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Charleroi : l’ISPPC accusée de corruption

L'hôpital Marie Curie, dont s'occupe l'ISPPC. | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Politique

Corruption, abus et détournement de biens publics… Après Publifin, c’est l’Intercommunale de Santé Publique du Pays de Charleroi et son directeur général des hôpitaux, Philippe Lejeune, qui sont la cible d’accusations graves, rapportées par la RTBF, mais confirmées par plusieurs sources.

Depuis le scandale Publifin, toutes les intercommunales passent au crible. Au tour dorénavant de l’ISPPC de faire parler d’elle. En charge de 78 sites de soins et d’aide à la personne (hôpitaux, maisons de repos, aide à la jeunesse…), l’ISPPC est accusée dans un mail anonyme de corruption pour différents marchés publics et d’abus et de détournement de biens publics. Plusieurs millions d’euros se seraient volatilisés. Des membres du conseil d’administration et des syndicats décrivent à la RTBF « une intercommunale qui a sombré dans les vieux démons carolos : le démon des affaires à Charleroi ».

Philippe Lejeune, directeur général des hôpitaux, est au centre du mail reçu ce lundi soir par les administrateurs en plein conseil d’administration de l’ISPPC. Bourgmestre à Merbes-le-Château mais aussi médecin et professeur à l’ULB, il occupe en tout 26 mandats dont cinq sont rémunérés. Il aurait à plusieurs reprises fait réaliser les repas de son bal du bourgmestre dans les cuisines d’un des hôpitaux, confectionnés par le personnel ISPPC et conduits à Merbes par les camions de l’intercommunale. Des accusations que le directeur a confirmées à la Première, ce mardi matin.

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Corruption et abus

Les accusations ne s’arrêtent pas là. Un cuisinier aurait déposé des enveloppes remplies d’argent dans le bureau du chef de service, continue la RTBF, pour obtenir un des marchés liés aux repas. Des vacances auraient également été payées par les entreprises en Espagne et en Italie pour les responsables de service et directeurs généraux, qui signeraient les contrats sur place. Ou encore des travaux réalisés dans des maisons de plusieurs membres de l’intercommunale, effectués par des ouvriers de celles-ci ou par une entreprise qui désirait remporter en échange un marché public.

Pour recouvrer les impayés, les hôpitaux doivent faire appel à des huissiers. Avec ces 78 sites de soins et d’aide à la personne, l’ISPPC représente des grosses sommes d’argent à récuperer. La RTBF explique que, dans ce cas-ci, « il n’y aurait carrément eu aucun marché public pour choisir l’huissier. Et plusieurs millions d’euros récupérés par cet huissier auprès des patients se seraient tout simplement volatilisés, évaporés quelque part au sein de l’ISPPC ».

Une enquête interne est lancée, une plainte contre X sera également formulée par les administrateurs. Du côté de l’Office Central de Répression de la Corruption, aucune instruction judiciaire n’a encore été engagée mais l’office commence à s’intéresser à ce nouveau scandale.

Intercommunale douteuse

En janvier, nos confrères de La Libre s’interrogeait déjà sur l’intercommunale et son cumul de rémunérations. Le conseil d’administration est composé de 25 administrateurs, « rémunérés selon les prescrits légaux ». Le bureau du président regroupe « le président et les vice-présidents. Aucun jeton de présence n’est prévu. Sont invités, sans être membres, Laurent Levêque (administrateur général), Philippe Lejeune (directeur général des hôpitaux) et Bruno Monaco (directeur général de la logistique) », explique-t-on à l’ISPPC.

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Pour ces trois personnes citées, ainsi que le directeur général adjoint et le secrétaire général, le rapport de gestion datant de 2015 indique un montant total de rémunérations de 858 385,44 € bruts. Divisé en cinq, cela donne une rémunération avoisinant les 171 000 € par an en moyenne, par individu. Mais ce n’est pas tout. Selon la Nouvelle Gazette, Philippe Lejeune gagnerait à lui tout seul, 334.872 euros brut par an. Une somme astronomique qui ne dépasse pourtant pas celle d’André Gilles et Stéphane Moreau.

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