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À l’école des « super-héros » : Qui pour porter la cape macroniste en Belgique ?

Qui pour être le Macron d'outre-Quiévrain ? | © DR

Politique

Si l’on prête de nombreux visages et masques à Emmanuel Macron, on n’a encore jamais osé faire porter aux politiques belges celui du candidat d’En Marche ! Pourtant, certains pourraient bien connaitre un destin « macronesque » – à défaut d’enfiler des collants de justicier.

 

Emmanuel Macron est venu sauver le monde. C’est, en substance, le message d’un garçonnet au micro d’un journaliste passé par là, d’une chaine de télévision bien installée. Une sorte de justicier à la mèche impeccable. « Batman », ironise un twitto, dans un message en moins de 140 caractères goguenard. Sauf que, dans les faits, c’est un peu ça : comme la chauve-souris barraquée, Emmanuel Macron a la belle trentaine, est orphelin – de parti du moins -, porte sur ses épaules de sacrées responsabilités, hier comme aujourd’hui, est apprécié des banquiers et de la presse, tout en n’hésitant pas à se décrire comme progressiste – après tout, Batman porte des collants, même si ce n’est pas l’uniforme officiel des goldenboys.

Alors que la France semble devoir suivre la lumière du signal Super-Macron pour éclairer les ténèbres de la nuit bleu marine, en Belgique, qui pourrait endosser la cape du justicier politique ? Qui pour lutter jour et nuit contre les vilains, les Joker déguisés en intercommunales et la radicalisation qui galope dans les rues ? Qui pour être le Macron d’outre-Quiévrain ? À l’école des redresseurs de torts politiques, c’est l’heure du bulletin de notes.

©BELGA

Paul Magnette : 4/5

Forcément, l’élève Magnette a ce même physique bellâtre qui charme avant le programme, ce profil droit comme la justice. Mais on aime à croire que le physique ne fait pas le super-héros, encore moins l’homme politique. Alors on coche les cases : le bourgmestre de Charleroi – une ville sombre, comme Gotham City – est jeune, du moins pas croulant. 46 ans, toutes ses dents, dont 20 en politique – les années, pas les dents. Ancien ministre et député wallon, il a même dirigé le PS un temps, une boite aux ramifications parfois aussi mystérieuses que la Wayne Company. Progressiste, s’il en est, puisque depuis qu’il a endossé les responsabilités carolorégiennes, il a fait de la culture l’une de ses armes secrètes. Socialo-libéral oseront même certains, à la vue du nouveau centre commercial de la ville basse, aussi rutilant qu’un gratte-ciel à l’américaine, qui a fait les choux gras de la presse il y a quelques semaines.

Mais de là à quitter son parti pour fonder sa propre ligue des justiciers, façon En Marche !, il y a du chemin : Magnette est l’homme à la rose et à la cape rouge – et le restera.

©BELGA FRANCOIS WALSCHAERTS

Alain Destexhe : 3/5

Secrétaire de la Commission spéciale du Sénat belge sur les événements du Rwanda et ancien secrétaire général de MSF, Destexhe porte un passé justicier notable, fait d’expériences tout-terrain et internationales. Sénateur, il a déjà fait partie de l’assemblée des élus de la politique. Voilà déjà un point acquis, même s’il n’a jamais siégé au gouvernement. Ancien président du Réseau parlementaire sur la banque mondiale et le FMI, forcément, il s’y connait en banques. Luttant activement contre ce qu’il appelle le « politiquement correct », Destexhe pourrait même se détacher du MR, qui l’a déjà rayé de sa liste éléctorale ixelloise pour les élections communales de 2018, pour des propos tendancieux sur les étrangers et l’Islam.

Mais progressiste, le sénateur ? Si l’on considère l’écriture d’un guide pour les nuls (Le Mouvement flamand expliqué aux francophones) comme une volonté d’aller vers le progrès seulement. Et puis très franchement, Alain Destexhe n’a plus l’âge de trainer aux boums macronistes.

©BELGA VIRGINIE LEFOUR

Benoit Hellings : 2/5

Il est l’actuel « Greenman » de la politique belge, chevauchant son vélo à la vitesse de l’éclair, mais réglementaire, sur les inévitables pavés bruxellois. Dans sa sacoche tout-terrain, rien que l’indispensable : un mouchoir en tissu, forcément, pour moucher et essuyer les larmes de ses ennemis à la Chambre. Ses dernières victimes en date : Theo Francken et les robots tueurs. Autant dire que l’homme a la carrure du projet macroniste, ou du moins l’expérience bravache, mais sérieuse. L’âge aussi, puisqu’il n’est que d’un an le cadet d’Emmanuel Macron.

Les idées en revanche, pas sûr : « Je ne suis pas centriste, je ne serai jamais centriste. Le centrisme, c’est de la facilité intellectuelle. Vous n’avez pas de colonne vertébrale quand vous êtes centriste », nous a-t-il martelé un jour. Partisan d’un projet écologiste davantage socialiste et citoyen lambda à la sortie de la Chambre, difficile aussi de l’imaginer en chouchou des banques et amateur des flashing lights. Quant à quitter Ecolo, voilà qui est plus incertain encore que l’issue de ce second tour français : Benoit Hellings y a fait ses premières classes vertes et on le voit sans mal y porter l’uniforme du mono, même s’il est moins sayant que le masque à oreilles pointues.

©BELGA NICOLAS MAETERLINCK

Benoit Lutgen : 4,5/5

Pas bagarreur, on voit pourtant bien le Bastognard timide finir par éructer en meeting, « façon Macron » – pour le coup, plus Bane que Batman. Pour le rassemblement autour d’un projet novateur, par exemple : cette semaine encore, le Président du CdH montrait son envie de rassembler Défi, Ecolo et son parti dans une batcave qui ne soit ni trop à l’est ni trop à l’ouest sur l’échiquier politique. Sa capacité à ne pas choisir un camp et une personnalité résolument progressiste en font un élève apprécié et un bon candidat, d’autant que l’homme a été ministre wallon en son temps. Si « l’autre Benoit » a déjà 47 ans, il les porte avec l’élégance du héros en costard, Largo Winch ou James Bond. Il ne lui manque plus que quelques couvertures de magazine élégantes, et l’affaire est conclue.

©BELGA BRUNO FAHY

Georges-Louis Bouchez : 3/5

Dans un teen movie à base de bastons, Georges-Louis Bouchez tiendrait le premier rôle : celui du justicier à cabrioles de 31 ans, à la belle et grande gueule ; un casse-cou à la Deadpool, qui milite pour un cannabis club à Mons et reste un européen convaincu. Convaincu, il l’est aussi par Macron, puisqu’il était le chef de file de la délégation MR au dernier meeting du candidat français. Mais siéger à la place du side-kick à l’accent belge, c’est un peu le seul mandat qui lui reste : débarqué de son poste de député wallon et d’échevin montois, candidat malheureux à l’élection de la présidence du MR hennuyer face à Jacquelines Galant, l’homme pourrait être tenté par une nouvelle expérience, dans l’idée de bâtir sa propre réputation. Reste à sortir de son placard, où est accroché un costume encore trop grand pour lui, et éviter le lycra qui pendouille pour espérer un destin « macronesque ».

 

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