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L’avenir de la Belgique, le féminisme, son mari… Sophie Wilmès s’ouvre à Paris Match

Sophie Wilmès dans la campagne du Brabant flamand... | © Bernard Demoulin

Politique

Au mois d’août, nous avons eu la possibilité de discuter avec la première ministre Sophie Wilmès. Elle s’est exprimée sur un grand nombre de sujets. En voici les principaux extraits.

 

Paris Match. Simone Veil a déclaré un jour : « C’est au fait d’être femme que je dois ma carrière politique. Et je ne vais pas m’en plaindre. Mais je trouve que pour celles qui ont suivi, c’est dur. Les attaques sont violentes. Souvent injustes. ». Elle avait raison ?
Sophie Wilmès. A la différence de Simone Veil, je ne pense pas que mon genre ait joué en ma faveur ou en ma défaveur à un quelconque moment de ma carrière. C’est une chance. Ceci étant dit, il faut reconnaître qu’il est plus facile aujourd’hui qu’hier d’être une femme dans un milieu professionnel, quel qu’il soit. Et si je suis très attachée à l’égalité entre les femmes et les hommes, je ne me suis jamais définie par mon genre. Les qualités, les aptitudes et les compétences ne sont pas genrées. Elles ne devraient donc pas l’être non plus dans les yeux d’un collègue, d’un patron ou d’un recruteur. Je ne pense pas non plus avoir été plus injustement attaquée parce que j’étais une femme politique. Il se peut qu’il y ait des dérapages. Quand ils ne sont pas graves, il faut les prendre à la mesure de leur hauteur : insignifiants.

Simone Veil a déclaré également : « Les erreurs ne se regrettent pas, elles s’assument. La peur ne se fuit pas, elle se surmonte. L’amour ne se crie pas, il se prouve ». Cela parle à la femme politique que vous êtes, mais aussi et surtout à la femme, à l’épouse, à la maman ?
Ces mots sont très vrais. Ils me parlent beaucoup, peu importe que ce soit en tant que maman, épouse, amie ou personnalité politique. Car même si on a toutes et tous plusieurs casquettes dans la vie, il est important de rester fondamentalement soi-même.

 

©Bernard Demoulin

Comment analysez-vous le fossé qui ne cesse de se creuser entre politiques et citoyens et à quoi l’attribuez-vous ?
Je suis une vraie démocrate. Je crois en notre démocratie et au socle de valeurs sur lequel elle est fondée. Dès lors, ce fossé m’inquiète, il m’attriste aussi. Je ne suis pas politologue mais je remarque que le rythme infernal de notre société et l’immédiateté des réseaux sociaux créent une distorsion encore plus accrue entre le temps politique et le temps de la communication. On veut tout, tout de suite. Tout tourne en continu, la nuit également : regardez Twitter, par exemple. Cela génère de l’anxiété, voire de la frustration chez les citoyens. Et de là découle parfois une rupture de confiance entre eux et les autorités. Cette frustration, je l’ai expérimentée à plusieurs reprises pendant la crise du Coronavirus. Il nous est arrivé d’annoncer une piste de réflexion, que l’on allait entamer un chantier… Et dans l’heure, je recevais déjà des critiques car ce n’était pas encore clôturé. C’est avec force que nous devons sans cesse freiner l’emballement médiatique – au sens large, y compris les réseaux sociaux – pour prendre le temps de la réflexion, de la discussion. On sait maintenant que les effets de certaines mesures se font ressentir après plusieurs semaines. Mais cette ligne du temps-là ne correspond pas à l’instantanéité de notre société.

Etes-vous pessimiste pour l’avenir de la Belgique ?
Par nature, je suis quelqu’un d’optimiste. Et je le suis pour mon pays. Même si je dois avouer que certaines déclarations, certains projets politiques ont de quoi m’inquiéter. Ce n’est pas un optimisme naïf, je reste vigilante. Mais je crois en mon pays. Mes différentes missions à l’étranger en tant que Première ministre m’ont démontré que la Belgique a une excellente réputation sur la scène internationale. Nous sommes un petit pays, mais nos qualités sont reconnues, nos talents aussi. Notre voix est écoutée. Peut-être que ce sont les Belges eux-mêmes qui sont les plus durs vis-à-vis de leur pays. Mais il y a clairement de quoi être fier d’être Belge. En tout cas, moi, je le suis.

Si je vous dis : « Vous avez de jolies baskets aux pieds et l’image est encore plus sympa quand des baskets sont portées par une Première ministre », que répondez-vous ? Vous soignez votre look ?
La plupart des gens soignent leur look. Je vous dirais surtout que j’adore porter des baskets. « La femme de l’année est une Première ministre en baskets » : ce serait un beau titre, non ?
C’est un titre assez sympa. Et c’est une question finement amenée qui vous permet surtout de boucler l’interview. C’est smart !

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Son mari : le roc de sa vie

La Première ministre Sophie Wilmès et son époux Chistopher Stone. ©DR

La chance qu’elle évoque, c’est lui. Son roc, celui sans lequel elle n’aurait peut-être pas pu embrasser l’étonnant destin qui est désormais le sien : depuis 2009, Sophie Wilmès est l’épouse de Christopher Stone, un Australien originaire de Tasmanie. Le couple a trois filles, tandis que Christopher a un fils d’une précédente union. Ils résident à Rhode-Saint-Genèse. « Nous vivons toujours tous les six ensemble », précise-t-elle.

« Un vrai bonheur. Mes enfants sont élevés dans trois langues. Nous parlons anglais à la maison. Moi, je leur parle en français. Les filles ont fait leurs primaires en néerlandais. Avant, c’était moi qui faisais tourner toutes les assiettes, je gérais le ménage, je réparais les robinets… même si l’on partageait déjà les tâches. Quand je suis devenue ministre, mon mari a pris le relais. C’est un homme très chic. On s’est toujours beaucoup soutenus mutuellement. Je ne m’attendais pas du tout à faire une telle carrière. Charles Michel m’a demandé de venir chez lui un dimanche matin et m’a proposé de succéder à Hervé Jamar, ministre du Budget. J’ai demandé un délai de réflexion, je voulais en discuter en famille. Charles m’a dit : “Tu as deux heures.” Mon mari et moi savions que ce serait un grand changement. Nous étions intéressés, mais aussi conscients du danger pour notre bel équilibre. Nous avons choisi, ensemble, d’accepter. Tout en nous disant que si cela n’allait pas, on arrêterait… » Quel est le poste ministériel qu’elle confierait à son époux dans le gouvernement de son cœur ? « Il faudrait déjà qu’il ait l’envie de se lancer en politique ! Heureusement, ce n’est pas du tout le cas. Je dis “heureusement”, car avoir un époux qui prend beaucoup de distance par rapport à tout cela est une force et une source d’équilibre. »

Paul Magnette lui a offert le coffrer de la série Borgen

Angela Merkel est la plus connue et elle lui voue une profonde admiration. Il y a aussi Sanna Marin en Finlande et Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande. Entre autres. Sophie Wilmès fait désormais partie des femmes en vue, chefs d’Etat ou de gouvernement dans le monde. Il y en a une autre, tout aussi appréciée des Belges : Birgitte Nyborg, l’héroïne de la série TV « Borgen », qui a connu un succès mondial. Cette production danoise raconte l’histoire d’une femme devenue Première ministre et lève le voile sur les pratiques politiques, tout en insistant sur certaines valeurs humaines. Du pur bonheur de téléspectateur. La série reviendra sur les écrans en 2022 avec de nouveaux épisodes actuellement en cours d’écriture. « Figurez-vous que cela fait des années qu’on me dit que je dois la regarder », nous confie Sophie Wilmès. « Paul Magnette a eu la gentillesse de m’offrir le coffret DVD il y a quelques mois. Par contre, je ne peux pas encore vous dire s’il y avait un message caché derrière ce cadeau car je ne suis qu’au troisième épisode. »

La gauche bienveillante avec la droite… A l’écran, les calculs politiques, les coups bas, les pressions ne font que commencer. Et dans la vie réelle ? « Quand on s’engage en politique, on le fait par conviction », répond Sophie Wilmès. « Parce qu’on est porté par des valeurs et des combats. C’est ce qui continue de me guider au quotidien. Bien entendu, tout le monde le sait, ces aspects-là font souvent partie du lot. Et oui, c’est parfois difficile, je ne vais pas vous le cacher. On apprend les règles du jeu, les codes. Mais je pense aussi, sans angélisme, qu’on est libre de tenter de faire les choses différemment. Libre de partir aussi quand cela ne convient plus. »

Elle évoque son rôle de femme dans un monde machiste. « Je ne me suis jamais demandé : “Puis-je faire ce job parce que je suis une femme ?” Evitons de catégoriser. Il y a des hommes qui sont beaucoup dans l’empathie et la bienveillance et des femmes qui ne sont pas dans ce trip-là. C’est dans le regard des autres que les choses changent. »

On voit également dans Borgen une Première ministre si passionnée par son travail, qui pense tant à servir les citoyens qu’elle ne voit pas sa vie privée partir en lambeaux : elle n’a plus de temps pour celle-ci. Est-ce inéluctable ? Peut-on tout réussir dans la vie avec la même force ? « A vrai dire », répond Sophie Wilmès, « il ne faut pas être Premier ministre pour avoir parfois du mal à gérer les équilibres entre les différentes sphères de notre vie. C’est une équation complexe. Je pense notamment à tous ces parents qui ont un emploi et doivent jongler avec leurs obligations. Ce qui est certain, c’est qu’une vie de couple ou une vie de famille ne se réussit jamais seul. Chacun doit y mettre sincèrement du sien. Les parents. Les enfants. Et, avec tout ça, il faut quand même avoir un peu de chance. Je dois reconnaître que j’en ai beaucoup. Pourvu que ça dure ! »

 

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