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Le Front national va-t-il s’entre-déchirer ?

La détresse d'une supportrice de Marine Le Pen à son QG. | © AFP PHOTO / ALAIN JOCARD

Politique

Si le parti de Marine Le Pen a battu son record de voix au second tour de la présidentielle, son score de 33,90% des suffrages exprimés fut en deçà des espérances frontistes.

 

Marine Le Pen a été, dimanche, sèchement battue par Emmanuel Macron. Avec moins de 35% des suffrages, mais un score historique en voix, l’extrême droite peut se permettre d’espérer se poser en acteur majeur de l’opposition.  Depuis le Chalet du Lac, dans le Bois de Vincennes, Marine Le Pen a salué un « résultat historique et massif » en sa faveur. Avec plus de 10 millions de voix, la candidate du FN écrase le record historique du parti, 7,7 millions il y a deux semaines, alors que son père Jean-Marie Le Pen n’avait gagné que 700 000 voix face à Jacques Chirac en 2002, au second tour de la présidentielle.

Depuis la présidentielle de 2012 (17,9% au 1er tour) et lors des scrutins intermédiaires, Marine Le Pen a capitalisé sur le difficile quinquennat de François Hollande : le terrorisme, avec 239 morts depuis janvier 2015 dans une série d’attaques jihadistes, dont la dernière fin avril sur les Champs-Elysées ; la croissance en berne et un chômage fort ; la déliquescence des deux grands partis de gouvernement, le PS et Les Républicains.

En privé, nombre de frontistes voyaient pourtant en 2017 « l’occasion ou jamais » de gagner vu « l’alignement des planètes ». Marine Le Pen ne répétait-elle pas qu’elle allait « gagner » et que le FN était le « premier parti de France » ?

Déception et réflexion

À 35%, en revanche, « ça casse la dynamique », expliquait cette semaine à l’AFP un dirigeant du parti, alors que plus récemment, les soutiens de Marine Le Pen croyaient encore que leur candidate dépasserait au second tour au moins 40%.

Il faut rester fidèle aux fondamentaux du Front national – Jean-Marie Le Pen

Dès dimanche soir, des doutes internes ont logiquement commencé à affleurer quant à la stratégie de Marine Le Pen, suivant pourtant depuis plusieurs mois un tryptique identité – souveraineté – protection, assez loin de la « ligne Philippot », qui lui est souvent reprochée en interne.

Marion Maréchal-Le Pen, la députée du Vaucluse qui s’interroge sur un arrêt de la politique, a reconnu une « déception » et appelé à une « réflexion » sur la stratégie de sa tante. Pour Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du FN par décision de justice, « il faut rester fidèle aux fondamentaux du Front national ». Le débat devra se dérouler « dans le cadre des statuts du parti, au moment du congrès en 2018« , a mis en garde sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen.

©AFP PHOTO / bertrand GUAY – Marine Le Pen délivre son discours de défaite, le 7 mai.

Un congrès que de nombreux frontistes annonçaient avant la présidentielle comme l’occasion d’une grande explication interne entre « patriotes ».

Philippot en difficulté sur les « fake news »

Le numéro 2 du Front national, Florian Philippot, a plaidé lundi pour « une structure encore plus rassembleuse » après la défaite de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, accusant par ailleurs « les grandes puissances d’argent » de s’être « liguées autour de leur candidat » Emmanuel Macron.

« Je pense que beaucoup sont demandeurs d’une structure encore plus rassembleuse, encore plus performante pour pouvoir accéder au pouvoir », a affirmé le vice-président du FN sur Europe 1, alors que Marine Le Pen a annoncé dimanche une « transformation profonde » du FN.

©AFP PHOTO / Benjamin CREMEL – Florian Philippot, le 10 avril à Paris.

M. Philippot a également estimé qu’il « n’y a certainement pas un échec personnel » de Marine Le Pen, qui reste « bien sûr » la patronne incontestée du FN. « Les grandes puissances d’argent se sont liguées autour de leur candidat, M. Macron (…) parce qu’il sert leurs intérêts privés », a-t-il accusé. Il a ensuite été mis en difficulté sur la question des fausses nouvelles qu’il a relayées sur son compte Twitter, à l’insu de son plein gré, se défend-t-il, notamment un faux SMS hostile au déplacement de Marine Le Pen à Reims.

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