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27 mars 1948 : Les femmes obtenaient le droit de vote aux élections législatives

La reine Paola en train de voter à Laeken pour les élections législatives de 1974.

La reine Paola en train de voter à Laeken pour les élections législatives de 1974. | © BELGA PHOTO ARCHIVES

Politique

Elles pouvaient déjà voter pour les élections communales depuis 1921.

 

Il y a 72 ans jour pour jour, la Belgique adoptait un suffrage universel pour toute sa population. Autorisées à voter uniquement pour les élections communales, les femmes sont enfin reconnues comme des citoyennes à part entière, et peuvent élire les membres du Parlement. Pour l’occasion, on revient en 6 dates sur l’évolution du droit de vote dans notre pays.

1830 – Le vote censitaire

À l’indépendance de la Belgique en 1830, seul une élite a le droit de voter. Tous les hommes de plus de 25 ans qui payent assez d’impôts ont le droit d’élire leurs représentants. On appelait cela le vote censitaire.

En 1830, le cens était plus élevé dans les villes que les régions rurales. Il faudra attendre 1848 pour que le seuil soit ramené à 42,20 francs pour tout le pays. Ce changement augmente considérablement le nombre d’électeurs. Selon le livre La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, le nombre d’électeurs double dans les villes, et augmente de moitié dans les communes rurales. « Cette augmentation reste toutefois relative », le pourcentage d’électeurs passe de 1,072 % à 1,824 % de la population.

1893 – Le suffrage universel masculin « tempéré par le vote plural »

À l’issue de la première grande grève générale menée en Belgique par le Parti Ouvrier Belge, le pays abandonne le suffrage censitaire pour inscrire le suffrage universel dans la Constitution. Ainsi, tous les Belges de sexe masculin de plus de 25 ans avaient le droit de voter. Il est toutefois « tempéré par le vote plural », ce qui signifie qu’un électeur pouvait avoir une ou deux voix supplémentaires selon plusieurs facteurs sociaux, familiaux et économiques. Le nombre total d’électeurs est multiplié par 10, passant de 136 775 électeurs à 1 370 687.

Autre grand changement : la Belgique devient le premier pays à introduire l’obligation de voter pour tous les scrutins dans sa Constitution. Elle est toujours en vigueur aujourd’hui. « Avec l’extension du droit de suffrage, les dirigeants politiques craignent que nombre de nouveaux électeurs, peu intéressés par la chose publique, ne se déplacent pas pour voter », explique Pascal Delwit dans son livre La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours. Un autre facteur se trouve également dans la peur de la montée des extrêmes, avec des électeurs radicaux qui viendront voter alors que les plus modérés resteraient chez eux.

1919 – Le suffrage universel masculin « pur et simple »

À la sortie de la première guerre mondiale, nous passons au suffrage universel « pur et simple », même s’il faudra attendre 1921 pour qu’il soit inscrit dans la Constitution. Chaque électeur n’a qu’une seule voix, et l’âge est abaissé à 21 ans, en raison de « l’égalité dans la souffrance et l’endurance ».

Du côté des femmes, certaines catégories obtiennent le droit de vote par « procuration ». En effet, le « suffrage des morts » permet aux femmes héroïques, aux veuves et aux mères de soldats morts à la guerre de pouvoir voter. Ce droit posthume que l’on accorde à la femme est donc un bulletin de vote que l’on attribue au mort, et non pas à la femme. Elles ne sont pas considérées comme citoyennes, elles ont seulement le droit de voter pour leur mari décédé au front. Comme une demande est nécessaire pour participer à ce suffrage, très peu de femmes font la démarche. Dans l’entre-deux-guerres, le nombre d’électrices ne dépassera pas les 0,5 %.

1921 – Le droit de vote des femmes pour les élections communales

La loi du 19 février 1921 permet aux femmes de voter uniquement aux élections communales. « La justification est bancale : le législateur considère « les questions d’ordre communal comme plus rapprochées de la vie courante, pratique et familiale » ! », explique Pascal Delwit dans son livre. La véritable raison est beaucoup plus politique : les partis libéraux et socialistes craignent une influence religieuse sur les femmes pour les élections législatives.

Autre nouveauté, les femmes ont le droit de se présenter aux suffrages communaux et législatifs. Une grande avancée, pour le moins surprenante sachant qu’elles peuvent siéger au Parlement sans pour autant en élire leurs membres. La femme mariée doit même demander une autorisation écrite à son mari pour pouvoir se présenter.

Lire aussi > 10 dates clés de la lutte pour les droits des femmes en Belgique [VIDÉO]

1948 – Le droit de vote des femmes pour les élections législatives

Il faut attendre le 27 mars 1948 pour que les femmes aient également le droit de voter pour les élections législatives et provinciales. Depuis cette date, les femmes disposent du même droit de vote que les hommes. Après la Deuxième Guerre mondiale, les Nations Unies sont créées, et les conventions internationales excluent les discriminations basées sur le sexe. La Belgique doit donc se conformer.

Les femmes pourront donc voter pour la première fois lors des élections du 26 juin 1949.

1981 – Changement de l’âge minimum

L’âge minimum de l’électorat diminue de 21 ans à 18 ans. Il est appliqué dans un premier temps en 1970 pour les élections communales, puis pour l’ensemble des suffrages à partir de 1981.

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