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« Le gouvernement du Soudan doit arrêter le massacre ! »

Minni Minnawi de passage à Paris le 25 mai 2017. | © F de Labarre / Paris Match

Politique

Chef d’une faction de l’Armée de Libération du Soudan (SLA), groupe rebelle du Darfour, Minni Minnawi revient sur les combats du 20 mai 2017 qui ont fait 500 morts et une centaine de prisonniers.

Malgré un cessez-le-feu signé le 3 mai, de violents combats ont opposé vos troupes à l’armée soudanaise les 20 et 21 mai dans l’Est et le Nord du Darfour. Le gouvernement soudanais prétend que vos hommes sont à l’origine de l’offensive ?
C’est faux. Nos hommes ont été frappés à 500 kilomètres de la ville la plus proche en plein désert. Pourquoi lancer une offensive au milieu du désert ? Ça n’a pas de sens. Ils ont essuyé des bombardements aériens et des tirs d’artillerie. Le gouvernement ment, en plus il avait annoncé cette opération il y a une semaine, quand le chef des milices Janjawid a promis publiquement d’éradiquer la rébellion du Darfour.

Quelle est la situation actuelle ?
Nous avons essuyé des pertes. Il reste une centaine de prisonniers et ils sont menacés d’être abattus à chaque instant. C’est le cas du chef Mohamed Abdeslam Tarrada, qui a été exécuté comme d’autres de manière sommaire. C’est pourquoi j’en appelle à la communauté internationale et aux organisations humanitaires. Le gouvernement soudanais doit arrêter le massacre ! C’est sans compter de nombreux exilés qui fuient les villages qui se sont vidés après des pillages. Il y a eu beaucoup de voitures volées, tout cela va encore augmenter le nombre de réfugiés qui est déjà de 5 millions pour la seule région du Darfour.

Une centaine de combattants de groupes rebelles du Darfour ont été faits prisonniers par l’armée soudanaise le 20 et 21 mai 2017. © DR

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Où en est le processus de paix ?
Nous avons été invités par l’Allemagne en présence des États-Unis, le 19 mai dernier. Nous avons passé deux jours à négocier avec l’envoyé spécial du président Omar Bechir pour la « paix ». On se demande quel type de paix il avait en tête ! Cela n’a rien donné. La partie gouvernementale veut la fin des hostilités sans contreparties, ni réinsertion.

Le président Omar Béchir affirme que l’armée a saisi des véhicules égyptiens et accuse l’Égypte de vous soutenir…
Nous utilisons des véhicules de transport de troupes de fabrication égyptienne. Nous roulons aussi avec des pick-up Toyota, ce qui ne veut pas dire que le Japon soutient la rébellion du Darfour !

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Omar Béchir est toujours recherché par la CPI, n’est-il pas accusé de génocide ?

On dit aussi beaucoup que vos hommes soutiennent le maréchal Haftar en Libye, lui-même soutenu par l’Égypte… Est-ce vrai ?
Vous savez, il y a beaucoup de soudanais qui prennent part à des combats en Libye d’un côté comme de l’autre et je vais vous expliquer comment cela marche. Le Soudan est une plaque tournante de l’immigration clandestine en Afrique de l’Est. Ils sont très nombreux à venir d’Érythrée, d’Éthiopie, de Somalie pour rejoindre l’Europe. Ce sont les forces nationales soudanaises qui organisent le trafic vers la Libye. Ils ont des agents dans les pays d’origine jusque sur les côtes de la Méditerranée. Ils prêtent des passeports soudanais aux migrants pour les faire venir au Soudan, une fois qu’ils les ont envoyés en Libye, ils récupèrent ces passeports. Après, ils appellent l’Europe au secours pour les aider à lutter contre l’immigration clandestine ! Mais que deviennent les migrants ? La plupart du temps, ils restent en Libye et sont utilisées comme mercenaires. Voilà qui sont les « rebelles » qui combattent en Libye. C’est pourquoi la Libye ne sera jamais stabilisée, tant que le Darfour ne le sera pas.

Mais est-il vrai que le SLA est soutenu par le maréchal Haftar ?
Nous entretenons des relations historiques avec les tribus du Sud de la Libye, mais nous ne participons pas à leur guerre. Omar Béchir lui, par contre, est impliqué dans cette guerre. On ne sait pas très bien de quel côté, peut-être des deux. Il fournit des armes, du carburant et des combattants. Et Omar Béchir est toujours réclamé par la Cour pénale internationale. Cela, plus personne ne semble s’en soucier. N’est-il pas accusé de génocide ? Alors pourquoi le laisse-t-on faire ?

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