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« Dès demain », « Onward Together », « Tout Autre Chose » : Ces partis politiques qui n’en sont pas

Ces "mouvements" misent sur des engagements que n'endossent pas les partis traditionnels l'engagement des citoyens. | © Flickr/Gustave Deghilage

Politique

Ils portent des noms équivoques et n’ont pas de mission figée, si ce n’est aller « de l’avant » et secouer les citoyens. Mais que veulent au juste ces nouveaux mouvements, parfois menés par des hommes et femmes politiques bien installés ?

 

« Ces derniers mois, j’ai réfléchi, passé du temps en famille et, oui, je me suis promenée dans les bois« , écrivait Hillary Clinton sur Twitter, en prélude à l’annonce du lancement de son « Onward Together ». « En avant ensemble », en français, est la nouvelle organisation lancée par la candidate malheureuse qui s’est donnée pour mission, sur un site dédié, de soutenir l’engagement et la résistance politique à l’encontre du président Donald Trump.

« Nous lançons ‘Onward Together’ pour encourager les gens à s’impliquer, à s’organiser et même à être candidats », a expliqué Hillary Clinton, avant d’ajouter, dans un hommage à la mobilisation citoyenne actuelle : « Ces derniers mois, nous avons vu ce qui était possible quand les gens se rassemblent pour résister au harcèlement, à la haine, aux contre-vérités, aux divisions, et défendent une Amérique plus juste et plus inclusive ».

« Nous lançons ‘Onward Together’ pour encourager les gens à s’investir, s’organiser, et même se présenter à la présidence. Plus que jamais, je crois que l’engagement citoyen est vital pour notre démocratie. Je suis tellement inspirée par tous ceux qui se bougent pour organiser et mener ».

De nouveaux exemples français… et belges

Sortie sociale novatrice ou timide tentative politique qui ne s’assume pas ? C’est que l’épisode n’est pas sans rappeler l’initiative toute récente, en France, d’Anne Hidalgo, de Martine Aubry et de Christiane Taubira. Toute aussi tourné vers l’avenir, elle est baptisée « Dès demain » et se décrit comme « un espace commun, national, européen, international, à la fois de discussion et de promotion des solutions inventées tous les jours sur nos territoires »Tout aussi évasif, mais forcément moins directement anti-Trump, « Dès demain » sera lui aussi mené par des citoyens plus ou moins engagés, plutôt que par des pontes politiques.

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Du côté de l’Hexagone toujours, un autre candidat à la présidentielle déçu, Benoit Hamon, s’est aussi lancé dans le « mouvement », si ce n »est que l’annonce officielle du sien n’est prévue que pour juillet – ce qui n’empêche pas l’ex-candidat de « teaser » : « Je pense aujourd’hui qu’il faut de l’horizontalité et puisque les partis politiques ne veulent pas engager ce dialogue entre eux, il me semble qu’il faut l’organiser ailleurs (…) Nous avons besoin de cette renaissance-là », a-t-il expliqué au micro de France Inter. Quelques adjectifs révélateurs filtrent, comme « transpartisan ». Tout un programme, pour l’homme qui assure ne pas vouloir pour autant quitter le PS français.

Il en faudrait peu dans l’effervescence actuelle pour oublier une autre initiative, belge cette fois, discrète et omniprésente à la fois : « Tout Autre Chose ». Le mouvement est composé de citoyens et d’associations et a fait de son cheval de bataille une certaine opposition à l’austérité et la proposition d' »alternatives », explique Olivier Malay, jeune porte-parole du projet citoyen. « On ne veut pas à se présenter aux élections », assure-t-il. « Il y a déjà beaucoup de partis qui existent. Souvent, quand ils arrivent au pouvoir, ils finissent par gouverner pour les 1% les plus fortunés. Plutôt que de créer un tel parti, on veut conscientiser la population et s’organiser ensemble pour faire pression sur les politiques ».

Ceci n’est pas un parti

Dans « Tout Autre Chose », pas de politiciens, mais bien quelques militants encartés de manière individuelle. « Le pari qu’on a fait, c’est de constituer un mouvement social, comme on l’a vu dans d’autres pays », explique Olivier Malay. « Quand les partis politiques arrivent au pouvoir, ils ont des tas de contraintes qui pèsent sur eux (…) qui font qu’ils ont les mains liées. Aujourd’hui, c’est en changeant la population et en s’organisant qu’on arrivera à faire changer les politiques, et pas l’inverse », ajoute-t-il avec ferveur.

Si de tels mouvements semblent pulluler depuis quelques mois, le phénomène est apparu il y a plusieurs décennies, avec la naissance d’une galaxie d’associations engagées, en parallèle de partis classiques. « Les partis politiques ont pour mission d’accéder au pouvoir pour changer les choses de l’intérieur : c’est un ensemble de personnes qui se prononce sur un ensemble des enjeux de la société. Les mouvements sociaux ont un objectif différent, qui est d’influencer des décideurs publics, mais sans prendre part au processus électoral », décrypte Benjamin Biard, un chercheur à l’UCL travaillant sur la thématique de la démocratie au sein de l’Association belge de science politique.

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Ce qui les différencie des mouvements d’alors, ce sont leurs enjeux moins matérialistes et leurs nouveaux modes d’action, avec un rapport singulier aux médias. « On est aussi davantage dans la protestation que dans la revendication », précise-t-il. « Hillary Clinton dit par exemple que son mouvement a pour vocation de résister à Donald Trump, plus que d’influencer ses décisions. On est dans une évolution ».

©BELGA NICOLAS MAETERLINCK – La dernière parade de Tout Autre Chose (en néerlandais « Hart Boven Hard »), en mai 2017.

Entre effet de mode et populisme

Difficile pourtant de ne pas voir le rapprochement avec l’effet de surprise d’un nouveau président. Dans les caisses du projet, il y a eu « La Gauche Libre », trop à gauche peut-être. « Les Jeunes avec Macron », trop juvénile. « Vision Macron », trop macroniste ? Lancé le 20 février 2016, En Marche ! – qui porte les mêmes initiales qu’Emmanuel Macron – est finalement devenu le nom public de l' »association pour le renouvellement de la vie politique ». Suite à la fondation du mouvement, son leader a remporté la plupart des sondages d’opinion d’alors, qui gagaient déjà sur l’homme pour l’élection présidentielle de 2017. La suite on la connait : elle a fait la une de tous les journaux, le 8 mai 2017.

La ferveur des indignados espagnols est un autre exemple de réussite politique. Modèle révolutionnaire datant de 2011, le mouvement est désormais représenté au niveau local, à travers le parti Podemos. « En Espagne, on était sur des enjeux spécifiques, avant d’observer une transformation du mouvement pour aboutir au parti Podemos, qui est pravenu à accéder au pouvoir », complète l’expert.

©AFP PHOTO / JOEL SAGET – À peine plus d’un an après la création de son mouvement, Emmanuel Macron a créé la surprise en devenant le nouveau président de la France.

Une révolution dans le vent ? « Dire que c’est un effet de mode, c’est peut-être un peu exagéré », tempère le chercheur. « De tels mouvements sociaux ont émergé dans les années 60 et 70, ce n’est donc pas quelque chose de fondamentalement nouveau ». Ce qui l’est, c’est la tendance de ces mouvements : populiste. En Europe comme aux États-Unis, nombre de ces organisations, sous couvert d’un idéal de « citoyenneté », versent dans le populisme. Pour Benjamin Biard, ces mouvement « s’appuient sur une méfiance à l’égard du monde politique en général. Il y a une volonté de répondre ou de contourner cette méfiance généralisée envers les partis politiques ».

À droite, à gauche, ou au centre, les « mouvements » seraient donc une solution idéale pour quiconque veut peser politiquement, sans pour autant s’attirer les foudres de l’anti-establishment. Après l’échec des Démocrates menés par Clinton et avec la sérieuse crise de confiance que traverse le parti socialiste – dont sont issus Martine Aubry, Anne Hidalgo, ou encore Benoit Hamon -, difficile en effet de ne pas imaginer ces nouveaux micro-partis comme une tentative de solution pour continuer à exister politiquement.

Mais la crainte est qu’au vu de l’évolution actuelle de ces initiatives, qui à l’inverse des luttes fondatrices  – féministes, ouvrières, LGBT, voire scolaires – brassent large, ces rassemblements ne soient plus dirigés par une idéologie forte. On y mettrait un peu de tout, pour un monde meilleur. Au risque, peut-être, d’être critiqué pour un manque de vision claire, voire de programme – à l’instar d’un certain mouvement en marche…

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