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Philippe Close : « Nous sommes un pays de chercheurs, de pharma. C’est là que Bruxelles va se démarquer, sortir de la crise »

philippe close bruxelles interview

7h30, étang des Enfants noyés. Boitsfort. La journée du bourgmestre démarre par une balade en VTT en couple. Le bourgmestre se lance, dès potron-minet, sur les chemins de la forêt de Soignes avec sa compagne Charlotte Withofs. Juriste comme lui, elle travaille dans une compagnie d’assurances. | © Ronald Dersin / Paris Match Belgique.

Politique

« Quitte à passer pour un vieux ringard, je ne vois pas la place des femmes en vitrine… » Le bourgmestre de Bruxelles évoque les grandes questions qui agitent la capitale de l’Europe, de la crise sanitaire au terrorisme en passant par la polémique du bois de La Cambre, la gestion des manifs, la prostitution. Il parle aussi de l’avenir de la ville qu’il voit se déployer comme un grand pôle de recherche et de connaissance. Paris Match Belgique l’a accompagné durant une journée au pas de course.

 

Philippe Close a la stature d’un sportif, le sourire ample, le verbe direct. Il a fait de sa bonhomie un maître atout dans la gestion d’une ville, capitale à plus d’un titre. Il aime la verdure et entend développer le réseau de transport en commun pour répondre à son credo : « La ville à dix minutes », avec une infrastructure de proximité et une mobilité différente. « Anne Hidalgo, maire de la ville de Paris parle d’un quart d’heure, moi je visais dés 2018 pour Bruxelles un arrêt de tram ou de bus ou de métro à dix minutes de tout et de tout le monde – crèches, écoles, espaces verts, commerces de proximité. Les pouvoirs publics doivent pouvoir fournir aux habitants les moyens de se déplacer en transports collectifs. Éviter la voiture au maximum même si je conçois qu’elle soit nécessaire encore dans certains cas. »

Sur le bureau du bourgmestre trône une figurine de légende : Lemmy Kilmister, tête de proue du groupe Motörhead, mort en 2015, qui s’était produit à l’Ancienne Belgique à plusieurs reprises. Philippe Close est, de longue date, un fou de rock. Le juriste, formé à l’ULB, a par ailleurs un mentor : Roger Lallemand, « qui tutoyait Sartre et Beauvoir ». © Ronald Dersin / Paris Match Belgique.

En libre-penseur, fédérateur, il se dit ouvert à toutes les idées. Il a voulu rendre au bois de La Cambre sa fonction « originelle, récréative, tout en garantissant l’accessibilité des communes limitrophes ». Mais le tribunal civil de Bruxelles a tranché récemment, rendant le feu vert à une circulation automobile partielle et donnant ainsi raison à la commune d’Uccle qui protestait contre la fermeture du bois. « Je ne peux cacher une certaine surprise, mais je suis un légaliste », confirme le bourgmestre. « On gère les cliniques de Saint-Pierre, Brugmann, Bordet et l’Huderf. J’avais souhaité faciliter l’accès à Sainte-Elisabeth (avenue De Fré, en bordure du bois de La Cambre). Uccle – qui a refusé le métro en son temps par crainte d’un envahissement populaire – est pauvre en transports en commun. Je n’impose à personne d’abandonner sa voiture mais je demande aux habitants de réfléchir avant d’emprunter leur véhicule. Il y a d’autres options. »

« Toucher aux symboles de la monarchie est délicat dans un pays qui n’est pas hyper-stable »

« Nous avons la chance d’avoir une ville verte mais cette verdure est très concentrée dans le sud de la capitale. Moins dans le nord et dans le centre. Même si bien sûr il y a notamment le parc Royal ou le parc d’Osseghem. » Que dire au passage de cette idée de rendre public le parc royal de Laeken ? Pour rappel, une pétition lancée par le collectif Open Laeken demande de rendre accessible aux Bruxellois cet espace de 186 hectares réservés à la famille royale. L’équivalent de 250 terrains de foot, un domaine royal préservé du bourdonnement citadin. En janvier dernier, le gouvernement bruxellois a donné son aval pour ouvrir à l’avenir le domaine au public. Mais il appartient à la Donation royale. Alors, concept populiste, crédible, pratique, tentant ? « Je comprends qu’il y a un côté symbolique aussi à vouloir se réapproprier ou s’approprier cet espace mais je dis : attention quand on touche aux symboles de la monarchie, c’est toujours délicat dans un pays qui n’est pas hyper-stable… Ces propositions de loi sont venues de la N-VA. Certains représentants d’Écolo ont embrayé là-dessus. Personnellement, je dis : évitons les symboles trop violents et travaillons déjà sur ce qui est disponible. Le grand public a accès tous les ans aux Serres royales de Laeken, c’est déjà très intéressant. D’autre part, dans le nord, nous avons aussi douze nouveaux hectares d’espaces verts à Tour & Taxis. »

Dans un autre registre, une action d’Extinction Rebellion s’est déroulée au Bois de La Cambre le 21 novembre 2020. © Nils Quintelier / Belga.

Le partage de l’espace public est, souligne le bourgmestre, un « vrai combat social ». « Je me souviens qu’en 1992 encore, la Grand-Place était envahie par les véhicules. C’est un bourgmestre socialiste qui a changé ça. Il faut toujours avoir en tête que de nombreux habitants n’ont ni jardin ni de balcon. Le combat pour le maintien de la voiture envers et contre tout n’est pas le mien mais je le respecte. Le côté conservateur ne doit pas être diabolisé. Quand les gens ne sont pas d’accord, il faut débattre. Aucune idéologie ne me choque, mon boulot est de convaincre ».

« Je me suis battu pour que les manifs puissent avoir lieu »

Il prend cet exemple des manifestations, pro ou anti tout, qui ont lieu dans la capitale. Liberté d’expression sacrée. « Je me suis battu pour que les manifs puissent se faire. L’opposition a du bon, la limite c’est l’injure. Bruxelles compte près de mille manifs par an, dont 80 % n’ont rien à avoir avec la ville ou même le pays. Récemment, il y a eu par exemple des conflits compliqués à gérer entre Arméniens et Azéris (qui se disputent Chouchi, ancienne capitale du du Haut-Karabakh, objectif symbolique et militaire.). Je suis très fier que Bruxelles ait été qualifiée de capitale du « freedom of speech ». En tant que juriste et humaniste, je considère naturellement que le fait d’avoir des contre-pouvoirs judiciaires et citoyens est fondamental pour une société. »

En juin dernier, près de 10 000 personnes avaient manifesté autour de la place Poelaert pour dénoncer les violences policières, dans un mouvement global de réaction au décès de l’Américain George Floyd aux États-Unis, étouffé lors d’une interpellation par les forces de l’ordre. Les images du rassemblement bruxellois, traduisant un manque de distanciation sociale entre les participants même si ceux-ci portaient le masque, avaient engendré une polémique politique et un reproche de laxisme adressé au bourgmestre. « Cette décision d’autoriser la manifestation est une balance d’intérêt entre la problématique sanitaire, l’ordre public et la liberté d’expression. Comment expliquer à Bruxelles qu’on ne peut pas autoriser de rassemblement alors que ces manifestations ont lieu à Londres, à Paris, à Madrid et dans bien d’autres capitales européennes ? Il fallait trouver un équilibre. J’assume tout ce qui s’est passé. »

Filip Dewinter lors d’un rassemblement dans le quartier européen organisé par le Vlaams Belang et plusieurs organisations contre le pacte de Marrakech – UN migration pact, le 16 décembre 2018. © Jonas Roosens / Belga.

Il y eut aussi, dans un tout autre esprit, la marche brune contre le pacte de l’Onu sur les migrations, qui fut le théâtre affrontements avec les forces de police en décembre 2018. Cette « marche contre Marrakech », orchestrée par des organisations d’extrême droite essentiellement flamandes et qui avait rassemblé plus de 5000 personnes, avait dégénéré dans le quartier européen, avec des jets de projectiles, dont des pavés, en direction des policiers.

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La police avait riposté à l’aide de gaz lacrymogène et de canons à eau. « J’ai essayé d’interdire cette manif, d’empêcher l’extrême droite flamande de descendre sur Bruxelles pour éviter des dégâts et incidents majeurs mais le conseil d’État a cassé cette interdiction. Tout récemment encore des militants d’extrême droite danois voulaient aller provoquer dans des quartiers sensibles de Bruxelles, on les a arrêtés. (Cinq sympathisants du mouvement anti-immigration t anti-islam Stram kurs, ‘Ligne dure’, soupçonnés d’avoir voulu «propager la haine» en brûlant un Coran à Molenbeek, ont été arrêtés le 12 novembre et interdits de séjour en Belgique.) Mon rôle est évidemment de garantir l’ordre public. »

« Nous n’avons pas connu à Bruxelles les excès des Gilets jaunes tels que ma consœur Anne Hidalgo a dû les gérer à Paris. »

Le 12 octobre 2019, un autre rassemblement avait fait couler de l’encre : celui du mouvement Extinction Rebellion qui avait provoqué des interventions policières musclées – dont l’usage de spray lacrymogène – à l’encontre de certains militants pro-climat. Ces violences avaient donné lieu à l’ouverture de quatre dossiers disciplinaires. « La liberté de manifestation ne dispense pas d’une autorisation. Extinction Rebellion nous a clairement expliqué qu’ils voulaient investir le jardin du Palais royal, un lieu fermé au public et situé dans la zone neutre. Nous avons proposé des lieux alternatifs, qui ont tous été refusés. Dès lors, la manifestation n’a pas été autorisée. Mon boulot est de protéger les zones neutres comme celle du Palais Royal, de protéger les institutions. C’est une zone où l’apaisement est la règle. Il y a une période de tolérance quand on n’a pas demandé cette autorisation mais là, les manifestants avaient bloqué les transports en commun. Ensuite, il y a eu des injonctions de la police, celles-ci doivent être respectées. La police a des responsabilités énormes, elle a ce pouvoir régalien qui lui est confié dans le cadre démocratique. Et le Comité P est très actif. Il y a des plaintes au pénal. Le contre-pouvoir fonctionne. Ceci dit, nous n’avons pas connu à Bruxelles certains excès des Gilets jaunes tels que ma consœur Anne Hidalgo a dû les gérer à Paris. Elle a vécu des manifs beaucoup plus violentes qu’à Bruxelles. Avec les Gilets jaunes en France, on sort de l’art du dialogue! Ça ne discute plus beaucoup, ça cogne. Elle a dû prendre des mesures radicales. »

black lives matter bruxelles
Des manifestants et des policiers lors d’un échange pendant le rassemblement dédié à « Black Lives Matter », le 7 juin dernier. © BELGA PHOTO PAUL-HENRI VERLOOY.

Le modèle belge en général, basé sur la représentation proportionnelle, est « moins clivant » que le français, souligne Philippe Close qui évoque entre autres les caricatures insultantes donc sa consœur parisienne a fait l’objet. « Nous sommes obligés de composer et cela provoque plus de modération, moins de clashes et de trash. » Le bourgmestre de Bruxelles parle dans la foulée d’un autre alter ego, Sadiq Khan, maire travailliste de Londres, qui a « dû gérer des Brexiteurs farouches, contre son idéologie et celle d’une majorité de Londoniens. »

Impact du coronavirus sur les toxicomanes, les sdf, les travailleurs du sexe : « Il y a des trous dans le filet. Il y a urgence à les aider à survivre. Il faut leur attribuer de l’aide au logement du CPAS, de l’aide médicale urgente. »

La crise sanitaire affecte les plus précarisés en première ligne, ce n’est pas une révélation. Parmi ceux-ci les SDF, les toxicomanes, les prostitué(e)s, tant d’autres. La crise sanitaire les a frappés brutalement, anéantissant les espoirs de survie de certains, les contraignant à de nouveaux extrêmes. Les associations Alias, Espace P, Utsopi et Médecins du Monde déplorent l’interdiction de la prostitution dans la ville de Bruxelles. Dans un communiqué, cosigné par 26 associations et chercheurs scientifiques, elles regrettent que l’ordonnance émise par Philippe Close le 28 septembre dernier n’ait pas fait l’objet d’une concertation préalable avec les travailleur-ses du sexe. « La lutte contre la propagation de la Covid-19 ne doit pas servir de prétexte pour prohiber le travail sexuel”, notent les associations. « Ceci », ajoutent-elles, « peut pousser les travailleurs du sexe à “poursuivre l’activité clandestinement dans des conditions de grande vulnérabilité, ouvrant la porte aux pratiques sexuelles à risque et sans matériel de protection. » Elles estiment que l’interdiction de la prostitution à Bruxelles-ville est susceptible au contraire d’accentuer la propagation du Sars-Cov2.

Une grande étude sur ces oubliés du coronavirus, prostitués et sdf en première ligne

Philippe Close envisage le problème à la racine. «Quitte», dit-il à « passer pour un vieux ringard », il ne « voit pas la place des femmes en vitrine». Il a commandé une étude à des chercheurs – dont l’épidémiologiste Marius Gilbert – sur ces oubliés du coronavirus dont les travailleurs du sexe font naturellement partie. « Nous étudierons les résultats de cette enquête qui verra comment les toxicomanes, les prostituées vivent le confinement. Ils vont observer et analyser pendant un an comment s’est passée cette crise dans ces milieux. »

A Gand le 5 juin 2020. La 2e vague de la Covid-19 est encore fraîche. Ilustration de la prostitution devenue invisible à l’ère de la pandémie. © Dirk Waem/Belga

Quant au phénomène même de la prostitution, il faut réfléchir, insiste-t-il, à la marchandisation du corps, songer au féminisme de Gisèle Halimi. « Je serais proche du modèle suédois (qui pénalise les clients depuis 1999). Je m’oppose à ce concept de la prétendue liberté de ceux qui pratiquent ce métier. Il faut se demander comment ces femmes, ou ces hommes, se retrouvent dans une telle précarité. Il y a de nombreux réseaux, de la violence, des drames, de la pauvreté. Il y a un gros dispositif social mais il y a des trous dans le filet. Il faut leur attribuer un appui financier, de l’aide au logement du CPAS, de l’aide médicale urgente. Les prostitué(e)s font partie de tous les reclus de la vie. Ce sont des sans-voix. Il y a urgence à les aider à survivre, il n’y a pas de débat. »

« Il nous faut plus de médecins, plus d’infirmières. Il faut lâcher les vannes… »

La santé des Belges est au plus bas, le secteur de l’Horeca, des petits indépendants, les jobistes étudiants notamment sont également largement touchés par cette crise. « Au-delà des décès directs qui augmentent, le plus gros problème est lié aux autres maladies. Les gens ne se font plus soigner ou pas assez. Il y a des impacts sur des pathologies graves, des cancers, la montée des questions de santé mentale… » Seule éclaircie dans ces chiffres noirs, la baisse des victimes de la route. « Il y a moins d’alcool donc moins d’accidents. En revanche, la question du dépistage reste cruciale, de même évidemment que l’épuisement du personnel. Il faut augmenter le soutien aux soins de santé, ce sera le cas avec Franck Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé. Il faut accroître le personnel soignant. Nous avons besoin de plus de médecins, plus d’infirmières. J’espère qu’on arrêtera avec le numerus clausus. Il faut lâcher les vannes… »

« Ce sont les mêmes qui râlent contre la sécurité sociale et les participations que cela demande qui trouvent aujourd’hui qu’on n’a pas suffisamment investi dans la santé… »

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Le réinvestissement dans le secteur des soins de santé est aujourd’hui largement reconnu comme un must absolu. Philippe Close rappelle régulièrement que la sécurité sociale est un socle historique de la gauche. « La participation collective à ce fondement de nos démocraties voit son retour dans la bonne santé des citoyens. Chacun, il faut insister là-dessus, un jour ou l’autre en bénéficie. C’est fantastique quand on n’en a pas besoin. Alors bien sûr elle va coûter de plus en plus cher – les techniques de soins sont de plus en plus onéreuses car de plus en plus sophistiquées – il faut investir. Mais la bonne nouvelle c’est qu’on va vivre de plus en plus vieux. Faisons en sorte que ce soit en bonne santé, dans les meilleures conditions possibles. La sécurité sociale est la plus belle invention du XXe siècle. C’est pour ça que je me suis engagé en politique. Et ça n’a rien à voir avec une société des profiteurs. C’est un filet sociétal qui est là pour préserver tout le monde, on peut tous en avoir besoin un jour ou l’autre. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui râlent contre la sécurité sociale et les participations que cela demande, et qui trouvent aujourd’hui qu’on n’a pas suffisamment investi dans la santé… Mais les États-Unis, qui ne proposent pour ainsi dire aucune couverture médicale, à l’exception d’assurances coûteuses pour les plus nantis, dépensent plus dans la santé… »

« Un problème en Belgique : tout le monde a accès aux soins, mais pas dans le même temps »

Une faille du système belge réside encore dans le rythme d’accès aux soins, aux examens, aux consultations clés. « Un des gros problèmes de nos hôpitaux aujourd’hui, c’est que tout le monde a accès aux soins en Belgique, certes mais pas dans le même temps. C’est un problème majeur qui demeure. Si vous en avez les moyens, vous pourrez accélérer le processus d’examens par exemple en vous dirigeant vers des structures privées. »

En début d’après-midi, Philippe Close reçoit Marius Gilbert, épidémiologiste et depuis peu vice-recteur à la recherche et à la valorisation à l’ULB, et Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infectieuses à l’ULB et au CHU Saint-Pierre. Les deux experts ne se sont jamais rencontrés auparavant mais échangent d’emblée des propos sur la situation de la culture. Sur les opéras ou les pièces de théâtre qui se sont tenus dans des espaces « safe ». Ils évoquent aussi les excès de certains scientifiques provocateurs, de ceux qui nourrissent des formes de complotisme. La crise sanitaire a des effets collatéraux innombrables. © Ronald Dersin / Paris Match Belgique.

Sur les modèles et les règles de confinement, Philippe Close prône la retenue qui s’impose dans les terrains mouvants de l’info scientifique. « Je ne suis ni virologue, ni épidémiologiste », répète-t-il. « Il faut de l’humilité par rapport à la maladie.  Les infectiologues de Saint-Pierre notamment, avec lesquels je suis en contact régulièrement, le disent : il y a tant de choses encore qu’on ignore sur le virus. En médecine notre quotidien, c’est ce qu’on ne sait pas. Il y a ces vidéos virales autour d’un grand complot ‘big pharma’ et autres. Il y a ceux qui prétendaient qu’il n’y aurait pas de deuxième vague, que c’était du chiqué… »

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« Un exemple de théorie conspirationniste qui fait des dégâts avance que l’économie sur les soins de santé a amené à la suppression de 10 000 lits. Ce n’est pas vrai. Cette suppression est liée au fait qu’on passe aujourd’hui moins de temps à l’hôpital. Mais les dépenses sur les soins de santé n’ont pas baissé. Il y a aussi ces théories plus basiques, ‘réalistes’, qui consistent à dire qu’il faut bien mourir de quelque chose. Mais cet argument est terrible car il renvoie à une forme d’eugénisme ! »

« Certains accusent les soins intensifs de faire de l’acharnement thérapeutique sur des personnes âgées ! Mais ce n’est pas ça la question, la question c’est d’éviter que tout le monde ne soit contaminé en même temps, provoquant un embouteillage hospitalier ! Mettrait-on des vigiles à l’entrée des urgences ou des soins intensifs ? Le risque, c’est un vrai flirt avec l’eugénisme »

Au-delà de la notion d’une sauvegarde biologique qui aurait été privilégiée, selon certaines critiques, au détriment d’un sauvetage sociétal, Philippe Close souligne une confusion des genres : « Certains accusent les soins intensifs de faire de l’acharnement thérapeutique sur des personnes âgées ! Mais ce n’est pas ça la question, la question c’est d’éviter que tout le monde ne soit contaminé en même temps, provoquant un embouteillage hospitalier ! Comment faire dès lors ? Qui rentrerait ? Mettrait-on des vigiles à l’entrée des urgences ou des soins intensifs ? Le risque, c’est un vrai flirt avec l’eugénisme ! Notre système de santé consiste à sauver tout le monde, ce qui n’implique pas qu’il y ait de l’acharnement thérapeutique pour autant. »

« Il y a seize ministres de la santé en Allemagne, ça n’a pas empêché une bonne gestion »

La saga des masques en Belgique l’a ébranlé, comme tout le monde. « Ce que Laurette Onkelinx avait justement commandé, Maggie De Block l’a détruit. (…) Pour ma part, j’ai acheté en juin dernier un million de masques pour Bruxelles. J’ai été interpellé au conseil communal sur cette acquisition pourtant nécessaire. Je salue au passage les maisons Nathan et Degand qui ont contribué à fabriquer en un temps record des masques pour les policiers et gardiens de la paix. »
Le 16 novembre, le rédacteur en chef de l’honorable revue médicale The Lancet pointait la gestion belge de la crise sanitaire : « Votre système politique a échoué. La plupart des 14 000 morts, liées au coronavirus en Belgique, auraient pu être évitées », a-t-il lancé. La profusion de ministres – neuf ministres de la Santé en Belgique -, a été souvent épinglée et la “lasagne institutionnelle” belge remise en cause. Qu’en pense Philippe Close ? « Trop de ministres de la Santé ? Mais il y en a seize en Allemagne, ça n’a pas empêché une bonne gestion. Ce qu’il faut c’est donner des perspectives aux gens, de l’optimisme. Le problème des décisions liées à la crise sanitaire c’est qu’il faut compter deux à trois semaines pour qu’elles soient effectives. Il faut manifester de la solidarité et laisser travailler les experts. »

« Cette crise aura eu le mérite de faire valoir le débat sur la recherche. Nous sommes un pays de chercheurs, un pays de ‘pharma’ »

Philippe Close a l’intention, dit-il, de faire de Bruxelles, à terme , une capitale de la recherche. Et de la santé. « Les firmes pharmaceutiques font peut-être trop de bénéfices, c’est un débat en soi, mais une chose est sûre : notre système de sécurité sociale et de soins de santé en Belgique est digne de ce nom même s’il peut être amélioré et renforcé, c’est ce qui doit être fait et sera fait. »

« Lincoln disait : si l’enseignement coutre trop cher, essayez l’ignorance… »

Dans la lutte contre la Covid-19, il cite Saint-Pierre, le service d’infectiologie national de référence dans la crise sanitaire, avec la KUL. « C’est ‘l’hôpital des pauvres’, situé dans les Marolles, un quartier populaire de Bruxelles. C’est en même temps un grand centre universitaire où, quels que soient vos revenus, vous pouvez être soigné par le crème de la crème des médecins belges. Lincoln disait : si l’enseignement coutre trop cher, essayez l’ignorance… Je pense que la santé, comme l’enseignement, mérite le meilleur. Ces deux piliers sont mes combats. Cette crise aura eu le mérite, au-delà de la mise en lumière terrible de la nécessité de refinancement des soins de santé, de faire valoir le débat sur la recherche. Nous sommes un pays de chercheurs, un pays de pharma. Les biotech sont très importants. »

« Il faut développer davantage de contrats de pouvoirs publics importants avec la recherche, y compris sur la recherche fondamentale, pas seulement appliquée »

« Bruxelles est déjà une ville hospitalière, à un niveau très élevé. Elle doit aussi être une ville de recherche et de connaissance. Il faut valoriser nos chercheurs, qui sont souvent des métiers de relégation. Il faut développer davantage de contrats de pouvoirs publics importants avec la recherche, y compris sur la recherche fondamentale, pas seulement appliquée. Dans les sciences humaines aussi. Première convention, je m’appuie sur mes universités pour développer la recherche, qui est le cœur du réacteur. Il faut aussi mettre en valeur nos pharmaciens, ils sont souvent le premier relais. J’encourage d’autre part les habitants à faire davantage appel à un généraliste, le « médecin de famille » qui centralise le dossier. Nous sommes moins ‘forts’ que les Flamands sur ce plan.»

« Bruxelles est une ville de pouvoir »

L’avenir de Bruxelles, capitale de l’Europe, Philippe Close le voit donc dans ces secteurs de développement, de recherche et de connaissance, qui devraient aussi, à terme permettre de redéployer l’Horeca, flétri par la crise sanitaire. « Bruxelles est une ville de pouvoir, avec un mix culturel énorme, beaucoup d’expatriés, 184 nationalités, 60 000 fonctionnaires européens, le personnel de l’Otan, 12 000 lobbyistes, de nombreux journalistes étrangers… On constate aussi au centre le retour d’une classe moyenne supérieure, qui vient souvent de pays de l’Union européenne. »

Que dire de ce gap ancien qui cloisonne les « ghettos dorés » des eurocrates et les sépare des « echte brusseleir » ? Se creuse-t-il ou tend-il à s’amoindrir ? « De nombreux fonctionnaires européens s’intègrent. Dans le quartier européen il y a eu une série d’ouvertures de restos face au parc Léopold. Le logement y est très présent aussi. Nous nous battons pour que ces logements restent accessibles. Les eurocrates et d’autres expatriés rejoignent de plus en plus le centre de Bruxelles. La ville attire du monde pour ses crèches, ses espaces verts, ses commerces… Le nombre d’habitants explose à Bruxelles. Il y a bien sûr la dualité de sa population, ville riche et pauvre. L’ascenseur social est nécessaire. Et la clé, c’est l’enseignement. »

« Avant la Covid, la croissance à Bruxelles était incroyable »

Bruxelles, à peine remise des attentats de 2016, essuie aujourd’hui les plâtres de la crise sanitaire. « Avant la Covid, la croissance était incroyable. En 2019, le taux d’occupation des hôtels était énorme, ils tournaient à plein régime. Il y avait plus de quarante mois que le chômage des jeunes baissait. Il était moindre qu’à Anvers… Aujourd’hui, on doit sauver ce qu’on peut. On est parti pour une longue crise. La sécurité sociale doit être là et nous devons être à l’écoute des entreprises. Mon téléphone est ouvert à tous. Toutes les semaines je m’entretiens avec des patrons de PME qui me contactent pour des problèmes concrets, nous tentons de les résoudre ensemble. J’assure aussi des permanences sociales en présentiel les mardis après-midi. Bruxelles vit une crise sans précédent. Il nous faut aujourd’hui aller chercher les nouveaux métiers. Le télétravail va s’imposer, il faut réfléchir à la digitalisation, à la fibre optique, au débat 5 G, qui reste compliqué. Que vont choisir les gens, périphérie ou ville ? Ils vont choisir les deux. Nombreux sont ceux qui vont continuer à vivre en ville ou y revenir, cela implique aussi moins de déplacements et un gain de temps pour les loisirs, les garderies etc. Il faut d’ailleurs créer une société du loisir, redéployer la culture, travailler sur la qualité de vie. L’Horeca restera fondamental par rapport au lien social qu’il fournit, de même que le monde de la nuit. Il faudra aussi réfléchir au développement durable, économique et social. Le bien-être est crucial. »

« La maire de Chicago est arrivée avec quatre voitures blindées et encadrée par ses gardes de corps ! »

Bruxelles a vécu trois attentats récemment après ceux de 2016. Le 20 juin 2017, un sympathisant de l’État islamique domicilié à Molenbeek fait exploser un engin à la Gare centrale. Il est abattu par les forces de police. Le 25 août de la même année, un attentat a lieu sur le boulevard Jacqmain. L’attaque, qui sera revendiquée par l’État islamique, vise trois militaires qui patrouillent dans la rue et sont attaqués au couteau par un individu qui lance « Allahu akbar ». Les soldats abattent l’assaillant. Le dernier attentat avéré a lieu le 20 novembre 2018 rue du Marché au charbon, face au commissariat. « L’auteur, un déséquilibré, s’en est pris à un policier, qu’il a poignardé dans la carotide. Le policier a été hospitalisé, ses jours n’étaient pas en danger. » Bruxelles a donc à peine pansé les plaies de 2016 mais le bourgmestre ne vit « pas dans l’angoisse », affirme-t-il. « Je n’ai pas de garde du corps et ne compte pas en avoir. »

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Philippe Close raconte cette anecdote savoureuse qui se passe en prélude à une conférence sur le terrorisme, le narco-trafics et les gangs à laquelle il participe à Chicago. « J’étais appelé à y intervenir pour partager les expériences urbaines qui sont les nôtres. À l’arrivée à l’aéroport, l’employé des douanes me demande quelle est la raison de mon arrivée etc. Quand je lui dis que je suis bourgmestre de Bruxelles, il semble dubitatif. Il voit que je suis accompagné seulement de ma porte-parole et semble chercher désespérément une délégation… J’ai compris plus tard sa surprise en voyant débarquer Mme Lightfoot, la nouvelle maire de Chicago, avec quatre voitures blindées et un véritable escadron de gardes de corps! (Lori Lightfoot, procureure américaine, maire de Chicago depuis 2019. Elle est la première maire homosexuelle et la première femme maire noire de la ville.) Notre style en Belgique est très différent et doit le rester ! Par ailleurs, vous vous rendez compte : une procureure lesbienne et afro-américaine dans l’Amérique de Trump ! C’était révolutionnaire ! »

« Vous vous rendez compte : une procureure lesbienne et afro-américaine dans l’Amérique de Trump ! C’était révolutionnaire ! » 

La fonction maïorale peut se rapprocher de celle d’un chef d’État aux visions larges, à l’instar d’un Biden qui a rappelé qu’il représenterait tous les Américaines et pas seulement les démocrates. « Le rôle d’un bourgmestre est de maintenir un dialogue permanent, de gérer les conflits et de les apaiser, avec une balance des intérêts et des perspectives. On n’est pas le bourgmestre de tous mais pour tous. Militante noire, homosexuelle, Mme Lightfoot a créé dans les mouvements progressistes plus d’adhésion que certains ministres moins connus ! Les maires de capitales sont appelés à rencontrer ou croiser nombre de chefs d’État. Bruxelles en particulier. “De ma fenêtre, je vois souvent Angela Merkel et Emmanuel Macron qui se rencontrer ici à l’Amigo ! »

Angela Merkel et Emmanuel Macron durant une photo de famille lors du sommet européen du 22 mars 2019 au QG de l’UE à Bruxelles. © Thierry Roge/Belga.

« Bruxelles est la capitale de 184 nationalités. C’est notre ADN. »

Sur les défis du terrorisme, plusieurs outils ont été mis en place à Bruxelles. « Après 2016, dans l’accord de majorité de la Ville de Bruxelles 2018-2024, nous avons développé, en partenariat avec la Région, le parquet, les services sociaux et de lutte contre la radicalisation, un centre intégré local qui permet d’échanger les infos liées au terrorisme. Il n’y a pas que la radicalisation islamiste, il y a aussi l’extrême droite, j’ai rappelé l’exemple de ces militants danois qui ont été interpellés. Le centre de commandement utilisé par Polbru a été inauguré. Bruxelles Prévention & Sécurité (BPS) centralise les grands axes de ce travail de fond et de terrain. » La sixième réforme de l’État a permis de créer ce nouvel organisme d’intérêt public régional avec une gestion administrative centralisée et transversale de la sécurité à Bruxelles.

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Philippe Close a lancé en février dernier, via la cellule ‘Pre-Rad’ de Bravvo, le service de prévention de la Ville de Bruxelles, une campagne de sensibilisation au radicalisme violent pour les jeunes de 15 à 25 ans. « Toutes ces cellules comptent des criminologues, des sociologues, des spécialistes de l’islam radical et d’autres formes d’extrémisme. Nous veillons à obtenir un juste équilibre entre la police qui a un rôle plus répressif et les services sociaux qui font notamment de la prévention. C’est cet équilibre qui est notre force pour défendre la liberté et la liberté d’expression.  Gérer une ville qui compte 184 nationalités, cela veut dire forcément gérer des conflits, des manifs parfois compliquées et qui peuvent rapidement dégénérer. Mais on n’a jamais renoncé à ce qu’on est. On est et on reste la capitale de ces 184 nationalités. C’est notre ADN. Sans cela, Bruxelles serait une ville comme une autre. »

« Dans l’immense majorité des mosquées de quartier, on pratique un islam « de papa », avec des pères de famille honorables. Ces mosquées ne posent aucun problème »

Le 9 novembre dernier, Charles Michel, président du Conseil européen, s’est prononcé en faveur de la création d’un « Institut européen pour la formation des imams », après avoir rendu hommage aux victimes de l’attentat islamiste qui avait eu lieu à Vienne quelques jours plus tôt. « Personnellement », nous dit Philippe Close, « je défends une séparation Église et État. Je ne ferais pas de laïcité à la française même si cela rejoint ma propre philosophie. J’estime que dans la neutralité belge, il faut quand même des points de rencontre entre l’Eglise et l’État. Se mêler du culte musulman est une vision qui me semble un peu paternaliste, colonialiste. D’autre part, dans l’immense majorité des mosquées de quartier, on pratique un islam « de papa », avec des pères de famille honorables. Ces mosquées ne posent aucun problème. Je les connais toutes, mais pas toujours les imams qui changent souvent. » Quant aux interférences de pouvoirs étrangers dans la gestion de certaines mosquées, il rappelle essentiellement qu’« on a eu la bêtise d’offrir la mosquée du Cinquantenaire à l’Arabie saoudite. »

« Radicalisation ? Il ne faut pas se leurrer : parfois ce sont les plus érudits qui sont les plus problématiques »

L’érudition des imams et l’instruction tout court font partie de certains processus dits de « déradicalisation ». La formation peut être une clé pour éviter les extrémismes. Néanmoins, estime l’homme fort de Bruxelles, « il ne faut pas se leurrer : parfois ce sont les plus érudits qui sont les plus problématiques. Il faut beaucoup de prudence par rapport à ça.  Mais je le répète, l’immense majorité des mosquées et des institutions liées sont extrêmement pacifistes. Bien sûr, le terrorisme peut être vaincu par la lumière et la connaissance, la démocratie et le savoir-vivre ensemble sont des symboles contre l’obscurantisme.  La mort de Samuel Paty en France est évidemment éminemment choquante. Ce professeur a voulu aborder un problème complexe dans son pays. La liberté de blasphémer est un combat important. Hara Kiri et Charlie Hebdo en ont été, en sont pour Charlie, des vitrines. Ceux qui ne sont pas d’accord ne sont pas obligés de les acheter ou de regarder ces images. On peut sélectionner. La seule règle, c’est le respect de la loi. Le racisme ou le négationnisme sont des délits. Nos sociétés ont toujours été traversées par des terrorismes, qui sont politiques plutôt que religieux. Ces terrorismes, inventions du XXe siècle, sont nés avec l’extrême gauche et l’extrême droite. Rappelons qu’Anders Breivik, fanatique d’extrême droite a tué en Norvège plus de 70 personnes à l’arme automatique. »

Anders Behring Breivik
Le terroriste Anders Behring Breivik quitte le palais de justice d’Oslo dans un véhicule de police, le 25 juillet 2011. ©EPA/Jon Are Berg Jacobsen

Pour garantir l’État de droit, il faut, estime Philippe Close, impérativement privilégier la connaissance, les lumières, et l’ambition par l’information. « L’État de droit doit toujours primer. Sur le couvre-feu d’ailleurs, dans la crise sanitaire, il faudra rester vigilant. Les états d’urgence peuvent basculer vers l’État totalitaire. Après les attentats, on s’est tous mobilisés, public et privé, pour sauver la maison Belgique. Aujourd’hui aussi, la lutte reste collective. Il faut une adhésion pour sortir de la crise sanitaire. Il faut fédérer les gens, incarner une ambition mais entendre aussi ceux qui ont du mal à y adhérer. » Il s’attache aussi à cet objectif, lueur d’espoir en ces temps sombres : « En 2030, je l’appelle de mes vœux, Bruxelles sera capitale de la Culture. »

« Je viens d’un milieu plutôt libéral du côté de mon père, banquier. Je n’ai jamais manqué de rien. Cela ne m’a pas empêché de militer. Les révolutions sont souvent bourgeoises »

Philippe Close a un maître à penser, un mentor. Roger Lallemand, sénateur, ministre d’État, coauteur de la loi sur la dépénalisation de l’avortement en Belgique. Romaniste et avocat, il a notamment défendu Régis Debray, alors détenu en Bolivie pour avoir soutenu Che Guevara en 1967, et a reçu la Légion d’honneur de François Mitterrand. « Il fut mon premier patron. J’ai travaillé quatre ans avec lui, il était proche de Sartre et Beauvoir qu’il appelait par leurs prénoms. Il était lié aussi à Alain Robbe-Grillet, le créateur du nouveau roman. Poète, juriste brillantissime, Roger reste mon modèle en politique. Il était mon icône quand je suis sorti de la fac de droit. Un militant laïque et un intellectuel de génie. ‘La politique ne se réduit pas à la gestion de la société. Elle est une morale de la responsabilité et de la solidarité, une éthique de la générosité’, disait-il notamment. »

Le sénateur Roger Lallemand encadré par Louis Michel, alors ministre des Affaires étrangères et Herman De Croo, président de la Chambre, lors de la Fête du Roi le 15 novembre 2003 au parlement fédéral à Bruxelles. © Yves Boucau / Belga.

« Je viens d’un milieu bourgeois, plutôt libéral du côté de mon père, banquier – le PTB me le rappelle assez souvent! – et assez engagé et plutôt bobo, votant à gauche du côté maternel. Ma mère s’occupait beaucoup d’associatif, d’aide aux toxicomanes notamment. Elle était inquiète de me voir embrasser un métier très exposé. J’ai eu la chance incroyable d’évoluer dans un milieu familial très aimant et soudé. Je n’ai jamais manqué de rien. Cela ne m’a pas empêché de militer. Les amis de la famille étaient des journalistes, des intellectuels engagés. Et les révolutions sont souvent bourgeoises ! »

Reportage photo et grand entretien de Philippe Close à lire dans le dernier numéro de Paris Match Belgique, dispo dans toutes les librairies.

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