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Donald Trump commue une série d’hommes riches et corrompus (et fait polémique aux États-Unis)

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Donald Trump, le 18 février 2020. | © MANDEL NGAN / AFP

Politique

Le président américain a accordé des remises de peine à plusieurs fonctionnaires et hauts dirigeants, alimentant les spéculations sur sa volonté d’user de ce droit régalien pour favoriser certains de ses proches.

Donald Trump est d’humeur généreuse. Le président américain a gracié sept personnes qui avaient déjà purgé une peine de prison, en plus de commuer la peine de quatre individus toujours emprisonnés, dont celle de Rod Blagojevich, ex-gouverneur démocrate de l’Illinois condamné à 14 ans de réclusion pour avoir tenté de vendre le siège de sénateur laissé vacant par Barack Obama. Cette décision alimente les spéculations sur la volonté du milliardaire républicain d’user de ce droit régalien en faveur de certains de ses proches écroués ou sur le point de l’être.

Cette commutation signifie que Rod Blagojevich peut sortir de prison, mais que sa condamnation n’est pas effacée. « Il a passé huit ans en prison, c’est long. Je ne le connais pas très bien, je l’ai rencontré une ou deux fois », a souligné Donald Trump lors d’un échange avec les journalistes avant de s’envoler pour Las Vegas. « Il avait l’air d’être de quelqu’un de très bien. » En début d’année, l’ex-gouverneur condamné en 2011 pour extorsion de fonds, pots-de-vin et autres actes de corruption avait critiqué avec virulence l’enquête en destitution lancée par les démocrates dans une lettre ouverte à un média conservateur.

« Il n’était pas obligé de faire ça. Il est un président républicain, j’étais un gouverneur démocrate », a remercié Rod Blagojevich, se qualifiant dorénavant de « Trumpocrate », selon des propos recueillis par NBC News. Selon le New York Post, l’ancien gouverneur de l’Illinois avait participé par le passé à l’émission de télé-réalité du milliardaire, « The Celebrity Apprentice ».

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Après son élection à la Maison Blanche en 2008, Barack Obama avait démissionné du Sénat. Or, en cas de vacance, c’est au gouverneur de l’Etat concerné de nommer un nouveau sénateur jusqu’à l’élection sénatoriale suivante. Rod Blagojevich, qui occupait alors ce poste, avait tenté de monnayer ce siège en réclamant en échange des postes haut placés ou très bien rémunérés pour lui et son épouse.

Rod Blagojevich
L’ancien gouverneur de l’Illinois Rod Blagojevich, après sa sortie de prison, le 19 février 2020. © KAMIL KRZACZYNSKI / AFP

Vu d’un mauvais oeil

Aux États-Unis, la clémence du locataire de la Maison-Blanche vis-à-vis de « criminels en col blanc » fait polémique. « Donald Trump a insisté à plusieurs reprises sur sa volonté de réformer la justice pénale, en s’attaquant notamment aux peines excessives infligées aux minorités », rappelle le New York Times, repéré par Courrier International. Mais cette vague de commutations de peines et de grâces « vise principalement à passer l’éponge sur les actions d’hommes blancs riches, puissants et bien connectés. »

Outre Rod Blagojevich, Donald Trump a usé de son droit en faveur de Bernie Kerik, ancien commissaire de police de New York condamné à quatre ans de prison en 2009 après avoir été reconnu coupable entre autres de fraude fiscale et de mensonge à des responsables de la Maison-Blanche. Selon les médias américains, Bernie Kerik est un invité régulier à Mar-a-Lago, le club privé de Donald Trump en Floride, ainsi qu’un collaborateur de Fox News.

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Le président américain a aussi gracié le financier Michael Milken, qui avait reconnu sa culpabilité à des accusations de fraude dans les années 1990, et Edward DeBartolo, l’ex-propriétaire des 49ers de San Francisco qui avait été condamné pour son implication dans une affaire de corruption dans les années 1990.

Roger Stone, prochain sur sa liste ?

Tous les yeux sont rivés à Washington sur le cas de Roger Stone, qui a conseillé Donald Trump avant et pendant sa campagne présidentielle, et été reconnu coupable de mensonge au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection américaine de 2016. Interrogé sur sa volonté d’accorder le droit de grâce à certains de ses proches, le milliardaire est resté évasif. Roger Stone pourrait-il faire partie de la prochaine liste ? « Je n’y ai pas réfléchi », a-t-il répondu. « Je pense qu’il a été traité de manière très injuste », a-t-il cependant ajouté.

Dans une série de tweets, Donald Trump a renouvelé ses attaques contre le système judiciaire, en insistant particulièrement sur l’enquête sur l’ingérence russe. « Si je n’étais pas président, je poursuivrais tout le monde », a-t-il écrit, menaçant de le faire « quand même ».

Avec Belga

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