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Alter-votants : ces abstentionnistes qui vont aux urnes pour les étrangers privés de vote

Le traité de Maastricht (1992) a obligé la France à ouvrir le droit de vote aux élections locales pour les seuls étrangers ressortissants de l'UE. | © Alexandre MARCHI / Belga

Politique

À deux jours du premier tour de la présidentielle française, cette initiative semble séduire de plus en plus d’abstentionnistes.

Vous ne comptez pas voter ? Ne gâchez pas votre bulletin et donnez donc votre voix à ceux qui n’y ont pas droit. C’est en résumé ce que propose le site Alter-votants. Lancé par le collectif du même nom en janvier 2017, la plateforme permet de mettre en relation des citoyens ne souhaitant pas voter (déçus de la politique ou indécis) et des étrangers vivant sur le territoire français mais n’ayant pas le droit de vote.

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« Prenons les urnes ! »

Si l’initiative semble farfelue, elle n’en demeure pas moins ingénieuse. Le principe est simple : former des binômes entre un abstentionniste et une personnes privée de vote. Sur base d’un formulaire à remplir sur la plateforme, l’équipe du site détermine les profils politiques de chacun des inscrits (via le site ou la page Facebook) afin de créer des binômes qui se « ressemblent ». La personne n’ayant pas le droit de vote indique ensuite à son binôme abstentionniste pour qui elle souhaite voter. Ce dernier s’engage ainsi à se rendre aux urnes au nom de son tandem.

Pour que toute personne majeure actrice de la société française ait l’opportunité d’exprimer sa voix lors des élections 2017.

Que se rassurent les sceptiques, ce nouveau type de vote par procuration est tout à fait légal, selon les créateurs de la plateforme. « C’est vrai que ça peut déranger, car c’est une forme de contournement », explique un co-fondateur, juriste de profession, voulant « redonner du sens au débat, au vote ». Nous avons vérifié et ce que nous faisons est légal. »

© Facebook : @altervotants

En effet, bien que félicités et encouragés par les citoyens, notamment de la part d’étrangers heureux de pouvoir enfin participer au scrutin présidentiel, le collectif Alter-votant a également reçu « des réactions très violentes » de la part de personnes hostiles au droit de vote des étrangers. Des critiques auxquelles la plateforme répond par les chiffres. « Environ 3,6 millions de personnes nées à l’étranger de nationalité étrangères sont présentes en France, sans le droit de vote. » Et d’ajouter – en considérant la non prise en compte du vote blanc ou nul -, que la présidentielle et les législatives de 2012 comptaient 13% d’abstentionnistes, « soit environ 5,08 millions du corps électoral français. » Pire aux régionales de 2015, avec 49% d’abstention.

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Une initiative militante

À la mi-avril, malgré des débuts timides, le site enregistrait près d’une quarantaine de binômes formés. Les fondateurs du site se disent très surpris de l’ampleur pris par leur initiative militante. « Nous avons actuellement près de 500 personnes inscrites sur la plateforme, alors que nous n’avions que 20 binômes la semaine dernière. Aujourd’hui, il y a en moyenne trois à quatre inscriptions par heure sur le site. »

Nous vivons parmi trop de gens n’ayant pas accès au vote, d’autres étant désillusionnés et ne sachant que faire.

Sur le site, on peut lire le témoignage de Rémy, alter-votant avec le droit de vote : « Fidèle à la philosophie de Thoreau, je considère l’abstention comme un droit tout aussi fondamental que le droit de vote. Il est certaines élections pour lesquelles je souhaite contribuer, et d’autres pour lesquelles mon abstention signifie un refus du modèle politique dont lequel elle s’inscrit. (…) Pour autant, cette bataille m’est propre et je comprends tout à fait que d’autres puissent vouloir participer à choisir un candidat », raconte ce militant pour le droit de vote des étrangers. « Et je comprends que pour un/e résident/e étranger/ère, l’identité politique d’un/e président/e ait un impact tel qu’il/elle puisse vouloir soutenir une candidature en particulier. C’est la raison pour laquelle je serai heureux de pouvoir réitérer mon acte de 2007, offrir mon droit de vote à une personne pour laquelle notre constitution ne permet pas l’expression à laquelle selon moi elle doit avoir droit. »

Une première en France

Une initiative encore jamais vue en France qui promet – à l’avenir – d’être poursuivie pour les législatives et « peut-être pour les élections suivantes », affirme le collectif. Une façon de remettre la question du droit de vote des étrangers dans le débat public et d’instaurer le fameux droit de vote des étrangers promis notamment par François Hollande lors de sa campagne en 2012.

 

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