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Qui est Ekaterini Sakellaropoulou, la première femme présidente en Grèce ?

Qui est Ekaterini Sakellaropoulou, la première femme présidente en Grèce ?

Ekaterini Sakellaropoulou prendra ses fonctions le 13 mars prochain. | © Vassilis Rempapis / Eurokinissi / AFP

Politique

Elle a été élue dès le premier tour par le Parlement avec 261 voix sur 300, du jamais vu dans ce pays de 10 millions d’habitants.

 

Après les élections législatives qui ont eu lieu l’année dernière en Grèce, le Parlement a aujourd’hui élu pour la toute première fois de son histoire une femme présidente de la République. Ekaterini Sakellaropoulou, une magistrate de 63 ans, devra donc prendre ses fonctions le 13 mars prochain pour un mandat de cinq ans. Elle succédera à Prokopis Pavlopoulos.

Cette fervente défenseuse de l’environnement a réussi à faire consensus au parlement. Elle a été élue dès le premier tour du scrutin par 261 députés sur 300, du jamais vu en Grèce. Proposée par le chef du gouvernement conservateur Kyriakos Mitsotakis, Ekaterini Sakellaropoulou était présentée par ce dernier comme la candidate de « l’unité » et du « progrès ». « Le moment est venu pour la Grèce de s’ouvrir sur l’avenir », avait plaidé le Premier ministre.

Sans appartenance politique, la candidate du rassemblement

Actuellement présidente du Conseil d’État, Ekaterini Sakellaropoulou est diplômée de droit constitutionnel et de droit de l’environnement à Athènes et à Paris-Sorbonne. Cette juge et fille de juge de la Cour suprême grecque a défendu les droits des réfugiés, des minorités et les libertés civiles. Sans appartenance politique, féministe, divorcée et mère d’un enfant, elle a surtout su se distinguer sur les dossiers de protection de l’environnement. Cette élection est un atout pour le gouvernement conservateur, qui mise sur l’énergie verte pour redresser le pays.

Qui est Ekaterini Sakellaropoulou, la première femme présidente en Grèce
Kyriakos Mitsotakis, Premier ministre grec depuis le 8 juillet 2019. © JIM WATSON / AFP

Et cette proposition du Premier ministre n’était pas sans arrière-pensée. Ekaterini Sakellaropoulou a réussi à transcender les divisions politiques traditionnelles, un choix sûr de rassemblement donc. L’ancien Premier ministre de gauche, Alexis Tsipras, a lui aussi soutenu la candidature de la magistrate. « Elle a toujours vigoureusement servi la justice, la protection des droits individuels et la neutralité religieuse de l’État. Son élection récompensera les valeurs progressistes qu’elle a défendues en tant que juge », se félicitait Alexis Tsipras qui avait nommé Ekaterini Sakellaropoulou à la tête du Conseil d’État en octobre 2018.

Une communication bien rodée dans un pays profondément inégalitaire

Dans une société profondément patriarcale, l’élection d’Ekaterini Sakellaropoulou est un symbole fort… un peu trop pour être totalement honnête ? Dernier pays européen en matière d’égalité femmes-hommes, la Grèce a encore du chemin à parcourir. Une femme sur cinq est au chômage dans le pays. Un problème de société reconnu par le Premier ministre : « Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, la société grecque est encore marquée par la discrimination contre les femmes ». Une manière pour lui de contourner le problème ? La question reste ouverte. En Grèce, le poste de présidente est essentiellement symbolique. Cheffe de l’État et des forces armées, Ekaterini Sakellaropoulou aura potentiellement le pouvoir de déclarer la guerre, mais uniquement sous la supervision du gouvernement. Le Premier ministre reste donc le seul à prendre les décisions.

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Alors qu’une loi prévoit un quota obligatoire de 40 % de femmes en politique, celles-ci sont rarement élues. Le Premier ministre lui-même n’a nommé que deux femmes ministres sur un total de 19 ministères, tout comme son prédécesseur de gauche, Alexis Tsipras. Ekaterini Sakellaropoulou avait d’ailleurs alerté sur cette situation il y a un an. Lors d’une conférence, elle avait notamment souligné « le long combat des femmes vers l’égalité », insistant sur le fait que « malgré les pas importants réalisés, les problèmes n’ont pas disparu ». Un message qui semble toujours d’actualité.

Cette élection résonne tout de même comme un vent de changement dans une société encore bien inégalitaire entre les hommes et les femmes. Malgré le manque de responsabilités du poste de présidente, cette élection pourrait bien aider à changer les mentalités. Maria Syrengela, secrétaire générale de l’organisation gouvernementale Égalité des genres, espère ainsi que cette élection constituera un « effet déclencheur pour que les femmes retrouvent une position digne dans la société ».

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