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Grandeur et décadence du petit prince d’Ans

Clap de Publifin pour la carrière de Stéphane Moreau au PS | © Belga

Politique

« Stéphane Moreau quitte le PS ». La dépêche, laconique, est tombée ce mardi après-midi. Nul besoin de grandes déclarations pour expliquer sa décision : les événements tumultueux de ces dernières semaines parlent d’eux-même. Ce mardi 20 juin, il a été confirmé que Grégory Philippin succèderait en tant que bourgmestre à Stéphane Moreau. Retour sur les 5 moments qui ont marqué l’ascension et la chute tout aussi fulgurante du petit prince d’Ans. 

 

Il avait pourtant tout des attributs du héros populaire. L’enfant d’Alleur, né à Paris de parents eux-même sortis de l’adolescence, élevé dans une cité par un grand-père cheminot et une grand-mère femme d’ouvrage. Une enfance modeste, mais des ambitions qui ne l’étaient certainement pas : conseiller communal socialiste, son grand-père lui inculque le virus de la politique. Un engagement qui lui permettra d’atteindre les sommets, le voyant passer de simple membre du comité du PS Alleur à l’âge de 20 ans à bourgmestre d’Ans tout-puissant. Jusqu’à la rupture, ce 25 avril, avec le parti qui lui a tout donné.

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La politique dans le sang

Prémices prémonitoires ? Stéphane Moreau entame sa carrière en politique à la fin des années 80, époque ô combien tumultueuse pour le PS liégeois. Il intègre en 1988 le cabinet du Ministre des pensions de l’époque, Alain Van der Biest. Celui-là même qui passera par la case prison quelques années plus tard, inculpé et emprisonné pour l’assassinat d’André Cools. Dans les 80’s déjà, André Cools avait fait le pari de mettre en place un contre-pouvoir économique via un puissant réseau d’intercommunales, pari risqué qui lui coûtera la vie, et qui, tenté à nouveau 30 ans plus tard par Stéphane Moreau, aura raison de son aura et de son affiliation. Mais il ne s’agit pas de raconter la fin avant d’avoir exploré les différents chapitres, et dans les années 90, Stéphane Moreau n’est encore qu’un politicien ambitieux parmi tant d’autres dans une région qui en a désespérément besoin. Dans la foulée de sa collaboration avec Alain Van der Biest, il rencontre Guy Mathot, qui lui ouvre les portes du cabinet du bourgmestre socialiste de Liège, Henri Schlitz.

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Père et impairs

Ce sont les débuts de son ascension : Stéphane Moreau devient échevin des finances de la commune de Ans, avant d’être nommé directeur du Palais des Congrès de Liège. Dans l’ombre, une figure paternelle veille : Stéphane Moreau peut compter sur le soutien indéfectible de Michel Daerden. Si l’ancien bourgmestre d’Ans n’hésitait pas à se qualifier de « Papa » dans ses campagnes, nul doute que pour Stéphane Moreau, élevé par ses grands-parents, le nom sonnait vrai. Après tout, n’ont-ils pas gravi les échelons du PS main dans la main ? Tout juste nommé Ministre fédéral des Transports, Michel Daerden s’empresse de recruter Stéphane Moreau comme expert dans son cabinet. Avant de le nommer échevin quand il conquiert le mayorat d’Ans pour la première fois en 1993. Un partenariat politique en marge duquel Stéphane Moreau développe son empire. Car l’élu ansois n’est pas qu’un politicien charismatique, c’est aussi et surtout un redoutable homme d’affaires.

 

Stéphane Moreau et Michel Daerden au temps du bonheur – Belga

Ascension électrique

En 2005, Stéphane Moreau obtient la direction de l’Association Liégeoise d’Electricité (ALE), intercommunale fondée en 1923 et reposant alors selon Apache sur une réserve financière de plus de 500 millions d’euros. Nommé directeur du Fonds de pensions et de secours du personnel de l’ALE, Stéphane Moreau le fait passer du statut d’ASBL à celui d’Organisme de financement des pensions (OFP) et le renomme Tecteo Fund, puis Ogeo Fund. Une transformation qui donne accès à une pléthore d’avantages fiscaux, comme la dispense d’une retenue d’impôt ou le caractère non imposable des bénéfices engrangés. Heureux aux affaires, malheureux en amitié ?

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Ides de mars

En mars 2011, la rupture est en effet consommée entre Stéphane Moreau et son mentor, Michel Daerden, le premier faisant partie des 20 conseillers communaux ayant signé la motion visant à démettre le bourgmestre en titre d’Ans. Tu quoque mi fili : l’événement a quelque chose des ides de Mars remises au goût du jour, et l’ironie n’échappe pas à Michel Daerden. Quelques mois avant sa démise, le « papa » des Ansois n’avait-il pas confié ses soupçons au Vif L’Express ? « La vie est toujours la même. J’en ai formé tant… Le fils, à un moment, tente de tuer le père », regrettait Michel Daerden. Qui voyait en Stéphane Moreau son « Brutus », reprenant avec amertume les mots de César : « toi aussi, mon fils ». Au moment du décès de son père en politique, en août 2012, Stéphane Moreau avait souligné que « nos origines modestes communes nous ont toujours rapprochés, et les différents combats que nous avons pu mener ensemble à Ans, à la Fédération liégeoise du Parti socialiste et sur bien d’autres terrains n’ont fait que cimenter ces liens ». Des liens qui lui ont peut-être manqué au cours des mois qui viennent de s’écouler.

Clap de (Publi)fin

Ce qui n’a tout d’abord été qu’un coup de sifflet particulièrement strident de la part d’un whistleblower mécontent aura finalement eu raison de la carrière politique de Stéphane Moreau. Lors de la révélation par Cédric Halin des rémunérations de Publifin, en décembre dernier, il fait d’abord le dos rond. Victime d’un malaise cardiaque en janvier, il panse ses blessures et préfère aux déclarations publiques la préparation minutieuse de son passage devant la Commission d’enquête. Un exposé qui tire en longueur et qui ne convainc pas. Dans la foulée de l’exclusion d’André Gilles, le petit prince d’Ans se savait menacé : il a préféré partir de son plein gré plutôt que d’être remercié. Sur son site internet, il cite en exemple une citation de Jules Claretie : « Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et surtout la grande armée des gens, d’autant plus sévères, qu’ils ne font rien du tout ». Stéphane Moreau, victime de son succès et du jugement des impotents ? Alea jacta est, et ce mardi, le sort du golden boy ansois a été confirmé : un conseil communal sera convoqué d’ici fin juin, avec au menu, trois gros morceaux: la démission effective de Stéphane Moreau, la prestation de serment de Grégory Philippin en tant que nouveau bourgmestre et celle de Philippe Saive, qui intègre le collège en tant qu’échevin. Stéohane Moreau, lui, a choisi de se concentrer sur Nethys.

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