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Qui est Amy Klobuchar, la surprise démocrate dans le New Hampshire ?

Amy Klobuchar candidate démocrate

Amy Klobuchar pourrait-elle battre Donald Trump ? | © Joseph Prezioso / AFP

Politique

Dans le New Hampshire, Amy Klobuchar a décroché la troisième position, derrière Bernie Sanders et Pete Buttigieg. Dans l’ombre de ses concurrents depuis trop longtemps, la démocrate est enfin remarquée comme étant l’atout modéré du Midwest.

Amy Klobuchar sort de l’ombre. Alors qu’elle n’a obtenu que la cinquième place lors du tumultueux caucus de l’Iowa, la sénatrice du Minnesota a créé la surprise ce mardi en se hissant sur la troisième marche du podium de la primaire démocrate du New Hampshire. Derrière Bernie Sanders, vainqueur avec 26%, et Pete Buttigieg qui le suit de très près avec 24%, la candidate que personne n’attendait talonne les deux hommes avec 20% des suffrages, tandis que Joe Biden (8%) et Elizabeth (9%) essuient un cuisant revers.

« Bonjour l’Amérique, je suis Amy Klobuchar et je battrai Donald Trump », a lancé la sénatrice triomphante, se félicitant de son résultat devant une nuée de drapeaux verts, couleur de sa campagne. Née à Plymouth, une banlieue de Minneapolis, la centriste de 59 ans assure être la mieux placée pour rassembler « démocrates enthousiastes, indépendants et républicains modérés ». En poste depuis 2007, elle a récemment reçu le soutien du New York Times, à égalité avec la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, plus radicale. Sa longue expérience au Sénat « et sa capacité prouvée à rassembler les deux camps feraient d’elle une experte des compromis (véritablement, pour sa part) et une figure qui unirait les deux ailes du parti – et peut-être la Nation », a estimé le quotidien new-yorkais.

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La reconquête du Midwest

Ce n’est pas Amy Klobuchar qui contredirait le journal. Depuis l’annonce de sa candidature il y a tout juste un an, le 10 février 2019, cette femme « résolument normale« , selon Elle, aime répéter que, s’ils veulent gagner contre Donald Trump, les démocrates doivent absolument reconquérir le Midwest, la région nord-est centrale, rurale et ouvrière, dont elle est originaire. « Amy Klobuchar parle de problématiques comme le changement climatique, le rétrécissement de la classe moyenne, les armes à feu et le commerce avec une empathie qui se connecte aux expériences des électeurs, en particulier au centre du pays », analyse le New York Times à propos de cette petite-fille d’un mineur cordiale, mais ferme, qui est « la définition même du charisme, du cran et de la persévérance du Midwest ». Des atouts à ne pas négliger pour séduire cette région qui avait en partie basculé pour Donald Trump en 2016.

Pour être plus proche de ses électeurs, la sénatrice du Minnesota n’hésite pas en effet à évoquer sa propre vie, marquée par des épreuves qui ont nourri ses convictions politiques. Comme la bataille de son père contre l’alcoolisme qui l’a poussée à présenter, dans la course à la Maison Blanche, un plan ambitieux pour renforcer les programmes de santé publique liés aux troubles mentaux et aux addictions. Son ambition de suspendre de manière immédiate « les efforts de l’administration Trump pour éliminer les protections sociales », l’une de ses mesures phares, lui vient certainement de ce douloureux moment où elle avait dû quitter l’hôpital 24 heures seulement après son accouchement, alors que sa fille Abigail était en soins intensifs, faute d’assurances couvrant une hospitalisation plus longue.

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Sur son site de campagne, la candidate démocrate avait publié en juin dernier une série de cent propositions pour ses cent premiers jours de présidence. Au premier jour, les États-Unis sous Amy Klobuchar rejoindraient l’accord international sur le climat. Elle l’avait déjà affirmé lors de son discours pour annoncer son entrée dans la course à la présidentielle, sous la neige, par près de -10°C à Minneapolis. Donald Trump s’était d’ailleurs moqué de son allure de « bonhomme de neige », tout en niant la réalité du changement climatique. « La science est de mon côté », avait-elle taclé sur Twitter, avant d’ironiser sur la célèbre chevelure du président : « Et je me demande comment vos cheveux réagiraient dans une tempête », illustrant ainsi sa facette humoristique.

amy klobuchar et sa famille
Le 10 février 2019, Amy Klobuchar, son mari John et leur fille Abigail. © Kerem Yucel / AFP

Passé trouble

Ex-procureure et ancienne avocate, elle fut la première femme élue au Sénat américain par le Minnesota, en 2006 après une campagne qualifiée par la presse américaine d’« énergique ». Douze ans plus tard, en 2018, elle est réélue pour un troisième mandat au Sénat avec une écrasante majorité. Sa performance a été remarquée deux ans à peine après que Donald Trump avait failli remporter l’Etat face à Hillary Clinton.

Sous ses airs de parfaite candidate, Amy Klobuchar fait également face à des critiques. La quinquagénaire doit ainsi répondre aujourd’hui à son passé de procureure, et d’une affaire en particulier, très médiatisée, qui avait condamné un adolescent noir à perpétuité après une enquête de police jugée bâclée. La démocrate est également décrite par des dizaines d’ex-employés comme « une patronne irascible » qui rendait les conditions de travail intenables, soulignait Slate après l’annonce de sa candidature. Une atmosphère toxique pour cette équipe humiliée par mails et terrifiée par des accès de colère imprévisibles, qui se soldent parfois par des hurlements et des objets jetés. « Oui je peux être dure, et oui je pousse parfois les gens », avait-elle répondu en 2019, avant d’avancer que son ardeur pourrait être bénéfique pour les États-Unis. « J’attends beaucoup de moi-même. J’attends beaucoup des gens qui travaillent pour moi. Mais j’ai aussi de grandes attentes pour ce pays. »

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