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Pourquoi le plan de Trump pour le Proche-Orient a peu de chance d’aboutir

L'administration Trump a surtout sorti un texte qui répond à toutes les exigences israéliennes... | © Photo by AHMAD GHARABLI / AFP

Politique

La plupart des observateus et spécialistes du conflit israélo-palestinien ne donnent pas l’ombre d’une chance au plan proposé par le président américain pour pacifier le Proche-Orient, tant il favorise Israël et impose des conditions draconiennes à la naissance d’un Etat palestinien.

 

La mise en scène pour dévoiler le contenu des 80 pages concoctées dans la plus grande discrétion depuis près de trois ans par la Maison Blanche a frappé les esprits: le président des Etats-Unis flanqué du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, prenant la parole l’un après l’autre comme pour en revendiquer la double paternité. En l’absence de tout représentant palestinien…
« C’était coordonné avec une seule partie, et semble n’avoir qu’un objectif politique », explique Michele Dunne (Carnegie Endowment for International Peace): « il s’agit d’aider Netanyahu dans sa lutte politico-judiciaire (…) et de consolider le soutien pour Trump parmi les électeurs pro-Israël ».

Ni les palestiniens, ni les colons n’en veulent…

« Les Palestiniens l’ont rejeté d’un revers de la main, tout comme les colons israéliens qui s’opposent à toute forme de souveraineté palestinienne« , explique Steven Cook, du cercle de réflexion Council on Foreign Relations. « Cela ne fait en aucun cas avancer la cause de la paix », ajoute-t-il. Pour Michele Dunne, , « rien ne montre que ce plan puisse même mener à des négociations ». Pour les spécialistes de ce conflit inextricable, tout n’est pas à jeter dans la « vision » élaborée par Jared Kushner, conseiller et gendre du milliardaire républicain. Le chef du gouvernement israélien s’est ainsi dit prêt à reconnaître un Etat palestinien et à geler pendant quatre ans le développement de colonies, tandis que Donald Trump a promis que cet Etat aurait sa capitale dans la partie orientale de Jérusalem. Et grâce à un réseau de transports « modernes et efficaces », dont un train à grande vitesse entre Gaza et la Cisjordanie, un tel Etat serait « d’un seul tenant ».

Trop pro-israéliens

L’administration Trump a sorti un texte qui répond à toutes les exigences israéliennes: s’agissant de la Vallée du Jourdain, il n’est plus question de simple sécurité mais de souveraineté israélienne; et toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie peuvent être annexées. Autant de repoussoirs pour l’Autorité palestinienne. « S’il ne faut retenir qu’une chose, c’est que ce plan place la frontière orientale d’Israël sur la Vallée du Jourdain », insiste Michele Dunne. « Tout le reste, ce sont des détails. Tout ce qui est donné aux Palestiniens n’est que provisoire, conditionnel et éloigné dans le temps et donc probablement inatteignable ».

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Jérusalem, éternelle problème

Après l’annonce de ce plan, au moins 13 Palestiniens ont été blessés mardi soir dans des heurts avec les forces israéliennes en Cisjordanie occupée, selon le Croissant-Rouge palestinien. Photo by SAID KHATIB / AFP

Si le Premier ministre israélien a salué « une journée historique », le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé de son côté que le plan ne passerait pas. « Il est impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem » comme capitale d’un Etat palestinien, a-t-il lancé. Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d’habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, a aussi rejeté la proposition américaine. Et le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, avait par avance appelé la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international.

Un État palestinien réduit et démilitarisé

Leur Etat, sur une superficie bien en-deçà des Territoires occupés en 1967 qu’ils revendiquent, serait ainsi démilitarisé, avec une capitale réduite à certains faubourgs de Jérusalem. Et il ne verrait le jour qu’en échange d’un renoncement aux armes et d’une reconnaissance d’Israël comme Etat juif — autant de conditions difficiles à remplir tant que le Hamas contrôle Gaza. « Le Hamas a un droit de veto », constate Henry Rome, de la société d’analyse des risques Eurasia Group.

Un horizon limité

Dans ces conditions, quel est l’horizon des Palestiniens? « Aussi faibles soient-ils, ils peuvent toujours dire non », relève Michele Dunne. Mais selon cette ex-diplomate, le plan Trump risque d’accélérer la transition d’une lutte pour un Etat indépendant « à un combat pour les droits sur le modèle de l’Afrique du Sud » pendant l’apartheid. Dans l’immédiat, la Maison Blanche compte sur les alliés arabes des Etats-Unis pour faire pression sur les Palestiniens. Et l’accueil est, à cet égard, plutôt positif.

Trois monarchies du Golfe (Oman, Bahreïn et les Emirats arabes unis), qui n’ont pas de relations avec Israël, ont assisté à la présentation du plan par le duo Trump-Netanyahu.
Et l’Arabie saoudite, d’ordinaire sourcilleuse lorsqu’il s’agit de défendre les aspirations palestiniennes, a dit « apprécier » les efforts américains, tandis que l’Egypte a appelé les Palestiniens à un « examen approfondi » des propositions de Washington. « Les Palestiniens seront tentés de rejeter d’emblée ce plan, mais ils devraient résister à une telle tentation et accepter le principe de négociations directes pour plaider leur cause », prévient l’ancien diplomate américain Richard Haass. « Un rejet total pourrait saper les derniers espoirs d’aboutir à une solution à deux Etats, aussi modestes soient-ils. »

Avec Belga

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