Paris Match Belgique

L’ancien président Valéry Giscard d’Estaing est décédé des suites de la Covid-19

Valéry Giscard d'Estaing

Valéry Giscard d'Estaing en mai 2002. | © Nicolas Khayat/ABACAPRESS.COM.

Politique

Selon les informations d’Europe 1, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing est décédé à l’âge de 94 ans.

D’après un article Paris Match France

L’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing est décédé, selon les informations d’Europe 1. Âgé de 94 ans, il s’est éteint « entouré de sa famille » dans sa propriété d’Authon, dans le Loir-et-Cher, a appris l’AFP. Sa famille révèle également qu’il est mort des suites de la Covid-19.

Dans les archives de Match : Valéry Giscard d’Estaing, son premier rendez-vous avec Match

Valéry Giscard d’Estaing était sorti le 20 novembre du CHU Trousseau de Tours, où il avait été admis le dimanche précédent pour une insuffisance cardiaque. Il avait été évacué en hélicoptère par le Samu, mais «il n’y avait pas de critère de gravité» au moment de sa prise en charge, avait rapporté le président du Conseil départemental du Loir-et-Cher Nicolas Perruchot. Valéry Giscard d’Estaing, qui avait fêté ses 94 ans le 2 février, avait déjà été hospitalisé à Pompidou, dans le XVème arrondissement de Paris, en cardiologie à plusieurs reprises il y a quelques années pour la pose de stents. Valéry Giscard d’Estaing avait fait l’une de ses dernières apparitions publiques le 30 septembre 2019 lors des obsèques à Paris d’un autre président de la République, Jacques Chirac, qui fut son Premier ministre de 1974 à 1976.

Un vent de liberté sur le pays, après les années De Gaulle et Pompidou

Né le 2 février 1926, engagé à 18 ans en 1944 dans la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny, Valéry Giscard d’Estaing est devenu le plus jeune président de la Vème République lorsqu’il est élu en 1974, battant sur le fil François Mitterrand. Il était devenu ainsi, dans une France qui enterrait les Trente-Glorieuses et digérait mai-68, le premier non-gaulliste à s’emparer de l’Élysée. Il était un pur produit de l’élite française : polytechnicien et énarque, il s’était distingué sous les ordres du maréchal de Lattre de Tassigny lors de la Libération, puis pendant huit mois en Allemagne et en Autriche jusqu’à la capitulation du Reich.

Entré au gouvernement dès 1959, VGE a multiplié les postes ministériels à l’Economie et aux Finances dans les années 60 et 70. Le maire de Chamalières a éclipsé Jacques Chaban-Delmas, pour s’imposer comme chef de file de la droite jusqu’à sa victoire en 1974. Son élection a fait souffler un vent de liberté sur le pays, après les années De Gaulle et Pompidou. Aux réformes progressistes – abaissement de la majorité à 18 ans, dépénalisation de l’avortement -, le nouveau président a ajouté un style inédit, s’affichant au ski ou sur un terrain de football, convoquant sa fille sur ses affiches de campagne et son épouse Anne-Aymone lors de vœux télévisés pour la nouvelle année.

Après des débuts prometteurs, VGE a connu une première crise avec la démission de son Premier ministre, Jacques Chirac, en 1976. Initiateur du «G7», le club des dirigeants des pays les plus riches, il a donné une impulsion décisive à l’axe franco-allemand aux côtés du chancelier Helmut Schmidt. Le ralentissement économique consécutif au choc pétrolier, les affaires -suicide suspect de son ministre Robert Boulin, diamants offerts par le président centrafricain Bokassa- ainsi qu’une inflexion de sa politique, plus conservatrice et économiquement austère, ont pesé sur sa popularité. Le 10 mai 1981, il n’est pas parvenu à se faire réélire face à François Mitterrand, qui a recueilli plus d’un million de voix de plus que lui.

Sa défaite en 1981 : « La frustration de l’œuvre inachevée »

Alors seul ex-président en vie, Valéry Giscard d’Estaing a traversé après sa défaite une profonde dépression. «Ce que je ressens, ce n’est pas de l’humiliation, mais quelque chose de plus sévère: la frustration de l’œuvre inachevée», écrivait-il en 2006 dans «Le pouvoir et la vie» (Compagnie 12). Élu conseiller général en 1982 dans son fief de Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, puis député en 1984, d’aucuns lui prêtaient l’intention de diriger le premier gouvernement de cohabitation en 1986 – Jacques Chirac lui a été préféré. Il est redevenu malgré tout l’un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau son parti, l’UDF. Mais à partir de la deuxième moitié des années 90, Giscard et le giscardisme disparaissent peu à peu du paysage politique.

L’ancien président de la France, européen convaincu, a pourtant poursuivi un ultime but: devenir président de l’Europe. En 2001, il a pris la tête de la Convention pour l’Europe, chargée de rédiger une constitution européenne, qui sera rejetée par référendum (55% de non). Membre de droit du Conseil Constitutionnel depuis la fin de son mandat en 1981, il avait été élu en 2003 à l’Académie française dans le fauteuil de l’ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor.

CIM Internet