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Interdiction de la pilule du lendemain dans les plannings familiaux : « on veut restreindre notre action, c’est du non sens ! »

La ministre de la santé Maggie de Block. | © BELGA/VIRGINIE LEFOUR

Politique

Après les partis politiques, ce sont les plannings familiaux qui réagissent à la décision de la ministre de la Santé publique Maggie De Block de leur interdire la délivrance de la pilule du lendemain.

 

Depuis décembre 2014, la Région wallonne fait appliquer strictement par les centres de planning familial la loi sur les médicaments, qui prévoit que ces médicaments ne peuvent être délivrés que par un médecin ou un pharmacien, sauf exceptions prévues par la loi. Deux propositions de loi visaient à inclure les centres de planning familial parmi les exceptions, mais la ministre de la Santé a estimé que « la distribution de médicaments ne fait pas partie des missions des centres de planning familial (…) La prescription de la pilule contraceptive par un médecin reste primordiale dans le cadre du suivi médical des patients » et que « la distribution de médicaments ne fait pas partie des missions des centres de planning familial ».

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Ce que déplore pour Elvina, psychologue au planning familial de l’ULB : « Je trouve ça absurde, Il y a des services qui s’occupent de ça et on veut restreindre leurs actions, c’est du non sens ! Peut-être qu’en Flandre il y a peu de plannings, mais faut-il s’aligner sur eux ? C’est une grande chance pour les femmes d’avoir un planning familial (…) La pilule est délivrée par des personnes qui ont suivi des formations médicales et psychologiques. Elles peuvent ainsi conseiller les jeunes femmes qui ne savent pas toujours quand elles peuvent la prendre. Par exemple, certaines jeunes filles viennent en croyant avoir oublié la pilule alors qu’en réalité, elles sont protégées car c’est la période de 7 jours durant laquelle la prise de la pilule de contraception doit être arrêtée. Élément que le pharmacien ne prendra pas spécialement en compte ».

Souvent, il y a aussi un manque d’explications sur la façon dont il faut utiliser la pilule du lendemain et dans quelles conditions l’utiliser, en pharmacie ils n’ont pas toujours le temps de tout expliquer.

« Notre proposition de loi a été rejetée ce matin, en commission Santé (de la Chambre ndlr), sous prétexte que ces femmes n’ont qu’à aller en pharmacie, que les pilules ne se distribuent pas comme des bonbons et que la Flandre ne connaît pas ce problème », regrette la députée fédérale Ecolo Muriel Gerkens. « Comment comprendre ces motivations ? Doit-on y voir une nouvelle fois la main des lobbies pharmaceutiques ? Ou des motivations communautaires de la part de la N-VA notamment qui considère que seulement 1% des femmes de Flandre sont concernées et qu’il est dès lors inutile de changer la loi ? Force est en tout cas de constater que les partis de la majorité, y compris le MR, se sont ralliés à ce refus ».

Les pharmaciens, moins qualifiés que le personnel du planning familial ?

« Il faut savoir que ce n’est pas le travail du pharmacien, il n’est pas formé à la prévention contrairement à nous. Ce serait dangereux pour les femmes, et surtout une grave erreur en terme de santé publique si nous ne pouvons plus délivrer la pilule du lendemain. Certaines femmes n’oseront pas rentrer dans une pharmacie par peur d’être jugées par les clients ou le pharmacien. D’autres encore n’auront pas les bons conseils, les bonnes indications, le bon mode d’emploi de cette pilule du lendemain, parce que le pharmacien sera pressé ou oubliera simplement de donner des explications supplémentaires, mais essentielles » poursuit Elvina.

 « On donne 180 pilules du lendemain par an, sans compter les prescriptions, et ça, uniquement pour notre planning familial »

Si les femmes préfèrent venir au planning qu’en pharmacie nous explique la psychologue à l’ULB, c’est que « bien souvent, elles nous connaissent parce qu’on est venu faire une présentation dans leur école. Elles savent qu’on peut les conseiller en toute confidentialité. Au planning familial, il y a un vrai accueil et on leur accorde du temps pour parler avec elles de la pilule du lendemain, mais aussi des autres moyens de contraception. En pharmacie, elles ne savent pas si elles vont être jugées, beaucoup ont peur d’être entendues par les autres clients, du regard du pharmacien. Et chez nous, la pilule du lendemain est gratuite. En pharmacie, elle coûte dix euros. Ça peut paraître bon marché, mais pour certaines jeunes filles, c’est beaucoup ».

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Pour le groupe PS du Parlement de Wallonie, cette mesure prise par Maggie de Block fait faire « un bond en arrière de 30 ans ». « La seule solution consiste à ne pas pénaliser les centres de planning afin qu’ils puissent continuer à faire ce qu’ils font depuis 30 ans, distribuer des pilules contraceptives et du lendemain », souligne la députée wallonne Christie Morreale. « S’il est nécessaire d’introduire une modification dans l’arrêté pour régulariser la pratique, j’invite le gouvernement wallon à plaider avec force pour que cela se fasse au plus vite « .

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