Paris Match Belgique

L’incroyable traque d’une dissendente kazakhe exilée en Belgique

Botagoz Jardemalie Kazakhstan Belgique Perquisition

La vie de Botagoz Jardemalie, une dissidente kazakhe exilée en Belgique, tient du roman d’espionnage. | © © Bernal Revert/ BRU

Politique

Botagoz Jardemalie n’est pas une réfugiée comme une autre. Traquée par des des détectives privés depuis des années, cette avocate kazakhe ne coule pas, en Belgique, des jours tranquilles. Une perquisition controversée à son domicile a fait monter la tension d’un cran. Avec cette question lancinante: l’Etat belge a-t-il prêté son concours à la répression d’une opposante politique ?

 

Une enquête d’Eric Walravens

«Il s’agit d’un dossier hors norme où la réalité dépasse la fiction. C’est un scénario à la John Le Carré ou à la Tom Clancy». En ouverture de son réquisitoire, ce lundi 21 octobre, la représentante du parquet fédéral doit constater l’évidence: la vie de Botagoz Jardemalie, une dissidente kazakhe exilée en Belgique, tient du roman d’espionnage. Un roman dans l’intrigue duquel s’entremêlent un oligarque en goguette, des milliards de dollars évaporés, une bataille judiciaire à l’échelle planétaire et d’invraisemblables tentatives d’enlèvement.

On y croise aussi, en Belgique, un journaliste peu scrupuleux et deux anciens agents de la Stasi, la police secrète de l’ex-RDA, reconvertis en détectives privés. Contre ceux-ci, le parquet fédéral a requis quatre années d’emprisonnement ferme. Il leur est reproché d’avoir monté une opération d’espionnage – en mode barbouze – pour localiser et, possiblement, pour enlever Mme Jardemalie dans le courant de l’année 2013. Chefs d’inculpation: organisation criminelle, faux et usage de faux, tentative de corruption privée, piratage informatique et, last but not least, immixtion dans la fonction publique – cette dernière inculpation visant le déguisement allégué de l’un des inculpés en agent de police afin de soutirer des informations à un avocat.

Toute rocambolesque qu’elle soit, l’affaire n’avait, jusqu’à présent, pas fait grand bruit en Belgique. Mais en ce mois d’octobre, une perquisition controversée au domicile de Mme Jardemalie a fait monter la tension, et propulsé le nom de l’opposante à la une des journaux et dans les interpellations parlementaires.

Une perquisition bâclée

Il est six heures trente du matin, mardi 1er octobre, quand les agents de la police fédérale pénètrent dans l’appartement de Botagoz Jardemalie, à Uccle, à l’aide d’une clé passe-partout. L’opposante est en déplacement à Strasbourg, et ce sont les membres de sa famille qui sont réveillés par les lampes torches et les cris. Le fils, le neveu et la mère de l’opposante ont quelques instants pour s’habiller et se rassembler dans le salon. Ils découvrent alors avec effroi que les policiers fédéraux sont accompagnés de deux agents kazakhs, en train de fouiller dans les documents de l’avocate. La famille se scandalise de ce que la Belgique, qui a octroyé à Mme Jardemalie le statut de réfugiée en 2013, collabore judiciairement avec le Kazakhstan. Le pays n’est pas, certes, une riante démocratie.

 

“L’un des agents kazakhs a pénétré dans la chambre de (Mme Jardemalie) et y est resté pendant deux minutes sans être accompagné d’un policier belge”, déclare à Paris Match l’un des membres de la famille. Mais les protestations ne lui valent que la menace d’être embarqué au poste. Une avocate de l’opposante, Me Ronit Knaller, appelée à la rescousse, est empêchée d’entrer sur les lieux de la fouille. Les policiers saisissent une caisse de documents et de nombreux appareils électroniques, notamment quatre McBook, huit iPhones, des disques durs, clés USB et cartes SIM. Mme Jardemalie soupçonne aussi les agents kazakhs présents sur place d’avoir photographié une page d’un carnet dans lequel elle conservait les mots de passe de ses messageries. Ses comptes ont enregistré des activités suspectes dans les jours qui ont suivi. «Ils ont pris des documents extrêmement sensibles liés à mes activités politiques, dont la divulgation risque de mettre de nombreuses personnes en danger, notamment des activistes au Kazakhstan», déplore l’opposante.

“La perquisition aurait dû être refusée”

christophe marchand Botagoz Jardemalie Kazakhstan
Mme Botagoz Jardemalie et son avocat, Christophe Marchand. © Bernal Revert/ BRU

D’autres documents relatifs à ses clients, ainsi que des informations sur son frère emprisonné au Kazakhstan ont également été saisies. «Ce cas crée un dangereux précédent. Il envoie le message que si la Belgique accepte une telle demande du Kazakhstan, d’autres demandes de pays autoritaires risquent d’être acceptées». Mme Jardemalie déplore plusieurs irrégularités dans la perquisition, ordonnée par la juge d’instruction Ludivine Kerzmann dans le cadre d’une commission rogatoire. A commencer par l’absence du bâtonnier, censé participer aux fouilles visant le domicile des membres du barreau, afin d’empêcher toute violation du secret professionnel.

Aucun mandat n’a par ailleurs été communiqué aux membres de la famille, qui n’ont reçu qu’une copie de leur «déclaration d’abandon volontaire» du matériel saisi. La juge d’instruction n’était pas présente sur place. Me Christophe Marchand, qui a pris en main la défense de l’opposante, pointe surtout l’irrégularité de la perquisition au regard d’une loi de 2004, qui oblige la Belgique à vérifier si les demandes d’entraide judiciaire sont fondées sur des motivations politiques, et si les saisies de documents peuvent conduire à un risque de torture. “La perquisition aurait dû être refusée”, tranche l’avocat, un habitué des dossiers d’opposants politiques internationaux – il fait notamment partie de l’équipe qui défend le dirigeant catalan Carles Puidgemont. Révélée par Le Soir, la perquisition a fait grand bruit. Mais au fond qui est cette opposante, qui suscite tant d’intérêt du pouvoir kazakh? Et quel est ce dossier qui a justifié, aux yeux de la magistrature, que la Belgique lui prête son concours?

Toutes nos révélations et nos infos exclusives dans l’édition de ce jeudi 07 novembre de Paris Match Belgique. 

Laeticia Hallyday Pascal Johnny hallyday

 

 

CIM Internet