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Djihadistes belges : « Il faut entrer dans leurs esprits et renforcer le renseignement »

Le chercheur et islamologue belgo-palestinien Montasser AlDe'emeh à Tigris, lors du périple syrien qui le conduira notamment à la prison de Hassaké où il rencontrera plusieurs djihadistes belges détenus. Le chercheur a par ailleurs travaillé, de 2014 à 2016 pour la Sûreté de l'Etat belge. ©DR

Politique

S’interroger sur l’avenir des Foreign Terrorist Fighters belges détenus en Syrie n’est qu’une question parmi d’autres plus brûlantes selon Montasser AlDe’emeh. L’islamologue, qui a infiltré en 2014 les rangs d’Al-Nosra sur ce terrain, a travaillé deux ans durant pour la Sûreté de l’Etat belge et s’est rendu dans la prison syrienne d’Hassaké en décembre dernier, dénonce une frilosité de la classe politique face à l’extrême droite dans ces matières et plaide notamment pour un renforcement du renseignement.

«30 % des Foreign Terrorist Fighters sont revenus en Belgique. L’un ou l’autre d’entre eux peut être en train de boire un café à la table d’à côté. Quid de ces djihadistes détenus en Belgique ou fraîchement libérés ? S’est-on bien occupé d’eux?», s’interroge-t-il en substance. A-t-on pu pénétrer leur cerveau, leur âme ? Connaît-on à fond leur background social et culturel, leur ressenti ? «Cette question est plus urgente, et on n’a aucun plan, ni pour ceux qui sont sortis, ni pour ceux qui vont sortir… Rappelez-vous cette attaque qui eut lieu en France même. »

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A l’été 2016, dans les murs de Fleury-Mérogis, 200 détenus arborant des cagoules noires se rassemblent dans la cour et mettent sur pied une brigade avec entraînement militaire de type Daech. Cet épisode est rappelé dans Le Jihadisme français : quartiers, Syrie, prisons, publié récemment aux éditions Gallimard par Hugo Micheron, chercheur en sciences politiques, sociologie
et géopolitique, spécialiste de la radicalisation islamique. Sur l’idéologie, il rejoint l’islamologue Gilles Kepel, dont il a été l’élève. Il rappelle que l’Hexagone est loin d’en avoir terminé aujourd’hui avec le djihadisme, qui se restructure au sein même des prisons françaises. Les pouvoirs publics français sont, insiste Micheron, dépassés. Les méthodes de « déradicalisation » sont souvent teintées d’une forme de candeur, les gardiens sont submergés, mal formés, d’un niveau intellectuel insuffisant. Les extrémistes se renforcent entre eux, se fédèrent entre deux couloirs. Ce sont des bombes à retardement.

Dans les prisons françaises comme ailleurs, il y a deux grandes factions que les islamistes radicaux entendent séduire et conquérir : le pôle religieux, salafistes non djihadistes qu’il faut radicaliser plus encore, et le pôle violent, qui comprend la délinquance plus classique avec dealers, braqueurs, et autres profils similaires.

«Frilosité face à l’extrême droite»

Montasser AlDe’emeh, qui partage dans les grandes lignes cette analyse sur les centres de détention et le devenir potentiel de leur population radicalisée, estime que la non-décision, la paralysie politique en Belgique sur ce front est liée notamment à des visées électoralistes. «Les partis flamands, dont la N-VA, sont très prudents. Ils savent que s’ils ramènent ces djihadistes, ou appuient simplement les politiques qui les encadrent, ils perdront les élections au bénéfice du Vlaams Belang et des bannières d’extrême droite. Leur philosophie : ‘Laissez-les crever. Ou laissez même Assad prendre le pouvoir et les tuer tous. Ou laissez-les simplement moisir en taule et livrez-les à l’Irak’…»

Quand l’extrême droite dit : ‘Laissez Assad s’en occuper, il va prendre le contrôle des prisons et tuer tous les djihadistes’, elle se fourre le doigt dans l’oeil !

«La plupart des décisions politiques en Europe sont similaires. Elles sont motivées par la peur de perdre des votes qui seront récupérés par les partis de la droite radicale. Mais quand l’extrême droite dit : ‘Laissez Assad s’en occuper, il va prendre le contrôle des prisons et tuer tous les djihadistes’, elle se fourre le doigt dans l’oeil ! Il ne fera pas ça. Il les utilisera peut-être comme un moyen de pression. Donc l’extrême droite n’est pas réaliste. Et les autres partis, hélas, ne sont pas capables de le reconnaître et de donner des arguments consistants à la population. De manière générale, les Occidentaux ne comprennent pas Assad. »

« La solution ? Collective »

Quelle solution internationale le chercheur entreverrait-il ? « Il faudrait d’abord aller sur place et s’entretenir avec tout le monde, même avec Assad. Pas parce qu’il serait bon ou puissant, pas parce qu’il est proche de Poutine et qu’il est en train de gagner la guerre. Enfin, il dit qu’il l’a gagnée, mais ce n’est pas encore le cas. Et en quelques mois, tout peut changer à nouveau, qui sait ? Quoi qu’il en soit, il faut dialoguer. Et ne pas avoir peur de ces militants du Vlaams Belang. Je les ai rencontrés. Il suffit juste d’être forts. »

L’Est est en train de monter et ne nous attend pas. Je sens un déclin de civilisation. (…) Nous avons besoin de plus d’Europe.

« Nous avons besoin aussi de plus de Macron, et d’Europe. L’Union européenne, ce n’est pas seulement la bureaucratie, mais c’est aussi la paix. Il faut renforcer les moyens militaires de l’Europe. Il faut aussi solidifier l’Otan. Le pouvoir est en Orient, en Chine et en Inde. L’Est est en train de monter et ne nous attend pas. Je sens un déclin de civilisation. »

«De manière générale, la solution sera collective ou ne sera pas », juge encore l’expert du djihad armé. « Les seules pistes à envisager devront s’inscrire dans un cadre plus ample.» Il évoque l’importance de l’intelligence, de l’information en amont. Et rappelle par ailleurs que la sûreté de l’Etat manque cruellement de moyens financiers et humains. « Les partis politiques n’ont aucun plan. Or cela fait dix ans, depuis 2011, que la question du terrorisme islamique est vraiment brûlante. En Belgique, on a connu dès 2010 le groupe Sharia4Belgium. En réalité, la menace est évidemment bien plus ancienne. Elle remonte au 11 septembre 2001 et, avant, à la mort de Massoud » (Deux jours avant les attentats du 11 septembre, Ahmad Shah Massoud, chef de guerre, opposant aux talibans, était assassiné dans les montagnes afghanes).

« Des accès que la Sûreté de l’Etat n’a pas »

« Macron essaie de changer les choses. Il dit à l’Europe qu’elle doit être plus efficace. Si les Américains quittaient vraiment la Syrie, les services de sécurité belges n’auraient pas accès aux prisons sur place. Le problème de la Sûreté de l’Etat, c’est qu’elle dépend de trop d’autres services étrangers. Et savez-vous que les autorités belges n’ont pas interviewé elles-mêmes les djihadistes ? La CIA leur parle, mais pas nos services. Sur un plan plus général, les politiciens n’ont pas les couilles de gérer ce problème. En tant que chercheur, j’ai eu des accès que la Sûreté de l’Etat belge n’a pas. Des officiels kurdes m’ont dit : ‘De grâce, demandez aux Belges de se déplacer ici et
de parler à leurs propres ressortissants.’ »

« It’s not over »

La fin de Daech n’implique nullement la fin du djihadisme, au contraire, affirme AlDe’emeh. D’autres spécialistes, dont le Français Hugo Micheron, qui a rencontré des FTF enfermés dans les prisons de l’Hexagone, sont de cet avis. Ils affirment que l’EI est en train d’oeuvrer au déploiement de ses troupes en silence, que l’organisation terroriste travaille à la formation d’intellectuels. Les détenus narguent déjà les surveillants au bagage intellectuel moindre. La prison constitue un cadre propice et contient le meilleur public pour le recrutement
et le prosélytisme. Les membres du groupe terroristes voudraient revenir « plus forts que Daech », plus nombreux et mieux entraînés. Ils ne viseraient plus l’attaque frontale mais la subversion du système de l’intérieur. Pour de nombreux prisonniers en Syrie, la situation actuelle est un « standby». L’attente d’un renouveau qui jaillirait des cendres.

Le califat est terminé mais ils apprennent de leurs erreurs… Il pourrait y avoir un retour en arrière vers les structures d’Al-Qaida

Les détenus sont globalement convaincus, estime Montasser AlDe’emeh, que l’Etat islamique va renaître. Ils vivent dans l’espoir et même la certitude de la régénération du califat. Le chercheur le répète : la meilleure réponse face au djihad armé et au terrorisme islamiste est de mieux connaître ses combattants ou ses émules, de les observer, « sans céder à la panique ou à l’excitation ». Il confirme l’intellectualisation, au moins partielle, du mouvement. « C’est un fait. Ceux qui sont revenus sont plus forts, plus expérimentés. Ils ont
commencé à influencer les gens autour d’eux. Les djihadistes salafistes n’ont jamais atteint un tel niveau. Ils ont l’expérience et sont partout, au Moyen-Orient, au Nigeria, au Mali où des soldats belges ont été blessés, au Burkina Faso, même au Congo. C’est une guerre ouverte et le phénomène se rapproche. Ils sont très nombreux. Et pour perpétrer une attaque, ils n’ont besoin de presque rien : un couteau ou une voiture peuvent faire l’affaire. »

L’Occident croit savoir et être bien informé mais, en réalité,personne ne sait. Il y a des cellules dormantes. Et Daech se développe en Irak et en Syrie, le groupe y a davantage de pouvoir depuis la mort de Soleimani…

Comment l’islamologue imagine-t-il le profil à venir de l’État islamique ? « L’EI a perdu son territoire, le califat physique est terminé mais ils apprennent de leurs erreurs. Les choses vont évoluer. Il pourrait y avoir un retour en arrière vers les structures d’ Al-Qaida. Ce n’est pas fini. L’idéologie est très forte au Sahel, et maintenant en Libye et en Égypte. L’Occident croit savoir et croit être bien informé mais en réalité personne ne sait.  Il y a des cellules dormantes. Et l’EI se développe en Irak et en Syrie où il a davantage de pouvoir depuis la mort de Soleimani (Le général iranien Qassem Soleimani, figure charismatique et populaire en Iran, tué le 3 janvier dernier par une frappe aérienne américaine devant l’aéroport de Bagdad. NDLR). L’EI revient. Le focus a changé.»

« Pour de nombreux détenus en Syrie, la situation actuelle est un ‘stand-by’. Ils sont convaincus que l’État islamique va renaître. Il vivent dans l’espoir de ce renouveau du califat », estime Montasser AlDe’emeh, islamologue et chercheur à la KUL. ©AE.

La fin de Daech n’implique nullement la fin du djihadisme, au contraire, affirme AlDe’emeh. D’autres spécialistes, dont le Français Hugo Micheron qui a rencontré des FTF enfermés dans les prisons de l’Hexagone, sont de cet avis. Ils affirment que l’EI est en train d’œuvrer au déploiement de ses troupes en silence, que l’organisation terroriste travaille à la formation d’intellectuels. Les prisonniers narguent déjà les surveillants au bagage intellectuel moindre. La prison constitue un cadre propice et contient le meilleur public pour le recrutement et le prosélytisme. Les membres du groupe terroristes voudraient revenir « plus forts que Daech », plus nombreux et mieux préparés. Ils ne viseraient plus l’attaque frontale, mais la subversion du système de l’intérieur.

Lire aussi > « Sire, ayez pitié de nous » : Rencontre avec des djihadistes belges détenus à Hassaké

Pour de nombreux détenus en Syrie, la situation actuelle est un « stand-by ». Ils sont convaincus, confirme Montasser AlDe’emeh, que l’État islamique va renaître. Il vivent dans l’espoir de la renaissance du califat. Le chercheur le répète : la meilleure réponse face aux djihad armé et au terrorisme islamiste, c’est de mieux connaître ses combattants, ou ses émules, de les observer, de ne pas céder à la panique et à l’excitation. Il confirme l’intellectualisation, au moins partielle, du mouvement. «C’est un fait. Ceux qui sont revenus sont revenus plus forts, plus expérimentés. Ils ont commencé à influencer les gens autour d’eux. Les djihadistes salafistes n’ont jamais été aussi forts qu’aujourd’hui. Ils ont l’expérience et sont partout, au Moyen-Orient, au Nigeria, au Mali, où des soldats belges ont été blessés, au Burkina-Faso, même au Congo. C’est une guerre ouverte et le phénomène se rapproche. Ils sont très nombreux. Et, pour perpétrer une attaque, ils n’ont besoin de quasi-rien : un couteau ou une voiture peuvent faire l’affaire… »

Salafismes djihadiste, politique et apolitique

Quant aux liens souvent avérés entre FTF et délinquance, à des degrés divers, Montasser précise : « Le concept du salafisme se compose de trois groupes principaux : le salafisme djihadiste, le salafisme politique et le salafisme apolitique. Un salafiste apolitique peut aider les services de sécurité à traquer des salafistes djihadistes. Ces derniers croient que la guerre et la mort d’innocents vont les aider à restaurer leur pouvoir politique, spécialement dans le monde islamique, et implémenter ce qu’ils nomment la loi de Dieu. Dans ce groupe vous retrouvez des gens qui se combattent entre eux : l’État islamique, les irréductibles d’Al Qaida, Boko Haram, Abou Sayyaf (le « mouvement islamique ») aux Philipinnes, le Shabab en Somalie (le groupe terroriste islamiste Harakat al-Chabab al-Moudjahidin, « mouvement des jeunes combattants »), Tanzim en Syrie (Tanzim Hurras ad-Din, « Les Gardiens de la Religion », groupe terroriste salafiste djihadiste actif depuis 2018 lors de la guerre civile syrienne), ad-Din (Tanzim Hurras ad-Din «  Les Gardiens de la Religion, dirigé par Abou Hammam al-Chami, un Syrien ancien membre du Front al-Nosra et vétéran d’Irak et d’Afghanistan). Pour ces derniers, al-Nosra n’était pas suffisamment radical… Bref, nombre de Belges figurent parmi ces groupes terroristes. »

Des chrétiens manifestent dans les rues d’Abuja en faveur de la paix et de la sécurité au Nigeria, pour dénoncer le massacre de chrétiens et les enlèvements orchestrés par le groupe Boko Haram. ©Kola Sulaimon /AFP

L’étude de ces groupes, leur connaissance s’imposent. L’infiltration aussi, l’intelligence. Ce sont les seules pistes qui permettront, dit-il encore, de mieux appréhender les choses et, à terme, de pouvoir les maîtriser.

« Il faut comprendre ces mouvements »

« Lorsque je suis parti en Syrie pour infiltrer Al-Nosra en 2014, je me suis laissé pousser la barbe, j’ai vraiment tout fait pour m’intégrer à leurs rangs sans susciter la méfiance », rappelle Montasser AlDe’emeh qui invoque la nécessaire ambiguïté du chercheur-informateur.

« Dubbel Leven » (Double Vie), Montasser AlDe’emeh. Ed. Lannoo

Par la suite il sera menacé de mort via les réseaux sociaux par des membres de l’EI. « A l’époque, j’étais offensif, je disais ce que je pensais. En même temps, il me fallait rester le plus neutre possible pour mes recherches et pour la Sûreté de l’État. Si je voulais obtenir des infos sur les FTF ou les returnees, je devais avoir l’air paisible et impassible. C’était dur humainement de résister à ces critiques. Je ne pouvais parler à personne de mon rôle auprès de la sûreté de l’État. Ni à mes amis, ni à ma famille. Quelqu’un m’a appelé le « terroriste maison de Knack ». J’ai reçu aussi des menaces de militants d’extrême droite. Tout cela peut détruire une vie. »

J’ai passé du temps en Arabie saoudite, j’y ai étudié. Des salafistes apolitiques, les vrais, les purs, peuvent être comparés aux juifs orthodoxes. Ils sont centrés sur la religion. Certains d’entre eux ont prévenu des attaques, ont permis d’en empêcher. L’info et le renseignement sur les différentes idéologies sont très importants pour la sécurité du pays.

L’expert, qui a beaucoup étudié, énormément voyagé, en profite pour esquinter un concept réducteur : ramener le terrorisme uniquement au salafisme est selon lui une erreur. « Je reviens au système de sécurité en Belgique, à la sûreté de l’État. Quand le PS ou le MR en Belgique dit que tout cela est lié au salafisme, ils donnent une image archi-réductrice des choses. Ils ont en tête cette caricature d’hommes à longues barbes aux prêches dangereux. J’ai passé du temps en Arabie saoudite, j’y ai étudié. Des salafistes apolitiques, les vrais, les purs, peuvent être comparés aux juifs orthodoxes. Ils sont centrés sur la religion. Certains d’entre eux ont prévenu des attaques, ont permis d’en empêcher. L’info et le renseignement sur les différentes idéologies sont très importants pour la sécurité du pays. Il faut d’abord avoir le contrôle de la région. Je crois au travail qui se fait pas à pas, au cas par cas tout en s’inscrivant encore une fois dans une vision collective. »

Le renfort impératif du renseignement belge

Montasser Alde’Emeh revient sur son leitmotiv : le renfort impératif du renseignement belge. « Si vous voulez recruter des espions ou agents d’origine marocaine en Belgique, vous devez d’abord les comprendre. Il en va de même pour les Palestiniens, les Irakiens ou les Kurdes par exemple. » 

Montasser AlDe’emeh : « Les salafistes apolitiques ont, pour certains, proposé d’aider les services de sécurité en Belgique. Ce sont les premiers ennemis des djihadistes salafistes… » ©AE.

De même, la façon « caricaturale » à ses yeux dont on dépeint en Belgique les extrémistes ne peut qu’engendrer des malentendus et surtout réduire le champ et donc empêcher d’être attentif à d’autres pistes. « En Belgique, les ‘musulmans modérés’, comme on les nomme ici, n’ont pas eu de fatwa solide pour travailler avec les services de la sûreté de l’État. Mais les salafistes apolitiques dont je vous parlais ont, pour certains, proposé de joindre les infos pour aider les services de sécurité en Belgique. Ce sont les premiers ennemis des djihadistes salafistes ! Réduire donc le problème de la source du salafisme djihadiste à l’Arabie saoudite est, une fois encore, trompeur et inexact. L’Arabie saoudite fait partie de la coalition anti-Daech et travaille avec Israël. Ils ont attaqué l’État islamique avec leurs avions. L’Arabie a également souffert des attaques de l’EI qui a même attaqué La Mecque… Je n’approuve pas ce qui se passe au Yemen, je ne suis pas un adepte du wahhabisme mais il est un fait qu’il y a eu des fatwas de la part de leaders religieux en Arabie saoudite pour encourager à collaborer avec les services secrets belges. »

Il faut comprendre plutôt que condamner. Savoir qui on a en face de soi, connaître le but d’un jeune radicalisé… Notre système éducatif devrait être beaucoup plus centré sur l’apprentissage de la philosophie et de la critique historique.

Selon lui, si les services de sécurité, du renseignement « ne sont pas suffisamment centrés sur la connaissance pure », ils cherchent en revanche, à juste titre, des personnes qui détiennent des réseaux ou peuvent leur y donner accès. Il revient sur cette période de 2014 où il a poussé l’enquête en immersion jusqu’au moindre détail. Il convainc, via le web, des jeunes de l’intérêt de les suivre sur le terrain. Il préconise une bonne dose d’empathie pour comprendre le fin du fin des motivations de chacun. Il dit vouloir appréhender leur parcours, s’en repaître pour mieux le maîtriser et contrer, à terme, les idées destructrices. « Comprendre plutôt que condamner. Savoir qui on a en face de soi, savoir quel est le but d’un jeune radicalisé ».
Le chercheur plaide aussi pour un enrichissement du programme scolaire en Belgique. « Notre système éducatif devrait être beaucoup plus centré sur l’apprentissage de la philosophie et de la critique historique. »

L’ensemble du dossier a été publié dans Paris Match Belgique, édition du 20 février 2020.

« Dubbel Leven » (Double Vie), Montasser AlDe’emeh. Ed. Lannoo
« Nous sommes tous des djihadistes », Montasser AlDe’emeh. Ed. La Boîte à Pandore

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