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Deuxième secousse du séisme Le Pen 15 ans plus tard : où sont passés les artistes engagés ?

Marine Le Pen réussira-t-elle là où son père a échoué ? | © Belga

Politique

Pour la deuxième fois en quinze ans, le Front National met le Parti socialiste en échec au premier tour de la présidentielle française. Le scénario est similaire, mais les acteurs ont changé : là où l’élection de Jean-Marie Le Pen avait choqué, celle de sa fille était attendue. Twist imprévu, en 2017 : ni le PS ni la droite ne sont face au FN au deuxième tour. 

 

21 avril 2002, 20h. C’était hier, c’était il y a quinze ans, c’est un douloureux rappel qu’à force de négliger le passé, il finit par se répéter. Et pourtant, la France entière semblait l’avoir promis comme un seul homme ce soir-là : plus jamais ça. Jean-Marie Le Pen au deuxième tour au lieu de Lionel Jospin, pour des millions de Français, c’était une gifle, une insulte à la République. Aucun sondage n’avait pourtant prédit que le candidat frontiste puisse devancer l’élu PS, et les réactions avaient été à la hauteur de la violence perçue de son élection.

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Invalider le résultat

Dès 19h45, l’équipe des Guignols avait tenté le tout pour le tout, enfreignant la loi dans l’espoir de faire invalider le résultat. Quinze minutes avant la clôture des derniers bureaux de vote, la présence de Jean-Marie Le Pen est annoncée dans l’émission. Au micro de Laurent Delahousse, en 2007, l’ex-auteur des Guignols Bruno Gaccio se confie : « on s’est dit très consciemment: on va annoncer le résultat avant pour voir si on peut faire invalider ce résultat ». En vain.

 

Avril 2002 : la France descend dans la rue – Belga

« Honte à la tyrannie »

Qu’à cela ne tienne : rien n’est encore perdu, à part une certaine vision idéalisée de la République peut-être, et il s’agit de veiller à ce que le dérapage ne se transforme pas en crash au deuxième tour. 20% pour Le Pen, 20% pour la haine : impossible de dormir pour Damien Saez qui compose Fils de France la nuit du premier tour, hymne immédiat d’une génération entière qui alterne entre incompréhension et colère. « Honte à notre pays, honte à notre patrie, honte à nous la jeunesse, honte à la tyrannie. Honte à notre pays, revoilà l’ennemi, allons marchons ensemble enfants de la patrie ». Le ton est donné, les voix s’élèvent, on se rassure au deuxième couplet avec l’élection de Jacques Chirac. La France s’est mobilisée en masse dans les urnes et dans la rue, « Le FN au premier tour, plus jamais« .

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Marine est là

En 2017, les CD ont disparu, les artistes engagés aussi. Pas d’onde de choc, pas de prises de position passionnées : tout juste si l’on n’en vient pas à se dire que la véritable surprise aurait été de voir Marine Le Pen absente du seconde tour. Les membres de Tryo ne l’avaient-ils pas déjà prédit en 2012 avec Marine est là ? « Pendant que la France s’étripe, Marine se fait couler un bain, elle a peaufiné sa tactique, et se met sur son trente-et-un (…) Que cette fille est sympathique, on lui ouvrirait bien la porte, malgré les discours populistes, sur l’étranger, sur l’Europe,… ». Dont acte : 15 ans après, contres vents et marées, Marine Le Pen a réussi à s’imposer.

Le drapeau de l’ignorance

« Fils de France. C’était à peine hier et déjà tu brandis le drapeau de l’ignorance ». C’était hier, c’était il y a quinze ans, c’était la promesse que ça n’allait plus jamais arriver. Le visage du FN a changé, l’insécurité est devenue un sujet au coeur de tous les programmes politiques. Chimère nourrie de la peur des électeurs, cette insécurité omniprésente rappelle le refrain de la Bête immonde de Michel Fugain : « que les salauds dans les salons lui trouvent des excuses, lui trouvent des raisons. Plébiscitées par les cons, elle est la fille de la ruse qui naît des décombres, la bête immonde ». De Zazie à Yannick Noah, considéré comme l’ennemi culturel numéro un des électeurs FN, à l’époque, chacun y était allé de son refrain pour dénoncer le danger. Et aujourd’hui ?

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Jo Llcool

Le drapeau de l’ignorance

Il y a bien eu les tweets enragés de Bernard Pivot, Mathieu Kassovitz ou encore Benjamin Biolay suite à l’annonce du ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen. Moins mainstream, les gravures sur photo de Jo Llcool font le pari de l’humour noir. « Mon projet d’avenir ? La campagne et personne ». Rire pour ne pas pleurer. Resté silencieux pendant la campagne, Saez a repris le micro le premier mai pour chanter sa colère. « Sur les réseaux, la fachosphère vient toujours gangrèner, le cœur de mes humanitaires, envies de tout casser. Contre les barbares de la Terre, ami faut pas lâcher ». Rien lâcher, chanter en choeur « nous serons la lutte », pour « sauver la France, la libérer ». Utopie ? La réponse ce dimanche.

 

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