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Présidentielle en Iran : ouverture ou repli à l’issue du scrutin ?

Ali Khameini a appelé les Iraniens à voter | © Belga

Politique

Ce vendredi, les Iraniens sont appelés à se rendre aux bureaux de vote pour élire leur nouveau président. Un scrutin qui se joue entre Hassan Rohani, le président sortant, partisan de l’ouverture, et Ebrahim Raissi, candidat religieux conservateur.

 

Ali Khameini, guide suprême d’Iran, a été un des premiers à se rendre aux urnes ce matin. Dès l’ouverture officielle des bureaux de vote, l’ayatollah a voté à la guidance, son quartier général du centre de Téhéran. Devant un parterre de journalistes, dont l’envoyé spécial du Figaro, Ali Khameini a remercié Dieu pour les élections, rappelant aux Iraniens qui hésiteraient à aller voter que « le destin du peuple est entre vos mains ». Et ce, même si les candidats aux élections sont sélectionnés au préalable en fonction de leur loyauté à la République islamique. Une loyauté qu’Ebrahim Raissi revendique, en opposition à une « faiblesse » du président sortant. Ainsi qu’il l’a déclaré, « avec la diplomatie où on implore, on ne peut pas régler les problèmes. Il faut une diplomatie forte ».

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Bilan en demi-teinte

Faible, Hassan Rohani ? Partisan de l’ouverture, le président iranien n’a pas hésité à critiquer ouvertement les répressions passées du régime. Lors d’un discours à Hamadan le 8 mai dernier, il s’est ainsi opposé à ceux qui  « au cours des trente-huit dernières années n’ont su qu’exécuter et mettre en prison ». Une déclaration choc, en phase avec une campagne faite de promesses d’ouverture et de nouveau départ pour le pays. Des promesses qui peinent à convaincre, après le faux-départ du dernier scrutin : Hassan Rohani avait ainsi promis la libération des dirigeants du mouvement vert, Mir-Hossein Moussavi et sa femme Zahrah Rahnavard. Le couple est toujours emprisonné aujourd’hui. Malgré des progrès quant à la condition des femmes, des millions d’entre elles sont verbalisées ou arrêtées chaque année parce qu’elles contreviennent aux règles vestimentaires imposées par le régime islamique. Sans oublier que l’Iran se dispute toujours avec la Chine le triste record de pays qui enregistre le plus de condamnations à mort.

Ouverture économique

Il n’empêche que Hassan Rohani a malgré tout fait beaucoup pour l’ouverture du pays. C’est lui qui a défendu l’accord de 2015 sur le nucléaire, stipulant un ralentissement du programme nucléaire iranien en échange de la levée de certaines sanctions internationales. Il a également entrepris d’engager un processus de dégel des relations avec l’Orient. Une démarche impensable sous la présidence de Mahmoud Ahmadinedjad, dont la politique ultra-conservatrice avait plombé l’économie du pays. Entre dépenses conséquentes et corruption institutionnalisée, sa présidence avait contribué à faire grimper l’inflation jusqu’à 40%. Un taux repassé à 7.5% sous l’influence d’Hassan Rohani.

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La religion au coeur du scrutin

Un bilan positif, qui ne plaît pas à tous les Iraniens. Problème, pour certains : la position trop libérale du président sortant sur la religion. Ainsi que l’ont confié des Iraniennes au Point, « Rohani n’a amené avec lui que le chômage, la corruption et l’immoralité. Le pire aujourd’hui, c’est que le port du voile est désormais négligé, on ne peut plus trouver de vrai manteau islamique dans les rues ! ». Pas de risque, avec Ebrahim Raissi, candidat extrêmement proche de l’ayatollah, et supporter enthousiaste des exécutions de prisonniers politiques en 1988. Hassan Rohani parviendra-t-il à l’emporter contre la favori de l’appareil d’Etat iranien ? En quête de liberté, les Iraniennes en rêvent : « Je vais voter Rohani, confie l’une d’elles à Ouest-France. Peut-être que dans le privé, rien n’a changé. Mais dans la rue, la police est moins stricte avec les couples qui se tiennent par la main… ».

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