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LE POIDS DES MOTS Qui est ce candidat qui utilise régulièrement le verbe “emmerder”?

Le candidat rend un hommage curieux à Georges Pompidou | © Belga

Politique

Outre le #penelopegate, la campagne de François Fillon a révélé une autre surprise sur le candidat : son vocabulaire parfois peu châtié. Le candidat a en effet prononcé à plusieurs reprises le mot «emmerder» durant la campagne électorale.

Depuis le 30 janvier dernier, date à laquelle a commencé l’analyse des discours des candidats avec «Le Poids des mots», l’application web développée par Data Match, la cellule de datajournalisme de Paris Match, le candidat des Républicain a utilisé six fois ce verbe dans ses discours. En interview et surtout en meeting, il est le seul à employer avec une telle insistance ce mot fort peu habituel dans le vocabulaire des présidentiables. Un écart de langage que François Fillon s’autorise en référence à une citation attribuée à Georges Pompidou.

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Sur les traces de Georges Pompidou

Il s’en expliquait ainsi le 2 février lors d’un meeting à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. «Ce que les Français nous disent à travers cette impossibilité de réaliser, d’agir : qu’on arrête de nous emmerder. Voilà le message qui est celui des Français. Je me permets d’utiliser ce mot parce qu’il a été utilisé avant moi par Georges Pompidou, qui était un élève de l’Ecole normale supérieure et qui donc pouvait se permettre de parler avec cette grossièreté». Ces paroles prêtées à l’ancien président sont au coeur du programme de François Fillon, qui prétend «libérer les énergies françaises» (meeting à Maisons-Alfort, le 24 février). Pour le candidat LR, les réglementations trop omniprésentes «emmerdent» les citoyens qui sont alors empêchés d’entreprendre.

Avant Fillon, ce fut la phrase fétiche de… Copé

François Fillon n’est pas le premier à se réclamer de cette maxime, devenu un mot d’ordre pour bon nombre de défenseurs des réformes de libéralisation. Jean-François Copé, rival acharné de François Fillon, l’utilisait abondamment lorsqu’il était président de l’UMP. Durant la campagne de la primaire de la droite et du centre, la formule pompidolienne a été reprise par tous les camps, y compris Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle apparaît aussi dans un rapport d’information d’octobre 2014 sur la simplification législative par les députés Laure de la Raudière et Régis Juanico, où elle est évoquée lors des auditions par le journaliste Philippe Sassier, qui déplorait également devant les parlementaires que Pompidou n’ait en la matière «pas été entendu, et encore moins écouté».

« On en crève ! »

D’où vient cette citation? Georges Pompidou ne l’a en tout cas pas prononcée en public. Elle est apparue pour la première fois dans un livre publié en 2000 (Arrêtez d’emmerder les Français !, éd. Plon) par le journaliste Thierry Desjardins, ancien directeur général adjoint du Figaro. L’auteur avait expliqué que c’est Jacques Chirac qui lui avait raconté l’anecdote. «Un soir de 1966, alors qu’il travaillait au cabinet de Pompidou, à l’époque Premier ministre, Chirac rentre dans le bureau du chef du gouvernement avec dans les bras une pile de parapheurs», raconte Thierry Desjardins. Agacé par la montagne de paperasse, Georges Pompidou lance alors à la figure du jeune chargé de mission Chirac ce qui allait devenir un précepte : «Mais arrêtez donc d’emmerder les Français : il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays. On en crève! Laissez-les vivre un peu et vous verrez que tout ira beaucoup mieux».

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« Laisser respirer les gens »

En 2017, un autre candidat utilise le verbe «emmerder» : Emmanuel Macron. Il l’a notamment fait -«il faut laisser respirer les gens, arrêter d’emmerder les Français»- lors d’une opération séduction, le 14 mars, devant la Fédération nationale des chasseurs. Il a en revanche abandonné la référence à Pompidou lors d’un échange diffusé sur Facebook par le magazine Causette. Le candidat d’En Marche! avait alors défendu la loi sur le travail du dimanche, porteuse selon lui d’avancées sociales, en soulignant la supposée hypocrisie de ses adversaires. «Ces femmes qui ont des petits magasins dans les zones touristiques ou qui sont salariées d’un magasin de chaussures ou de vêtements, qui depuis des années travaillent, elles n’ont là aucune compensation, aucun droit, il n’y a pas de convention sociale, ça, ça n’emmerde personne, c’est normal, c’est formidable», ironisait-il. Le candidat Macron utilise rarement ce registre : Quentin Lafay, la plume de l’ex-ministre de l’Economie, expliquait récemment à Paris Match qu’il n’apprécie guère les mots trop familiers.

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