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Selon l’émission « Clique », les propos de Julie Graziani ne sont pas un dérapage mais ont bien un objectif plus profond

Julie Graziani

Capture d'écran de Julie Graziani sur le plateau de LCI. | © LCI

Politique

Les propos de l’éditorialiste choquent, posent question, mais ne sont pas un dérapage. Selon le chroniqueur Clément Viktorovitch, ces déclarations s’inscrivent dans « une stratégie qui vise à rendre des idées dangereuses acceptables ».

 

« Si on est au SMIC, il ne faut peut-être pas divorcer dans ces cas-là » déclarait Julie Graziani, sur le plateau de LCI il y a quelques jours. La séquence n’a pas manqué de faire le tour des réseaux sociaux, provoquant l’indignation des internautes. Certains parlent de dérapages, mais peut-on réellement utiliser ce terme ?

Au début du mois, l’éditorialiste à l’Incorrect s’était déjà positionnée contre le droit de grève dans la fonction publique. En mars 2017, elle comparait le handicap avec la couleur de peau sur le plateau d’Arte. « Vous savez que 96 % des bébés diagnostiqués trisomiques sont avortés avant leur naissance. – Pour vous c’est de la discrimination, ça ? – Totalement, ça vous viendrait à l’idée d’avorter un bébé parce qu’il est noir ? »

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Les séquences surprennent, choquent, dérangent, et tombent dans l’oubli au fur et à mesure. Il faut dire que Julie Graziani n’est pas la seule à choquer par ses propos dans des débats télévisés. On peut également citer par exemple Eric Zemmour, qui à plusieurs reprises a défrayé la chronique avec ses propos plus qu’extrêmes, comme quand il reprochait à Hapsatou Sy son prénom « pas assez français ».

Clément Viktorovitch ne parle pas de dérapage mais de stratégie politique

Dans l’émission « Clique » sur Canal + , le chroniqueur Clément Viktorovitch analyse la situation, et réfute l’idée d’un dérapage. Il parle alors de la fenêtre d’Overton, connue comme la fenêtre de discours, qui rassemble les différentes opinions « que l’on peut assumer dans les médias, en public, sans être immédiatement disqualifié ». Seulement, il faut faire attention : cette fenêtre peut être élargie, et une « idée qui semblait auparavant radicale extrémiste, excessive, elle peut soudain sembler parfaitement modérée au regard d’une autre idée nouvelle qui serait plus radicale encore ».

Comme il est dit plus haut, Julie Graziani est éditorialiste à l’Incorrect, un magazine dont les fondateurs sont des proches de Marion Maréchal-Le Pen. Peut-on alors qualifier ces propos de simple dérapage ? Non selon Clément Viktorovitch. « Marion Maréchal-Le Pen a conceptualisé (…) l’idée qu’il faut d’abord influencer l’opinion publique avant de pouvoir ensuite gagner des élections », explique le chroniqueur. Pour cela, des éditorialistes sont donc utilisés pour élargir la fenêtre d’Overton dans les médias, avec des opinions les plus « outrancières possible ». Ainsi, « les positions de certains politiques (…) qui naguère étaient jugés choquantes paraissent tout d’un coup raisonnables ».

Clément Viktorovitch rappelle à la fin de sa chronique qu’il ne faut donc « pas être naïf » et croire à un dérapage, mais comprendre qu’il s’agit d’une stratégie servant un seul objectif : la conquête du pouvoir.

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