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Belgique et Arabie Saoudite : une amitié qui dérange

En 2014, la Belgique avait envoyé une mission diplomatique en Arabie saoudite et au Sultanat d'Oman | © Belga

Politique

Suite à la polémique autour de l’adhésion de l’Arabie saoudite à la Commission pour les droits des femmes des Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders souhaite qu’un débat soit mené au parlement sur les lignes de conduite de la politique belge vis-à-vis du pays.

 
« L’attitude de la Belgique aux Nations-Unies à propos de l’admission de l’Arabie saoudite dans la Commission des Nations Unies pour les droits des femmes a suscité une vive polémique. Le royaume saoudien ne respecte en effet pas les droits des femmes, pas plus d’ailleurs qu’il ne respecte les droits humains en général. Depuis quelques mois, la question des relations avec ce pays traditionnellement considéré comme un allié et un partenaire commercial important provoque la controverse. Il est important que l’on ait au parlement un débat sur les lignes de conduite que nous voulons suivre dans tous les aspects et pas seulement sur un seul point. Il faut que nos représentants dans le monde sachent quelle est la ligne de conduite de la Belgique », a souligné Didier Reynders.

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La fin du clean slate

Le ministre a soumis vendredi au comité ministériel restreint la modification de la procédure à suivre en cas de vote sur des candidatures aux Nations-Unies. Jusqu’à présent, la Belgique s’en tenait au clean slate et soutenait le candidat dès lors qu’il était seul à solliciter la fonction. Dorénavant, la décision sera prise au niveau politique. Une attention particulière sera portée à la coordination avec les autres pays européens. En effet, ainsi que l’a fait remarquer Didier Reynders : « nous ne pouvons pas influencer seul le cours des choses ».

 

Didier Reynders veut une ligne de conduite claire pour la Belgique – Belga

« L’exemple de ce qu’il ne faut pas faire »

Reste que pour certains politiciens belges, la Belgique a gravement failli à son devoir en votant en faveur de l’adhésion de l’Arabie saoudite à la Commission pour les droits des femmes. Pour le député Groen Wouter De Vriendt, « un vote positif de la Belgique est tout simplement choquant, et un coup dans l’estomac de tout qui se bat pour les droits de la femme. Didier Reynders n’ose pas provoquer l’Arabie saoudite, et ce faisant, il légitimise les violations des droits de la femme. À l’échelle du monde ce pays est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Les femmes y sont victimes de discrimination systématique ».

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« Je regrette ce vote »

Si Didier Reynders a d’abord refusé de confirmer que la Belgique avait voté oui à l’adhésion de l’Arabie saoudite, le Premier Ministre, Charles Michel, ne s’est pas embarassé de ces précautions. Et il n’a pas hésité à condamner cette décision. « La plupart du temps, cela se passe sans besoin de voter. Il est très courant, au sein de l’ONU, que la désignation de pays au sein des organismes se passe sans vote lorsqu’il y a autant de candidats que de postes à pourvoir. S’agissant de cette élection, provoquée de manière inhabituelle par les États-Unis : nous avons été informés en urgence de ce vote, nous n’avons eu que quelques heures pour y répondre. Je regrette ce vote. Si c’était à refaire, le gouvernement aurait plaidé pour qu’il n’y ait pas le soutien (à l’Arabie saoudite), il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. J’ai donné des instructions afin qu’à l’avenir l’appréciation politique de ce type de dossier ait lieu au plus haut niveau. Il faut redoubler d’efforts pour promouvoir le droit des femmes ».

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