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Crise des migrants : « Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau » annonce la Turquie à l’UE

Crise des migrants : « Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau » annonce la Turquie à l'UE

Après l'ouverture des frontières de l'Europe aux réfugiés, des centaines de migrants sont arrivés sur les îles grecques en 24 heures. | © ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Politique

De son côté, l’Union européenne attend d’Ankara qu’elle respecte l’accord sur les migrants.

 

La situation se tend entre l’Union européenne et la Turquie. Alors qu’Ankara a mis en garde contre un nouvel afflux de migrants, l’UE demande au pays de respecter leur accord visant à empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, conclu en 2016. Des dirigeants de l’UE doivent se rendre mardi en Grèce. « Nous sommes convaincus de la valeur de l’accord et nous attendons qu’il soit respecté », a déclaré Steffen Seibert lors d’une conférence de presse à Berlin. Il a ajouté que tout différend sur le sujet entre Ankara et Bruxelles devrait être réglé via des discussions entre partenaires.

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Les dirigeants des trois institutions de l’UE vont se rendre mardi en Grèce, à la frontière avec la Turquie, parce que « le défi que doit relever la Grèce est un défi européen », a annoncé dans ce contexte la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Je reconnais que la Turquie est dans une situation difficile en ce qui concerne les réfugiés et les migrants. Mais ce que nous voyons maintenant ne peut être la réponse et la solution », a ajouté Mme von der Leyen lors d’une conférence de presse.

Ouverture des frontières entre la Turquie et la Grèce

Des « millions » de migrants se dirigeront « bientôt » vers l’Europe après que la Turquie a ouvert ses frontières, a auparavant affirmé le président Recep Tayyip Erdogan, accentuant la pression sur le Vieux Continent. « Depuis que nous avons ouvert nos frontières (vendredi), le nombre de ceux qui se sont dirigés vers l’Europe a atteint les centaines de milliers. Bientôt, ce nombre s’exprimera en millions », a affirmé le président turc lors d’un discours à Ankara. Ces chiffres semblent très surévalués par rapport à la réalité observée sur le terrain par l’AFP.

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Recep Tayyip Erdogan ne semble pas prêt de changer d’avis. « Après que nous avons ouvert les portes, les coups de téléphone se sont multipliés, ils nous disent « fermez les portes ». Je leur ai dit : « C’est fait, c’est fini. Les portes sont désormais ouvertes. Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau » », a-t-il affirmé lors d’un discours à Ankara.

Crise des migrants : « Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau » annonce la Turquie à l'UE
« C’est fait, c’est fini. Les portes sont désormais ouvertes. Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau », annonce Erdogan. © Adem ALTAN / AFP

À la suite de l’escalade des tensions dans le nord-ouest de la Syrie, la Turquie a décidé de laisser le flux migratoire se diriger vers les frontières extérieures de l’Europe, soit les frontières gréco-turques et gréco-bulgares, pour faire pression sur l’Occident et obtenir de l’aide.

La frontière turque s’ouvre, la grecque reste fermée

Après avoir appris que la Turquie ne retiendrait plus ceux qui voulaient se rendre en Europe, plusieurs milliers de migrants se sont rués vers la frontière grecque, munis de leurs rêves et d’une conviction : traverser serait un jeu d’enfant. Mais arrivés sur place, ils n’ont trouvé qu’une frontière grecque fermée à double tour. La Grèce a annoncé avoir bloqué l’entrée sur son territoire de près de 10 000 migrants en 24 heures en provenance de Turquie. Entassés par milliers à proximité du poste de Pazarkule, à deux pas du continent tant désiré, ils subissent les gaz lacrymogènes le jour, et le froid mordant la nuit.

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« La frontière est fermée. On nous a dit : « C’est ouvert, c’est ouvert ! «  Mais ce sont des mensonges », peste Nejip, un Afghan âgé de 20 ans, veste en cuir sur le dos et capuche sur la tête. Il a réussi avec des amis à se frayer un chemin à travers les barbelés, mais à peine avaient-ils posé le pied en Europe, qu’une patrouille grecque les a interceptés et renvoyés. « La police grecque nous a attrapés. Ils nous ont tout pris, notre argent, tout », déplore-t-il. Certains de ses compagnons de route avancent pieds nus : leurs chaussures, disent-ils, ont été confisquées par les Grecs.

Crise des migrants : « Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau » annonce la Turquie à l'UE
La tension monte du côté grec. © ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Comme Nejip, plusieurs migrants interrogés par l’AFP ont fait part de leur désillusion et de leur frustration croissante, après plusieurs jours d’attente et de tentatives de traversée avortées. Face à cet afflux, les autorités grecques ont barricadé le poste frontalier de Kastanies, en face de Pazarkule, utilisé dimanche des canons à eau et des grenades assourdissantes et envoyé des SMS pour dissuader les migrants de tenter de traverser.

Avec Belga

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