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Face à Joe Biden, Donald Trump recycle sa stratégie de 2016

Face à Joe Biden, Donald Trump recycle sa stratégie de 2016

Pas de poignée de main entre les deux candidats cette fois-ci, Covid oblige... | © Belga Image / Imago

Politique

Au cours du premier débat présidentiel face à Joe Biden, Donald Trump a une nouvelle fois de plus dirigé ses attaques contre Barack Obama, et s’est montré incapable de présenter un programme pour sa réélection.

 

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Un premier débat chaotique, une cacophonie rarement vue à ce niveau. Mardi soir, Donald Trump et Joe Biden se sont affrontés pour le premier des trois débats présidentiels prévus. Le président sortant a adopté la même stratégie qu’il y a quatre ans, face à Hillary Clinton : multiplier les petites phrases, interrompre son adversaire… et attaquer Barack Obama. Face à l’ancien vice-président, le milliardaire a évoqué son prédécesseur, qu’il accuse d’être responsable de bien des maux et dont il estime qu’il a été « viré » – alors qu’il a quitté la Maison-Blanche à l’issue des deux mandats possibles selon la Constitution. Interrogé sur les déclarations d’impôts qu’il refuse toujours de dévoiler, et après que le New York Times a révélé qu‘il n’avait payé que 750 dollars en 2016 et 2017, Donald Trump a rejeté la faute sur… Barack Obama, dont la politique fiscale a ouvert la possibilité pour Trump d’obtenir un remboursement fiscal important : « Je ne veux pas payer d’impôts. Comme tout autre homme d’affaires, sauf s’ils sont stupides, ils profitent des lois », s’est-il vanté, quatre ans après avoir dit à Hillary Clinton que cela faisait de lui « quelqu’un de malin » de ne pas payer d’impôts.

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Donald Trump s’est moqué de Barack Obama, évoquant notamment les « 128 juges » qu’il a pu nommer dans les cours fédérales et les trois à la Cour suprême. « Vous savez pourquoi j’ai autant de juges ? Car le président Obama et lui m’ont laissé 128 places à remplir. Ils ont laissé 128 postes à remplir. » Mais il s’est bien gardé d’en expliquer la raison : en 2015 et 2016, les sénateurs républicains, majoritaires à la chambre haute, ont refusé d’auditionner et donc de valider les nominations de la Maison-Blanche, y compris celle de Merrick Garland, proposé pour succéder à Antonin Scalia en février 2016 à la Cour suprême. L’excuse avancée à l’époque : à huit mois et demi de l’élection présidentielle, le choix devait être fait par le président élu en novembre. Mais après le décès de Ruth Bader Ginsburg, ce mois-ci, la Maison-Blanche a attendu huit jours avant de proposer la nomination d’Amy Coney Barrett, dont l’audition a déjà été programmée par le Sénat, qui compte bien accélérer le processus. « Je n’ai pas été élu pour trois ans », a martelé Donald Trump. « Ils avaient Merrick Garland mais le problème est qu’ils n’ont pas gagné l’élection, et ils ont été arrêtés », a-t-il ajouté.

Ressassant l’élection de 2016, Donald Trump a une nouvelle fois assuré sans preuve que l’administration Obama avait placé sa campagne sur écoute.

Trop d’attaques, pas assez d’idées

Interrogé sur la pandémie de Covid-19, dont la gestion par son administration est critiquée, Donald Trump a détourné la question et évoqué la pandémie de grippe H1N1 : « Vous ne vous en êtes pas bien sortis sur la grippe aviaire, H1N1, vous étiez désastreux. Votre propre directeur de cabinet a dit que vous étiez désastreux », a assuré le président américain. Joe Biden a répondu que la grippe H1N1 avait fait 12 000 morts aux États-Unis entre avril 2009 et avril 2010, contre 200 000 pour la pandémie – toujours en cours – de Covid-19.

Même Chris Wallace, le journaliste de Fox News qui modérait le débat, a été contraint de défendre le bilan économique de Barack Obama, pris pour cible par le président sortant : « Dans les trois dernières années de la présidence Obama, plus d’emplois ont été créés – 1,5 million d’emplois supplémentaires – que dans les trois premières années de votre présidence.»

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Mais ces attaques multiples à coups de répliques qu’il voulait assassines ont empêché Donald Trump de présenter le programme pour son éventuel second mandat. S’éloignant volontiers des thématiques prévues, il a surtout consacré ses deux minutes de parole à des reproches à son adversaire et à des attaques personnelles, visant notamment le fils de Joe Biden, Hunter, – ce qui a irrité l’ancien vice-président, qui a haussé le ton en évoquant sa famille. Au pouvoir depuis près de quatre ans et visiblement tendu, Donald Trump a été privé de l’angle qu’il avait adopté lors des débats de 2016, lorsqu’il se présentait comme un « outsider », représentant d’un électorat se sentant mal représenté. Sans cesse interrompu, Joe Biden a lui aussi eu bien du mal à présenter ses idées.

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