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Le nouveau visage de l’Arabie saoudite avec le roi Salman

Le roi Salman règne sur l'Arabie Saoudite depuis deux ans. © Hamad I Mohammed/Reuters

Politique

Cela fait deux ans que le roi Salman règne sur l’Arabie saoudite. Ses objectifs : réduire les déficits et renouveler l’image de sa politique.

D’après un article PARIS MATCH FRANCE de Clarence Rodriguez

Il y a deux ans, Salman bin Abdelaziz (81ans) accédait au trône d’Arabie saoudite, succédant à son demi-frère Abdallah, décédé à 90 ans. Ce dernier avait régné dix ans sur le royaume. Homme de consensus, « supporter » des droits de la femme, grâce à sa fille, princesse Adelah qui a beaucoup oeuvré auprès des Saoudiennes, il a permis aux Saoudiennes de sortir de chez elles et d’intégrer la vie active, d’occuper des postes jusque-là réservés aux hommes. Depuis cinq ans les vendeurs et caissiers dans les supermarchés ont été remplacés par des vendeuses. Sans oublier les trente femmes nommées par le vieux monarque au Conseil consultatif, ou Choura… D’aucuns parleront de « réformettes », tandis que pour les Saoudiennes, ces petits gestes royaux constituaient une réelle avancée. Quand bien même, la route vers les droits de la femme en Arabie saoudite demeure encore longue et sinueuse, puisqu’elles se battent aujourd’hui pour obtenir l’abolition du « tutorat » et le droit de conduire.

Le roi Abdallah était idolâtré par ses sujets. A tel point qu’à sa mort, le 23 janvier 2015, la population appréhendait – sans trop l’exprimer publiquement – son successeur considéré plus conservateur, plus pragmatique, moins libéral. Il est issu du clan al-Sudeiri considéré comme l’aile très conservatrice de la famille royale.

Salman est à l’origine de la modernisation de Ryad

Cinquième roi de la dynastie des Al-Saoud, Salman fut gouverneur de Ryad pendant près de 50 ans. Il est à l’origine de la modernisation de cette mégalopole bâtie en plein désert, peuplée aujourd’hui de 8 millions d’habitants. Cette expérience de « bâtisseur » lui ont conféré respect et réputation de probité au sein de la famille Al-Saoud. Durant un demi siècle, il a pu entretenir de sérieuses et solides relations entre les différentes organisations religieuses, tribales et étatiques. Sans l’équilibre de ces trois piliers certes, sensibles et fragiles, le roi Salman aurait aujourd’hui de sérieuses difficultés à mener sa propre politique au sein du royaume. Un roi en Arabie saoudite ne peut gouverner qu’en respectant la loi tacite du consensus.

©AFP PHOTO / Saudi Royal Palace / BANDAR AL-JALOUD

Le « Vietnam saoudien »

Deux mois après son accession au trône, dans la nuit du 25 mars 2015, le roi Salman lance une opération militaire, appelée « Tempête décisive ». Une opération censée éliminer les rebelles houtistes accusés par les autorités saoudiennes d’être manipulés par l’Iran, ennemi juré de l’Arabie saoudite. Pour les Saoudiens, les Iraniens sont devenus ces dernières années une véritable obsession. 22 mois et des milliers de morts plus tard, des observateurs à Riyad parlent désormais de « Vietnam saoudien ». Une guerre onéreuse, entre 7 et 9 milliards de dollars par mois.

La population doit se serrer la ceinture. Fin décembre 2015, le roi Salman prend des mesures drastiques. Augmentation du prix de l’eau de l’électricité, diminution des subventions, un coup de sabre (jusqu’à 50%) dans les salaires des ministres, militaires et fonctionnaires : toutes les classes sont affectées. Un traumatisme pour les Saoudiens habitués jusque-là à vivre sous perfusion de l’État. Pour la première fois depuis 2009, le pays a enregistré un déficit budgétaire de plus de 85 milliards de dollars. Selon les prévisions pour 2017, le budget devrait être ramené à 53 milliards.

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Redorer son blason

L’Arabie saoudite cherche par tous les moyens à « redorer » son blason, à donner une nouvelle image de sa politique à l’extérieur.  Le « plan Vision 2030 » présenté fin avril 2016 par le fils du roi, Mohammed bin Salman, second prince héritier et homme fort du royaume, prévoit une diversification de l’économie et la création de 450 000 emplois d’ici 2020. Autrement dit : mettre fin à la dépendance du pays au pétrole, en investissant dans le gaz et les énergies renouvelables et investir davantage dans le tourisme religieux. MBS veut également permettre à davantage de femmes d’intégrer la vie active, car en ces temps de crise, un salaire dans un foyer ne suffit plus.

Le bruit court que des salles de cinéma verront le jour

Le jeune prince fougueux et dévoré d’ambition souhaite développer une cité des médias, un « complexe royal des arts » où des artistes saoudiens pourront exposer leurs oeuvres. Un projet qui générerait 6 100 emplois en cinq ans. Une sacrée gageure dans un pays où il n’existe ni théâtre ni salles de cinémas publiques. Les jeunes aficionados de la toile sont pour l’instant obligés de prendre la voiture le week-end pour se rendre à Bahrein et effectuer 400 km pour assouvir leur passion. Mais depuis quelques mois, un bruit persistant court : on entend ici et là que l’ouverture de salles de cinéma est imminente. Ce serait une première. C’est sans compter sur les oulémas, et notamment le grand mufti Cheikh Abdelaziz al-Cheikh, qui a dénoncé sur son site que « les salles de cinéma, les concerts sont des lieux de débauche et de corruption… pouvant ouvrir la voie à l’athéisme, à la mixité et à la décadence ».

Bref, la partie est loin d’être gagnée pour le jeune ministre de la défense, qui souhaite satisfaire une jeunesse saoudienne (65 % de la population a moins de 30 ans) pourtant branchée 24 H/24 sur Internet, et qui attend des ouvertures significatives dans son pays.

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