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« En 2020, Trump usera et abusera de son pouvoir présidentiel »

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Donald Trump. | © Nicholas Kamm / AFP

Politique

Pap N’Diaye, professeur d’histoire américaine et directeur du département d’histoire à Sciences-Po Paris, livre les clés de l’élection présidentielle aux États-Unis, qui aura lieu en novembre.

 

« L’enjeu n’est pas simplement la réélection de Donald Trump, mais ce qui se passera pour la démocratie américaine s’il reste au pouvoir quatre années supplémentaires. La Constitution américaine est solide, mais floue, et Trump ne se sent apparemment pas contraint par elle, au vu de son comportement à l’égard du Congrès, et de sa tentative de « donnant-donnant » avec le président ukrainien, qui motive la procédure d’impeachment lancée contre lui.

En attendant ce 3 novembre 2020 fatidique, la campagne présidentielle sera d’une violence inouïe. Trump usera et abusera de son pouvoir présidentiel, avec un coup de main d’experts en manipulations et en coups tordus, y compris des équipes russes déjà au travail.

Il faut aussi compter avec les restrictions du droit de vote. Aux États-Unis, les conditions d’exercice de ce droit ne sont pas unifiées; c’est dans chaque Etat qu’une commission décide des modalités du scrutin : inscription sur les listes électorales, papiers pour voter, etc.

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Près de mille bureaux de vote ont fermé dans le pays depuis 2013, la majorité d’entre eux dans des comtés à forte population afro-américaine, et plusieurs centaines d’autres vont subir le même sort en 2020. Si l’élection est serrée, cela pourrait bien faire la différence. Ce que l’on sait désormais est que les Républicains, alignés comme des soldats derrière leur président, sont prêts à tout. Quant à la Cour suprême, elle a été renouvelée par le président dans un sens qui correspond outrageusement à ses convictions et ses intérêts. Il n’a pas grand chose à craindre d’elle.

Pap N’Diaye
Pap N’Diaye © MEHDI FEDOUACH / AFP

« Rien n’est perdu pour les opposants à Trump »

Face à Trump, le camp démocrate est partagé entre son aile gauche, qui effraye l’électorat centriste pourtant nécessaire s’il veut l’emporter, et son aile modérée, qui n’enthousiasme personne. La partie s’annonce difficile, mais rien n’est perdu pour les opposants à Trump. Celui-ci bénéficie d’un noyau dur de supporters, mais une majorité de la population désapprouve sa politique et sa personnalité. L’évolution de l’économie américaine sera également importante dans l’issue du scrutin. »

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