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Philippe Goffin : « La cybersécurité est cruciale. Nos pays doivent se tenir prêts »

" L’Estonie a été complètement bloquée par une cyberattaque russe en 2007. Ce pays est devenu depuis numéro un en matière de cybersécurité et d’intégration du virtuel dans le monde réel de ses habitants...". ©Ronald Dersin / Paris Match

Politique

Dans un entretien long accordé à Paris Match, Philippe Goffin, ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense, parle notamment de la formation du gouvernement, de cyberterrorisme et de respect de la vie privée. « La cybersécurité est cruciale. Nos pays doivent se tenir prêts.» Par Emmanuelle Jowa et Marc Deriez

(Deuxième volet de l’interview publiée dans Paris Match Belgique les 27/02/20 et 05/03/20)

Propulsé du maïorat de Crisnée à la Défense nationale, il entend notamment faire mieux connaître les atouts belges et, dans la foulée, ce métier de diplomate en chef pour lequel il a dû, souligne-t-il, ingurgiter une matière ample en un temps record. Celui qui se présente comme un libéral social prône l’ouverture : « Quand une bonne idée vient d’en face », rappelle-t-il, « il faut pouvoir aussi la mettre en avant. Je trouve qu’il n’y a rien de déshonorant à aller chercher le meilleur chez tout le monde. » L’avocat de formation, qui aurait aimé, « dans une autre vie », être journaliste, apporte des réponses aux accents didactiques.

Paris Match. Le monde d’aujourd’hui tourne de façon chaotique. Prenons la menace Trump. Quel péril pour le monde ?

Philippe Goffin. Les États-Unis restent un pays ami, allié, avec lequel nous entretenons des liens historiques et futurs, je n’ai aucun doute là-dessus. Maintenant il y a une politique qui est en place, ça c’est tout à fait différent, il ne faut pas mélanger les deux. Quand on est ministre des Affaires étrangères je crois qu’il faut avoir de la retenue par rapport à des choix politiques qui sont posés dans d’autres pays. Nous gardons nos balises dont celle du multilatéralisme. Une balise qui consiste non pas à monter des murs mais à rester en relation la plus large possible. Il faut pouvoir s’entretenir avec le plus grand nombre. Plus on se parle, mieux c’est. Le repli sur soi n’est pas la solution dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui.

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Quand on est Belge aujourd’hui et par rapport à la situation de notre pays, comment est-on encore écouté dans le monde ?

On est respecté… La force de notre diplomatie est inversement proportionnelle à la taille du pays. Ce n’est pas par hasard si pour la sixième fois la Belgique le conseil des Nations unies. Ça veut dire qu’on a un réseau crédible à l’étranger. C’est aussi lié au niveau de formation qui est demandé à nos diplomates. Vous savez que le concours diplomatique est quelque chose de sérieux et donc je pense que vous avons vraiment des personnes de qualité qui nous représentent au niveau diplomatique et ça se sent. Ce qu’on ne dit pas aussi suffisamment c’est que grâce à notre position et le rôle que nous jouons, le monde entier – et ce n’est pas de l’exagération – a les yeux tournés vers la Belgique très naturellement. Il est évident qu’un ministre belge des Affaires étrangères a plus de chances de rencontrer énormément de diplomates et de ministres car nous avons la chance d’être dans la capitale de l’Europe, la première capitale diplomatique au monde. Un ministre d’un autre pays européen a peut-être moins de chance de rencontrer ce large éventail du monde simplement parce que les institutions sont chez nous. Quand un ministre des Affaires étrangères ou un Premier ministre passé à la Commission européenne ou au Parlement européen à Bruxelles, il y a naturellement une visite qui se fait au Premier ministre belge ou au ministre des Affaires étrangères. Donc le monde a les yeux tournés vers nous, il y a un grand respect de notre diplomatie. Idem sur le plan de notre présence militaire sur les théâtres étrangers. Notre expertise est reconnue. Un élément qui m’a étonné aussi, et j’en suis très heureux : on a une jeunesse qui est admire. Plusieurs de mes contacts ont vanté notre jeunesse comme étant très positivement militante.

Ils faisaient notamment allusion aux marches pour le climat ?

Entre autres. Le hasard de la vie a fait que j’ai passé une soirée avec le ministre des Affaires étrangères jordanien par exemple. C’était à Amman. Il m’a invité dans sa maison. Il me dit : la plupart des Jordaniens sont allés étudier à l’étranger. Ceux qui ont étudié en Belgique reviennent tous avec la même image de ce dynamisme belge.

La manifestation Youth For Climate à Bruxelles le 6 mars 2020. © Charlotte Gekiere /Belga

Ceux qui évoquent la jeunesse belge n’ont-ils pas aussi le reflet de ces étudiants Erasmus par exemple. A encourager au maximum bien entendu mais est-ce vraiment représentatif du profil des jeunes ?

Bien sûr il y a les programmes Erasmus, et vous avez raison, ce n’est pas un reflet global. Mais tant mieux si l’image que ces étudiants donnent est positive. Par ailleurs les réseaux sociaux permettent aussi d’être presque en connexion directe avec un pays. Et quand les jeunes étrangers voient la manière dont nos jeunes mènent leur vie et dont ils l’exposent, car il y a aussi des représentations positives de sa propre vie, ils constatent et m’en font écho : il y a en Belgique une forme de convivialité, il s’y passe tout le temps quelque chose. Il y a des festivals sans arrêt, une vie culturelle très riche, tout cela se remarque. On nous bombarde trop souvent avec des références Pisa qui ne sont pas très bonnes, c’est le moins qu’on puisse dire… (Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves classe 79 pays ou systèmes éducatifs, dont la Fédération Wallonie-Bruxelles. Du côté francophone, les compétences des élèves en matière de lecture sont de nouveau en recul par rapport aux résultats de 2017. Avec un score de 481, la Fédération Wallonie-Bruxelles est légèrement en-dessous de la moyenne de l’OCDE, soit 487. Seuls les Luxembourgeois et les Italiens font pire que les Belges francophones. NDLR) Mais on peut aussi parler d’autres aspects plus positifs. L’un n’empêche pas l’autre.

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Vous avez étudié à Louvain-La-Neuve, après l’ULG-ULiège. Par conviction chrétienne ou pour une vocation alors peut-être plus internationale ?

Pas du tout. Par envie de découvrir un autre univers. Et le fait d’être dans une ville totalement estudiantine m’attirait beaucoup. Sachant aussi qu’il y avait à l’époque (maintenant les choses ont bien évolué) des connexions plus fortes avec la KU Leuven. Mais depuis Liège a développé de nombreuses communications notamment avec Gand. En dernière année j’ai eu la chance d’avoir comme professeur Leo Neels (juriste, il fut notamment directeur général de VTM et de Pharma.be), Pour ceux qui s’en souviennent, c’était à l’époque le lancement de VTM et il donnait un cours sur le droit des médias. Et, comme je l’ai déjà dit, dans une autre vie j’aurais aimé être journaliste.

 

« Il n’est pas déshonorant de faire des concessions dans un système dans lequel on s’est inscrit, avec les partis démocratiques évidemment. Oui, on va devoir travailler ensemble et identifier les éléments sur lesquels on peut avoir un projet cohérent. Ça existe depuis la création de la Belgique… » ©Ronald Dersin/Paris Match

Quid du statu quo belge, de l’inertie en termes de formation d’un gouvernement ?

Certains pays s’inquiètent en revanche, c’est un fait, de nos difficultés pour le moment à composer un gouvernement. C’est un signal qui est contraire à ce qu’on a réussi à développer à l’étranger…

La réputation de ce fameux sens du compromis à la belge notamment s’en trouve malmenée…

Et le multilatéralisme, le dialogue, le consensus… Il y a donc là, il faut le reconnaître, une contradiction entre ce qu’on a pu faire à l’étranger et ce qui pour le moment semble poser problème chez nous. Mais il y a des messages qui restent positifs et je pense que notre pays n’entretient pas suffisamment la culture qui consiste à valoriser ses atouts.

Comment résoudre le défi de la Belgique de demain ? Comprenez-vous que la population soit lasse de ce stand-by ? (L’entretien a lieu fin février 2020. NDLR)

Je comprends que la population ne comprenne pas. A la suite d’une élection il existe plusieurs temps. Il y a le temps où il faut digérer les résultats, tant chez les vainqueurs que chez les vaincus. Ce temps-là peut-être court. Le deuxième temps, c’est celui durant lequel les partis doivent se parler. Après s’être parlé, ils doivent être en capacité de se dire : que fait-on ensemble? Le MR, dont je fais partie, n’a lancé aucune exclusive. On a joué le jeu dans lequel on est tous inscrits, à savoir : on est dans un pays qui fonctionne sur le principe d’une élection proportionnelle. Donc on sait très bien qu’on ne va pas être dans un schéma l’un contre l’autre mais qu’il faudra à un moment donné créer des compromis. C’est le principe de l’élection proportionnelle qui permet finalement d’avoir un parlement qui représente au mieux les sensibilités. Dans la manière dont notre pays est organisé, on sait que des coalitions doivent se former. Donc on sait à l’avance que des compromis devront être réalisés. Il faut s’y préparer. Je pense qu’il faut retrouver à nouveau ce langage de vérité à l’égard de nos citoyens en leur disant : oui, si on vote PS, MR ou CDH par exemple, à la base c’est parce qu’on adhère à tel ou tel élément du programme. Mais on sait qu’in fine il y aura des croisements qui vont se faire. Il n’est pas déshonorant de faire des concessions dans un système dans lequel on s’est inscrit, avec les partis démocratiques évidemment – sans l’extrême gauche, ni l’extrême droite. Oui, on va devoir travailler ensemble et identifier les éléments sur lesquels on peut avoir un projet cohérent. Ça existe depuis la création de la Belgique…

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Ces alliances semblent de plus en plus rudes à mettre en œuvre…

C’est plus compliqué qu’avant manifestement. Certains ont avancé que c’était peut-être lié au renouvellement des présidences de partis. Je vais parler de mon parti. Georges-Louis Bouchez a pris la présidence du MR et ça n’a pas impliqué un temps pendant lequel plus rien ne se passait, au contraire. Le parti était en marche et il continue à l’être. Depuis la fin des élections jusqu’à maintenant, le MR distille le même message : nous devons travailler positivement pour le pays, vers une coalition sans exclusive, en cherchant un projet qui va rencontrer l’intérêt le plus large possible au sein de la population. Sachant aussi que quand une bonne idée vient d’en face il faut pouvoir aussi la mettre en avant. Je trouve qu’il n’y a rien de déshonorant à aller chercher le meilleur chez tout le monde. Et il y a du bon dans la plupart. Il faut trouver un point d’équilibre entre les points de vue. C’est le fonctionnement de notre pays qui est reconnu à l’étranger et qui a quand même créé beaucoup de richesse aussi, de bien-être, de sécurité sociale qui fonctionne.

« Liège est une zone qui a connu des difficultés industrielles. D’où la nécessité de se tourner vers d’autres horizons. Il y a cette autonomie, ce sentiment principautaire qui lie. Je crois qu’on peut être très heureux et fier de ses origines sans être exclusif. » ©Loan Silvestre / Belga

Vous êtes, soulignez-vous, un « libéral social ».

Absolument. Ça crée de la cohésion dans la société. C’est vrai que ma maison communale est rouge. Parce qu’on est de Liège, ça laisse des traces!

Liège est une ville assez centralisée, la Cité ardente est sans doute plus ouverte de facto à une mixité sociale ?

C’est une zone qui a connu des difficultés industrielles. D’où la nécessité de se tourner vers d’autres horizons. Il y a cette autonomie, ce sentiment principautaire qui lie. Je crois qu’on peut être très heureux et fier de ses origines sans justement être exclusif.

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Retour au fédéral. Organiser de nouvelles élections vous semblerait logique ?

Non. C’est d’autant moins logique que dans notre pays, il y a – et j’y suis attaché -, l’obligation d’aller voter. Quand on impose au citoyen d’aller voter, il y a une responsabilité renforcée. Derrière ça, on doit être en capacité de faire un gouvernement. Il y a la nécessité de base par rapport à une élection qui s’est tenue.

Philosophiquement deux thèses peuvent s’affronter : on peut considérer comme courageux de ne pas pactiser avec l’ennemi- ici la N-VA – car contre les valeurs du parti. On peut aussi considérer comme courageux de dire : nous malmenons certaines de nos valeurs et mettons de l’eau dans notre vin pour travailler sur un terrain commun avec un parti ennemi potentiel de la survie de l’État belge. L’art de la coalition libre et du compromis a-t-il vécu ?

On nous a reproché au MR d’avoir fait une coalition suédoise, de 2014 à 2019, même si elle a été arrêtée anticipativement. Mais il n’y avait pas une ligne de communautaire. Donc à partir du moment où un parti met de côté une série d’éléments qui finalement sont dangereux pour la viabilité de l’État – c’est ce qui s’est passé avec le partenariat N-VA – on a pu travailler sur des réformes socio-économiques. On a créé énormément d’emplois. Certains disent que ces emplois sont précaires mais il y a quand même des chiffres qui sont là et sont probants. On a par ailleurs, pendant cette période subi des attentats et mené cette commission d’enquête avec l’implémentation progressive de toute une série de recommandations. Notre État a fonctionné et je n’ai pas entendu parler d’un dossier communautaire qui serait revenu par la fenêtre parce qu’on aurait fermé la porte. Aujourd’hui, le courage vu notre obligation l’égard des citoyens, c’est de pouvoir se mettre d’accord sur un projet. En ayant le courage de dire : sur tel ou tel point, on a malheureusement dû reculer. Bien sûr, sur les valeurs fondamentales, il ne faut évidemment pas reculer, d’où le rejet des extrêmes. Au-delà de ça, on a le devoir de trouver un accord.

 

Le 31 janvier 2020 à Bruxelles, durant une conférence de presse portant sur l’évacuation des Belges de Wuhan, en Chine, à la suite de l’éclosion du Covid 19. © Nicolas Maeterlinck/Belga
On peut comprendre néanmoins que des électeurs se sentent trahis par certaines coalitions ou alliances potentielles. Le problème n’est pas neuf bien sûr mais il devient plus épineux.
Je peux faire cette comparaison : la version maximaliste, je la vis dans ma commune où on a une majorité absolue. Mais sur base d’une représentation proportionnelle, les choses doivent être faites en conséquence On peut tous rêver d’appliquer son programme de la première à la dernière ligne, on y croit quand on dépose un projet. Mais la réalité n’est pas là. La réalité, c’est qu’on sait qu’on va devoir à un moment donné trouver des accords.

Faudra-t-il un jour légiférer pour orchestrer mieux l’organisation des coalitions ?

Il ne faut pas légiférer. Il faut simplement exprimer les choses davantage en amont, le répéter, souligner cette obligation de compromis.

Avez-vous l’impression qu’on est déjà en campagne électorale ?

Nous ne le sommes pas.

Que pensez-vous de l’option proposée François De Smet, président de Défi face à la crise fédérale: la «coalition 77», une alliance regroupant les septante-sept élus socialistes, libéraux, écologistes auxquels s’ajouterait Défi ou le CDH pour obtenir une “majorité courte mais stable” ? (Note : l’entretien a lieu fin février 2020. NDLR. Entre-temps, Maxime Prévot, président du CDH et François De Smet ont lancé un appel « inédit et conjoint », plaidant pour une coalition arc-en-ciel étendue à l’une de leurs deux formations. NDLR)

Le MR a dit simplement ceci : on veut trouver un projet pour le pays, point. On verra ce qu’il en sortira mais on ne va pas participer au jeu des exclusives. Il faut pouvoir tenir un discours clair sans être dans des postures qui font peut-être plaisir à ceux qui les tiennent mais ne permettent pas d’avancée derrière. Il y a tellement de sujets passionnants qu’il faut prendre à bras le corps. On a quand même réussi au niveau régional wallon à faire une coalition MR-Ecolo-PS. Or ce n’était pas gagné.

 L’artiste et activiste russe Piotr Pavlenski pose à Paris lors d’une interview le 22 février 2020. Le 18 février, il a été mis en examen dans l’affaire de la diffusion de vidéos sexuelles attribuées à l’homme politique français Benjamin Griveaux. À sa sortie du palais de justice, il a revendiqué son acte et exprimé sa volonté de poursuivre son projet et de « révéler les mécaniques du pouvoir ». ©Martin Bureau / AFP

Quelle perception avez-vous de l’affaire Benjamin Griveaux en France ? Que vous inspire la posture de Piotr Pavlenski, l’artiste russe qui a diffusé – seul ou pas, cela reste à définir – la vidéo, et qui se drape dans une espèce d’attitude de lanceur d’alerte – dénonciation d’un mode de vie contraire aux discours sur la famille du candidat à la mairie de Paris ? Effets pervers d’un système où la « transparence » prétendue est censée dominer, quitte à se répandre aussi dans la sphère privée ?

Personnellement, les « lanceurs d’alerte » j’avais plutôt l’impression que ça pouvait avoir du sens quand il y avait des scandales financiers, des scandales en rapport avec une violation des droits de l’homme etc. Il ne faut évidemment pas galvauder cette expression. Ici on est dans un tout autre cadre évidemment, on est totalement dans la sphère privée. Cela fait d’ailleurs l’objet d’une enquête judiciaire puisque l’artiste russe en question a été mis en examen de même que sa compagne. C’est effectivement quelque chose qui en apparence, ressort totalement de la sphère privée et qui a basculé dans la sphère publique sans limite. Sans rentrer dans le cas particulier de Benjamin Griveaux, de manière plus générale, je considère qu’il faut garder une séparation très stricte entre vie privée et publique. Quelle est la limite ? Il faut se demander si la vie privée de quelqu’un a une incidence sur son action publique. Il faut assumer le fait qu’on puisse vérifier si cette vie privée n’a pas une incidence sur la vie publique. Sinon pour moi la frontière entre les deux est stricte.

Ça va être de plus en plus compliqué à préserver…

C’est un choix. Il faut intégrer la présence des réseaux sociaux qui évidemment a change complètement la donne. Mais je pense que chacun dans son comportement, sans être pour la cause moralisateur par rapport aux autres, doit essayer de bien distinguer l’un de l’autre.

Dans notre vie publique, nous devons veiller à être le plus irréprochables possible. C’est aussi simple que ça. Ma vie privée, je ne l’étale pas.

Sans être moralisateur, faut-il néanmoins être exemplaire dans une certaine mesure lorsqu’on occupe une fonction publique importante ? En tant que ministre, vous dites-vous que, au moins le temps de votre mandat, vous allez devoir rester parfaitement exemplaire ?

Dans notre vie publique, nous devons veiller à être le plus irréprochables possible. C’est aussi simple que ça. Ma vie privée, je ne l’étale pas, je ne l’expose pas. Parce qu’il y a des personnes qui n’ont pas choisi d’être entraînées dans la vie que j’ai. Et c’est mon affaire de m’assurer qu’elles n’en pâtissent pas. Quant à ma vie publique, j’essaie, dans mes comportements et mes choix, mes attitudes d’être effectivement conforme à ce qu’on attend de nous.

Le détournement et la manipulation d’images peuvent effrayer effectivement. Parce qu’on est directement soumis à l’opprobre et qu’il est très compliqué de revenir en arrière.

Et la dérive de l’affaire Griveaux en France, la diffusion publique de ces vidéos, ça vous inquiète par rapport aux valeurs de la démocratie ?

Il y a des cas terribles. Vous êtes dans un lieu public. On vous photographie avec quelqu’un à votre insu. Ou même dans l’entourage physique, il y a une personne qui peut-être n’est pas recommandable. Quelle est la limite ?

Une vie privée inexistante au bénéfice de la sécurité, est-ce une évolution inéluctable dans le monde de demain?

Il est évident que le détournement et la manipulation d’images peuvent effrayer effectivement. Parce qu’on est directement soumis à l’opprobre et qu’il est très compliqué de revenir en arrière. Bon nombre de non-lieux, de correctifs interviennent mais trop tard… Le mal est fait. Il faut être extrêmement prudent. Et on a la chance dans notre pays, jusqu’à présent, de ne pas avoir été soumis à ce genre de phénomène.

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Certains ont avancé que cela participerait à une certaine forme de déstabilisation politique menée par les services secrets de certains pays ? Croyez-vous ici à la théorie du complot et, plus largement, que dire des grandes machinations de ce type ?

Nos pays doivent se tenir prêts. Il y a des atteintes à la vie publique par des manipulations de masse, à cause d’une défaillance de la cybersécurité, à cause de la manipulation par les réseaux sociaux etc. La cybersécurité est un vrai défi d’aujourd’hui et de demain. Ce type d’attaque est une forme de terrorisme aussi, qui ne touche pas à l’intégrité physique immédiate mais qui touche dans certaines mesures au vrai fonctionnement d’un État. C’est de la plus haute importance et ça requiert chez nous une culture qui intègre ces éléments. L’Estonie a été complètement bloquée par une cyberattaque russe à l’époque (en 2007). Ce qui est formidable c’est que ce pays est devenu depuis numéro un en matière de cybersécurité et d’intégration du virtuel dans le monde réel de ses habitants…

 

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