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Donald Trump, le forcené de la Maison Blanche

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Donald Trump en janvier 2021. | © Mandel Ngan / AFP.

Politique

Jusqu’aux derniers jours de son mandat, Donald Trump aura réussi à choquer la planète. Il est désormais menacé d’éviction.

D’après un article Paris Match France de Olivier O’Mahony, correspondant aux États-Unis.

Le Capitole est attaqué, mais, à la Maison-Blanche, c’est le calme plat. En cet après-midi du mercredi 6 janvier, la « West Wing », l’aile ouest, épicentre du pouvoir, est désertée. La plupart des membres du cabinet présidentiel sont prudemment restés chez eux, « en télétravail ». La peur de la colère du boss plutôt que celle du Covid. « Ils savaient qu’il allait être de très mauvaise humeur, même si personne n’avait prévu la tournure des événements », raconte un témoin. Autour de Donald Trump, il n’y a donc guère que sa fille, Ivanka, son chef de cabinet, Mark Meadows, et quelques conseillers techniques. Tous l’implorent de faire « quelque chose ». Mais Trump refuse. Il regarde la télévision dans son « study », cette salle à manger contiguë au bureau Ovale, où il se retire souvent. Face au carnage, il jubile.

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Des élus républicains, coincés au Congrès, l’appellent au secours; mais il ne veut pas les prendre au téléphone. La seule chose qui l’intéresse, ce sont ses supporteurs (« my people », comme il dit). Ceux qui prennent sa défense, qui se battent pour lui et qui, contre toute évidence, «ne peuvent pas être violents» car leur cause serait juste: « On m’a volé mon élection! » répète Donald Trump. Il est tellement hors de lui qu’un conseiller, pourtant loyal, dira plus tard: « Ce jour-là, il s’est transformé en monstre. »

Pour Donald Trump, assumer un échec est « psychologiquement impossible », analyse Mary Trump, sa nièce et ennemie. La « famille » est adepte de la théorie de la pensée positive. Dans ce contexte, la défaite « ne peut pas exister », dit-elle. Et pour lui, ce serait même comme se faire hara-kiri que de déclarer avoir perdu, d’où l’énergie incroyable qu’il a déployée pendant la campagne. En 2016, face à Hillary Clinton, Trump avait fait mentir tous les pronostics. Cette fois, il comptait bien créer de nouveau la surprise. Le soir même de l’élection, grâce aux résultats en Ohio et surtout en Floride, il a d’ailleurs cru y parvenir.

Mais, dès le lendemain, il a su que c’était fini. Alyssa Farah, ex-directrice de la « communication stratégique » de la Maison-Blanche, qui a démissionné il y a un mois et demi, se souvient: « Il lançait des Tweet remettant en question la victoire de Biden, mais nous pensions tous qu’il n’y croyait pas. » Les sondages internes, top secret, avaient annoncé la courte victoire du candidat démocrate. « La seule chose que nous n’avions pas vue, c’était l’avancée de Biden en Géorgie. Pour le reste, il n’y a eu aucune surprise. »

Le président a senti que, pour sa base, c’était TSB: tout sauf Biden

Sauf qu’avec Trump la réalité est secondaire. Il reprend la devise de Roy Cohn, son ancien mentor et avocat: « Un mensonge, à force d’être répété, finit par devenir vrai. » Certains, comme Mick Mulvaney, l’ex-chef de cabinet devenu envoyé spécial en Irlande du Nord, ont juré que Trump finirait par féliciter Joe Biden… C’est mal le connaître. Le président a senti que, pour sa base, c’était TSB: tout sauf Biden. Elle ne rendait pas les armes… alors lui non plus. Le 8 décembre, lors d’une fête de Noël organisée à la Maison-Blanche, Trump lance à ses invités: « Tout le monde parle de ma réélection en 2024, mais ce qui m’intéresse c’est le présent: 2020. Je veux quatre ans supplémentaires. » Cette annonce recueille des applaudissements enthousiastes. Son avocat, Rudy Giuliani, échoue lamentablement devant les tribunaux? Il prend les choses en main, appelle l’investigateur en chef chargé de recompter les suffrages en Géorgie, perdue avec près de 12000 voix d’écart. « Trouvez-moi une fraude, vous serez un héros national », lui lance-t-il. Le coup de fil dure une heure.

Début des affrontements qui feront cinq morts dont une manifestante abattue par les gardes et un policier tué avec un extincteur
Début des affrontements qui feront cinq morts dont une manifestante abattue par les gardes et un policier tué avec un extincteur. © Shannon Stapleton / Reuters

Il pourrait lui valoir des poursuites judiciaires pour subornation de témoin. Au troisième décompte, la victoire de Biden en Géorgie est pourtant officialisée par le républicain Brad Raffensperger, chargé de superviser l’élection. « Un crétin », lance le président, qui hurle à la trahison. Quelques jours plus tard, c’est l’attorney general (ministre de la Justice) Bill Barr qui rend son tablier plutôt que de nommer un procureur spécial contre Hunter Biden, le fils du président élu, accusé de corruption.

Depuis qu’il a échappé à la faillite, au début des années 1990, Trump se croit invincible

Trump se bunkerise : il distribue les médailles à ses alliés comme le congressman Devin Nunes, chef de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, qui l’a défendu pendant la procédure d’impeachment, et accorde des grâces présidentielles à ses proches susceptibles d’être inquiétés sous l’administration Biden, mais aussi au père de son gendre, Charlie Kushner. Il vire ceux qu’il n’aime pas, comme Mark Esper, le secrétaire à la Défense, démis de ses fonctions par un Tweet six jours après l’élection, ou Christopher Krebs, le patron de la Cisa, l’agence fédérale chargée d’assurer la cybersécurité du pays, qui a eu le malheur d’affirmer qu’il n’y avait pas eu de fraude électorale pendant le scrutin…

Depuis qu’il a échappé à la faillite, au début des années 1990, Trump se croit invincible. A l’époque, il s’en était sorti sans réduire son train de vie, en prenant les banquiers de haut et en les menaçant de couler avec lui s’ils ne le soutenaient pas financièrement. La stratégie a fonctionné: il a obtenu tous les crédits nécessaires avant de rebondir dans la télé-réalité. Depuis qu’il est président, il se comporte de la même façon avec les élus républicains. « Si vous ne me soutenez pas, ma base [“my people”] se vengera », menace-t-il. Tout le monde obéit, le doigt sur la couture du pantalon : par peur d’un Tweet assassin, les détracteurs du Grand Old Party se rallient à la houppette orange… jusqu’à la défaite du 3 novembre.

Pendant ce temps, Melania, prépare un livre de souvenirs sur son passage à la Maison-Blanche

Depuis, Trump a tout tenté. La séduction, d’abord. Quand les élus républicains du Michigan (Etat remporté par Biden), qu’il avait invités à la Maison-Blanche pour les inciter à faire revoter les électeurs, sont restés droits dans leurs bottes, il est passé à la menace. Le mardi 5 janvier, il convie son vice-président à déjeuner avec lui dans sa salle à manger privée, pour lui ordonner de retarder la validation de la victoire de Biden. Mike Pence est loyal, mais pas au point de s’affranchir des lois constitutionnelles. C’est non. Pence le lui dit une première fois en tête à tête, puis le lendemain au téléphone, juste avant la séance au Congrès et le meeting qui va provoquer le chaos…

Trump se sent seul et lâché par tout le monde. Melania, son épouse, est déjà en train de faire les cartons. « Elle se prépare à aller vivre à Mar-a-Lago », nous confie l’ambassadeur Paolo Zampolli, un proche du couple. Pour elle, précise-t-il, « le job de First Lady a toujours été temporaire ». Elle a mieux à faire qu’à contester l’élection: elle est accaparée par… la photo de ses tapis! Melania, en effet, prépare un livre de souvenirs sur son passage à la Maison-Blanche.

Vendredi soir, Twitter annonçait l’exclusion « à vie » de Donald Trump

Reste Ivanka, la seule qu’il peut écouter dans ce genre de circonstances. Pendant l’assaut du Congrès, elle prend son père à part: « Lance un appel au calme », lui demande-t-elle. Il refuse, particulièrement remonté contre Mike Pence : « Sans moi, il ne serait rien », répète en boucle le président. Soutenue par le conseiller juridique de la Maison-Blanche, Pat Cipollone, Ivanka avance un autre argument: « Si tu ne fais rien, tu risques d’être poursuivi pour incitation à l’insurrection », prévient-elle. Les peines encourues sont lourdes: inéligibilité et jusqu’à dix ans de prison. A contrecœur, Trump lancera un très ambigu appel au calme par vidéo. Puis, tard dans la nuit, après 3 heures du matin, il admettra enfin la défaite, du bout des lèvres, sans féliciter Joe Biden ni même le citer… Le lendemain, en visioconférence, il s’offre encore une standing ovation devant le Parlement de Floride. Comme si de rien n’était! Voilà Trump rassuré : sa base est toujours solide.

Vendredi soir, Twitter annonçait son exclusion « à vie ». Trump a très vite vu le profit qu’il pouvait en tirer. Son fils aîné, Don Junior, diffuse une vidéo dans laquelle il dénonce « la fin de la liberté d’expression aux États-Unis ». Durant tout le week-end, cloîtré chez lui, le président a « préparé la contre-attaque », dira un de ses conseillers qui précise qu’il n’était « pas particulièrement en colère ». Frappé cette semaine par une seconde procédure de destitution lancée par la Chambre des représentants – une première dans l’histoire –, Trump s’apprête à quitter la Maison-Blanche en martyr. Une posture qui lui a toujours réussi.

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