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Le Liban vit la pire crise économique de son histoire… Le FMI appelé à son chevet

Près de la moitié des quelque quatre millions de Libanais vivent dans la pauvreté et 35% de la population active est au chômage. | © Photo by JOSEPH EID / AFP

Politique

C’est un pays du Moyen-Orient qui fait le tiers du territoire la Belgique et qui connaît aujourd’hui une situation catastrophique sur fond d’inflation et de dévaluation de sa monnaie… Le Liban plongera-t-il en « enfer » sans une aide de plusieurs milliards de dollars du FMI? Les négociations sont au point mort, en l’absence de mise en oeuvre par le gouvernement de réformes pourtant inévitables pour interrompre l’effondrement économique du pays.


Une crise économique aggravée par la maladie de Covid-19 et un contexte politique délicat, exacerbé par les tensions entre le mouvement du Hezbollah, allié de l’Iran qui domine la vie politique libanaise, et les Etats-Unis. Ces derniers mois, des dizaines de milliers de Libanais ont été licenciés ou ont vu leurs salaires coupés. La monnaie nationale est en chute libre et les épargnants n’ont pas libre accès à leur argent, à cause de restrictions bancaires draconiennes sur les retraits et les transferts à l’étranger. Les banques leur permettent uniquement de retirer quelques centaine d’euros par semaine seulement.

Comme le rappelait récemment le journal L’Echo, le pays a longtemps profité de l’argent renvoyé « au pays » par la diaspora et de la générosité des pays du Golfe. Mais les choses ont fort changé… On est passé d’un PIB en croissance de 10% en 2009 à… 0,4% en 2015.La situation « devient rapidement hors de contrôle », et certains des Libanais les plus vulnérables « risquent de mourir de faim », s’est inquiétée vendredi la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet. En défaut de paiement, le Liban a adopté fin avril un plan de réformes pour négocier une aide du Fonds monétaire internationale (FMI), susceptible de redonner un peu de confiance à d’autres bailleurs. Mais après plus de deux mois de négociations entre l’institution et le gouvernement libanais, les pourparlers piétinent.

Les partis jouent leur propre carte au détriment de l’intérêt du pays…

Un senior libanais devant un frigo vide… Les prix ne cessent de grimper©Photo by Mahmoud ZAYYAT / AFP

Les partis politiques et responsables au pouvoir ne font pour le moment aucun autre effort que celui d’éviter les réformes, pourtant réclamées depuis des décennies. L’incurie ne surprend pas, dans un pays où les partis se livrent à des marchandages interminables et les dirigeants libanais sont accusés de profiter d’un système gangréné par le clientélisme et les pots-de-vin. Un exemple ? Pendant les négociations avec le FMI, une commission parlementaire et le gouvernement ont même divergé sur l’estimation des déficits publiques, de ceux de la Banque centrale et de ceux des banques: de 60.000 à 241.000 milliards de livres libanaises (soit des dizaines de milliards). Le FMI a réclamé une seule évaluation. Et pourtant le temps presse. Près de la moitié des quelque quatre millions de Libanais vivent dans la pauvreté et 35% de la population active est au chômage. Beyrouth espère environ 10 milliards de dollars d’aide du FMI pour pouvoir faire face à la crise.

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Des pistes de réformes

Selon une source occidentale au fait des négociations, le FMI a demandé « qu’on arrête de les mener en bateau »« Aidez-nous à vous aider, bon sang! », a lancé cette semaine le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Son homologue américain Mike Pompeo a affirmé que son pays « soutenait le Liban tant qu’il mène les bonnes réformes et qu’il n’est pas sous la coupe de l’Iran. » Parmi les réformes attendues: réduction des dépenses publiques et augmentation des recettes, via la collecte des taxes et la lutte contre la contrebande.

Le FMI attend également un audit des comptes de la Banque centrale et une régulation des contrôles de capitaux informels. Il réclame un flottement de la monnaie nationale, pour éliminer le gouffre entre le taux de change officiel (1.507 livres pour un dollar) et un marché noir où le dollar est échangé à 9.000 livres ! Il ne pourrait y avoir d’alternative à ces négociations. « Le pays s’écroule. Il faut le label du FMI pour vous remettre sur les rails de l’honorabilité » a estimé une source proche des négociations.

Avec AFP

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