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Coupes budgétaires : Une (vieille) caricature critique le gouvernement flamand

Jan Jambon

Jan Jambon | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Politique

Une caricature de l’artiste flamand Steven Degryse datant de 2013 est réapparue sur les réseaux sociaux, après l’annonce des économies prévues dans les subsides au secteur culturel en Flandre. 

« La Flandre ne pourra briller que si sa culture rayonne », affirmait, en octobre lors de sa déclaration de politique régionale, le nouveau chef du gouvernement flamand Jan Jambon, chargé également de la Culture. Un nationaliste flamand assigné à cette matière ? Une première en Flandre, qui préoccupait le secteur. Leur inquiétude n’est que renforcée, après l’annonce du budget : en 2020, les subsides accordés à différents projets culturels passeront de 8,47 à 3,39 millions d’euros, soit une baisse drastique de 60%. Les subsides de fonctionnement seront quant à eux rabotés de 6%, un recul toutefois limité à 3% pour les institutions reconnues telles que le Vooruit à Gand ou l’Ancienne Belgique à Bruxelles.

Ces coupes budgétaires ont suscité de vives réactions. Du côté de l’opposition flamande bien sûr. Groen et le PVDA y voient une attaque contre les artistes critiques, s’inquiétant des conséquences au niveau du personel. D’après Tom De Meester (PVDA), Jan Jambon ne « considère l’art comme pertinent que lorsqu’il est au service d’une Flandre nationaliste », tandis que « les artistes critiques et novateurs doivent rester silencieux ». Le député écolo flamand Staf Pelckmans fustige également le fait que le gouvernement préfère investir dans des « briques silencieuses plutôt que dans des artistes et des journalistes critiques ». La socialiste Katia Segers (sp.a), qui siège au parlement flamand, a pour sa part souligné qu’il y avait une certaine contradiction derrière la décision : la N-VA souhaite renforcer l’identité flamande et voit la culture comme l’un des moyens de le faire, mais supprime des fonds pour ce secteur. La parlementaire flamande voit également une faute d’appréciation dans le raisonnement du ministre Jan Jambon, qui est également compétent pour les Relations internationales flamandes : « Il ne pense qu’au sommet et si on excelle sur le plan international, tout va bien. Mais il ne connait pas la dynamique du terrain. En éliminant des projets, on bloque toute la dynamique du secteur. Il faut continuer à nourrir la base, sans quoi on n’excellera jamais. C’est un désastre pour le secteur. » 

Les premiers concernés ont également réagi, comme Michael De Cock, le directeur artistique du KVS, le théâtre royal flamand à Bruxelles. Invité de Matin Première, il critique l’absence de communication au préalable et la stratégie du gouvernement flamand qui vise un niveau d’excellence à l’international. « L’excellence internationale, on l’a en ce moment. Et c’est parce qu’il y a tant de théâtres, tant de compagnies qui essayent et qui font des spectacles. Les salles sont presque pleines donc ce n’est pas le public qui pose problème », a déclaré le directeur artistique, qui juge la décision « incompréhensible ». « Ces coupes, c’est de l’économie, c’est pour gagner de l’argent au plus vite sans discuter avec les acteurs du secteur. Il n’y a aucune vision, aucune perspective dans cette décision. » 

« Papa, c’est quoi les primitifs flamands ? »

L’indignation est également palpable sur les réseaux sociaux et dans les médias flamands, eux aussi impactés par ces restrictions budgétaires. Le gouvernement a annoncé qu’il ne subventionnerait plus le Fonds flamand pour le journalisme (VJF), soutien aux projets journalistiques innovants. Autre conséquence : Bruzz recevra 6% de subventions en moins de la Communauté flamande l’année prochaine. Cela équivaut à environ 336 000 euros.

Ce n’est pas la première fois que le secteur culturel flamand est touché. Quand le gouvernement doit se serrer la ceinture, c’est même l’un des premiers qui trinque. Une caricature du dessinateur Steven Degryse, alias Lectrr, datant de 2013 en est la preuve. « Papa, c’est quoi les primitifs flamands ? » demande une fille à son père. « Des gens qui économisent sur la culture, chérie », lui répond-il. Repartageant ce dessin sur Twitter, le caricaturiste du journal De Standaard fait ainsi un joli cllin d’oeil critique au gouvernement flamand.

Lectrr ne s’est pas arrêté là. Après l’annonce des coupes budgétaires, il a imaginé « le paysage culturel flamand après Jambon Ier »… Peinte aux couleurs de la N-VA, la région flamande correspond à un seul projet : le domaine provincial de Bokrijk connu pour son musée en plein air, près de Genk d’où est originaire Jan Jambon. Et, surprise, ce lieu culturel est l’un des seuls à avoir été épargné par les coupes budgétaires. Tout comme l’Opéra flamand à Gand, ainsi que le Château d’Alden Biesen et le musée Z33, tous les deux dans le Limbourg, Bokrijk a même vu ses subsides augmenter. « La politique consiste à faire des choix, et malheureusement les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel », s’est justifié le cabinet Jambon, déclarant que les moyens ne sont pas infinis.

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