critiques. Le colonel Vindman n’est que le dernier à rejoindre la liste.

Alexander Vindman est un témoin particulièrement embarrassant pour la Maison-Blanche. Colonel de l’armée, il est directeur des Affaires européennes au Conseil de sécurité nationale, un organe qui conseille le président. Le colonel Vindman a rejoint le Conseil en juillet 2018. Sa nomination résulte donc d’une décision de l’administration Trump, pas d’un héritage des années Obama. De plus, cet homme de 44 ans est un vétéran décoré, héros de guerre qui a reçu un « Purple Heart » pour avoir été blessé dans une attaque en Irak.

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« Pas approprié »

Devant les représentants, mardi, il a confié son inquiétude face aux initiatives de Donald Trump contre l’Ukraine. Le colonel a notamment entendu l’appel entre Donald Trump et le président ukrainien Zelensky le 25 juillet dernier. C’est lors de cet échange téléphonique que Donald Trump a mentionné ses demandes concernant Joe Biden, notamment. Alexander Vindman a déclaré avoir « pensé que ça n’était pas approprié » de la part du président « d’exiger d’un gouvernement étranger qu’il enquête sur un citoyen américain ». « J’étais inquiet des répercussions sur le soutien du gouvernement américain à l’Ukraine », a-t-il déclaré selon le New York Times. Trump, lui, n’a cessé de répéter depuis septembre que son échange téléphonique était « parfait ».

Le témoignage a semble-t-il confirmé les éléments déjà connus depuis l’ouverture de l’enquête par la Chambre des représentants. Il a également permis de lever le voile sur les conditions de production d’une retranscription de l’appel du 25 juillet, que la Maison-Blanche avait accepté de publier sous la pression le 24 septembre. Ce document, qui comportait en apparence plusieurs coupes, avait d’abord été stocké dans un espace destiné aux informations confidentielles, une procédure qui ne concerne pas d’ordinaire les échanges entre chefs d’Etats. Un lanceur d’alerte au sein de la CIA y avait vu la preuve d’une volonté de dissimuler le contenu de l’appel.

Né en Ukraine, Alexander Vindman a émigré aux États-Unis avec sa famille alors qu’il était âgé de 3 ans. Cette origine étrangère a suffi à certains alliés de Donald Trump pour laisser entendre que le colonel n’était peut-être pas une source fiable, ainsi que l’a rapporté le Washington Post. Le site d’extrême droite Gateway Pundit l’a même qualifié de « cinglé pompeux ». Toutefois, pour plusieurs républicains pourtant peu enclins à critiquer Trump, mettre en doute la loyauté d’un soldat décoré demeure une ligne rouge à ne pas franchir.

Mercredi, le président a de nouveau tenté de mettre en doute le témoignage du colonel Vindman. « Le témoin Never Trumper d’hier n’a vu aucun donnant-donnant (quid pro quo en anglais, ndr) dans la retranscription de l’appel. Il y avait beaucoup de gens qui écoutaient l’appel. Comme se fait-il qu’eux n’y aient vu AUCUN problème. Chasse aux sorcières ! », a-t-il tweeté.

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