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Ruth Bader Ginsburg : La mythique juge de la Cour suprême américaine est décédée à 87 ans

"RBG" en 2018. | © MANDEL NGAN / AFP

Politique

Un des grands noms de la lutte pour l’égalité entre femmes et hommes aux États-Unis est décédé.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai.

Ruth Bader Ginsburg, qui siégeait à la Cour suprême des États-Unis depuis 27 ans, est décédée à l’âge de 87 ans, a annoncé l’instance, évoquant des complications liées à son cancer. En mai dernier, des lésions cancéreuses avaient été détectées sur son foie. En 1999, elle avait souffert d’un cancer du colon, puis dix ans plus tard d’un cancer du pancréas. En 2018, des lésions cancéreuses avaient été détectées sur ses poumons, et sur son pancréas l’année suivante. Mais à chaque fois, la juge parvenait à assumer ses fonctions, signant même certaines décisions de la plus haute instance américaine. « Notre nation a perdu une juriste d’une importance historique », lui a rendu hommage John Roberts, juge en chef de la Cour suprême. « Nous sommes en deuil, mais nous savons que les générations futures se souviendront de Ruth Bader Ginsburg de la façon dont nous la connaissions : une défenseure infatigable et déterminée pour la justice », a-t-il ajouté.

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Ruth Bader Ginsburg a été nommée à la Cour suprême en 1993, par le démocrate Bill Clinton, devenant la deuxième femme à siéger à la Cour après Sandra Day O’Connor -Barack Obama en a nommé deux durant son mandat, Sonia Sotomayor et Elena Kagan. Mais avant d’entrer au sein de la plus haute instance américaine, la native de New York a eu un parcours des plus singuliers : épouse et mère jeune, elle a commencé à fonder une famille avant d’entamer ses études de droit à Harvard. Une fois diplômée, Ruth Bader Ginsburg a eu du mal à trouver un emploi, discriminée car elle était une femme dans un domaine encore très masculin. Clerc pendant quelques années, elle est devenue enseignante puis avocate, défendant notamment des dossiers portant sur les droits des femmes et fondant le Women’s Rights Project de l’ACLU, une association majeure de défense des droits humains aux États-Unis. C’est en 1980, sur nomination du président démocrate Jimmy Carter, qu’elle est devenue juge à la cour d’appel de Washington, un poste qu’elle a occupé jusqu’à son arrivée à la Cour suprême.

« Les jeunes activistes se sont inspirés de l’histoire et du travail de Ruth Bader Ginsburg »

« Je ne vois personne dont le visage a été davantage brandi sur Internet, dans les manifestations dans les rues, sur des pins ou des affiches, que celui de RBG. Les jeunes activistes revendiquent de s’inspirer d’elle, tout en agissant d’une autre façon. RBG est toujours partie du principe qu’il fallait y aller une marche après l’autre, de ne pas hurler mais de faire entendre calmement son point de vue. Les activistes agissent de différentes façons mais je ne doute pas que les jeunes se sont inspirés de l’histoire et du travail de RBG », nous expliquait en 2018 Julie Cohen, une des deux réalisatrices du film RBG, un documentaire consacré à la vie et à la carrière de la magistrate.

Elles y racontaient la carrière et la vie privée de cette femme au sens de l’humour évident, notamment son entrée à l’école de droit de Harvard, en même temps que son mari Marty Ginsburg, alors qu’ils venaient d’avoir un enfant. En étant une des neuf femmes sur les quelque 500 étudiants, elle avait brillé par son parcours académique, réussissant à mener de front des études brillantes et l’éducation de leur fille de 3 ans, alors que les médecins venaient de diagnostiquer à son mari un cancer. Tous deux ont fini par obtenir leurs diplômes -elle, avec un an de retard, à Columbia. Mais dès son entrée sur le monde du travail, Ruth Bader Ginsburg a été confronté au sexisme des employeurs qui refusaient de lui donner sa chance pour la simple raison qu’elle était une femme. Un combat personnel qui s’est ressenti dans chacune de ses luttes professionnelles par la suite.

Avec Bill Clinton en 1993. KORT DUCE / AFP

C’est en 1971 qu’elle a défendu son premier dossier devant la Cour suprême, une victoire : elle a réussi à faire reconnaître qu’un homme ne devait pas être considéré d’office comme le principal exécuteur testamentaire, défendant une mère endeuillée qui voulait veiller au respect des volontés de son fils décédé. Selon NPR, la magistrate aurait confié, durant ses derniers jours, à sa petite-fille Clara Spera : « Mon voeu le plus cher est que je ne sois pas remplacée avant qu’un nouveau président ne soit au pouvoir ». Prouvant à quel point, ces deux dernières années, son état de santé était devenu un sujet d’importance politique. Donald Trump pourra nommer un troisième juge, faisant durablement basculer la balance entre juges considérés progressistes et conservateurs, les seconds deviendraient six face à trois. Le but avoué est que les conservateurs aient une majorité confortable sur les neuf juges pour permettre de trancher sur les décisions de justice qui arrivent jusqu’à eux, des jugements aux conséquences majeures pour la société américaine puisqu’ils ont permis, dans le passé, la légalisation au niveau fédéral de l’avortement ou du mariage entre personnes du même sexe.

Un argument de campagne pour le président sortant, qui peut se vanter d’en avoir déjà nommé deux, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Et il pourra compter sur le soutien des sénateurs républicains : Mitch McConnell, le patron des sénateurs républicains, a déjà annoncé qu’en cas de nomination d’un nouveau magistrat à la plus haute instance du pays, les républicains feront tout pour que le choix soit validé rapidement, balayant l’argument que les conservateurs avaient opposé à Barack Obama en 2016. Déjà majoritaires au Sénat, ils avaient bloqué pendant un an l’audition, et donc le vote pour la validation de sa nomination, de Merrick Garland sous prétexte que l’élection présidentielle allait avoir lieu quelques mois plus tard.

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