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La destitution de Donald Trump hors de portée des sénateurs démocrates ?

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Donald et Melania Trump le 20 janvier 2021. | © Stefani Reynolds / CNP.

Politique

Seulement cinq élus républicains ont voté en faveur de la tenue du procès en destitution de Donald Trump devant le Sénat. Cela ne laisse guère de doute sur l’issue de la procédure.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Donald Trump semble filer droit vers un deuxième acquittement. Mardi, seuls cinq sénateurs républicains ont voté en faveur de la tenue du procès en destitution de l’ancien président, mis en accusation pour « incitation à l’insurrection » par la Chambre des représentants – avec le vote de dix élus républicains. Mais il faudrait les deux tiers des voix, donc 67, pour déclarer le milliardaire coupable : le vote de mardi laisse donc guère de doute sur l’issue de la procédure, alors que le Sénat compte 50 démocrates et 50 républicains. Susan Collins (Maine), Lisa Murkowski (Alaska), Mitt Romney (Utah), Ben Sasse (Nebraska) et Pat Toomey (Pennsylvanie) sont les cinq républicains ayant voté en faveur du procès. « Je pense que c’est assez évident, à partir du vote d’aujourd’hui, qu’il est extraordinairement improbable que le président soit condamné. Faites les calculs », a lancé au Washington Post Susan Collins. Ces quatre dernières années, elle avait critiqué Donald Trump à plusieurs reprises mais n’avait, jusque là, jamais traduit son opposition au milliardaire aussi directement.

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Peu après l’invasion du Capitole par certains de ses partisans, Donald Trump avait fait l’objet de critiques de la part de certains républicains. Mitch McConnell, le patron des républicains au Sénat, n’avait pas engagé une mobilisation massive des conservateurs pour faire bloc et protéger Donald Trump, contrairement à la stratégie adoptée lors du premier procès en destitution. Entre ces deux procédures, les républicains ont perdu leur majorité au Sénat et certains blâment Donald Trump, lui reprochent d’avoir polarisé l’électorat et causé la défaite des républicains aux sénatoriales spéciales de Géorgie en ayant concentré la campagne de Kelly Loeffler et David Perdue sur leur loyauté et leur volonté de contester sa défaite électorale pourtant large – Joe Biden a rassemblé sept millions de voix d’avance sur tout le pays.

Mais à l’échelle locale, Donald Trump bénéficie toujours d’un soutien massif. Des sections du parti républicain ont voté des motions de censure ou des sanctions à l’encontre de critiques du milliardaire : le parti républicain de l’Arizona a sanctionné le gouverneur Doug Ducey, l’ancien sénateur Jeff Flake et Cindy McCain, qui se sont tous les trois opposés aux nombreux recours de Donald Trump après sa défaite, rappelle CNN -la veuve de l’ancien candidat à la présidence avait même appelé à voter pour Joe Biden. Anthony Bouchard a présenté sa candidature face à Liz Cheney, élue du Wyoming et fille de l’ancien vice-président, lui reprochant d’avoir voté en faveur de la mise en accusation du 13 janvier dernier, estimant qu’elle n’était « plus en phase avec le Wyoming ». La colère post-invasion du Capitole s’érode à mesure que les républicains réalisent le soutien de leur base en faveur de Donald Trump et craignent qu’ils ne désertent le parti républicain au profit de toute formation politique qu’il pourrait lancer. Nikki Haley, son ancienne ambassadrice aux Nations unies et probable candidate en 2024, avait dans un premier temps estimé que « ses actions depuis le jour de l’élection seront jugées sévèrement par l’histoire ». Désormais, elle demande à « lui laisser du répit » et « tourner la page » : « Je ne crois même pas qu’il y a matière pour mettre en accusation », a-t-elle estimé à l’antenne de Fox News.

La Section 3 du 14ème amendement, espoir douché ?

La tenue même de ces audiences fait l’objet de débat. Les républicains estiment que, Donald Trump ayant quitté le pouvoir, une procédure en destitution serait inutile, ouvrirait la porte à un précédent risqué et, surtout, cristalliserait les tensions dans le pays. Les démocrates y voient au contraire une façon de tenir le milliardaire pour responsable et éviter « une carte sortie de prison pour tout président ayant commis une offense passible d’une mise en accusation », selon les mots de Chuck Schumer. « Cela n’a aucun sens qu’un président, ou quelconque élu, commette un crime détestable contre notre pays puis contourne le pouvoir de mise en accusation du Congrès simplement en démissionnant, pour éviter de rendre des comptes et un vote qui le disqualifierait pour toute élection future », a ajouté le patron des sénateurs démocrates.

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La dernière partie de sa phrase est une référence à la Section 3 du 14ème amendement, selon laquelle « nul ne sera sénateur ou représentant au Congrès, ou électeur des Président et Vice-Président, ni n’occupera aucune charge civile ou militaire du Gouvernement des États-Unis ou de l’un quelconque des États, qui, après avoir prêté serment, comme membre du Congrès, ou fonctionnaire des États-Unis, ou membre d’une Législature d’État, ou fonctionnaire exécutif ou judiciaire d’un État, de défendre la Constitution des États-Unis, aura pris part à une insurrection ou à une rébellion contre eux, ou donné aide ou secours à leurs ennemis ». Une disposition qui ne nécessiterait que la moitié des votes du Sénat et le priverait de toute candidature en 2024. Mais son application est floue et sujette à interprétation, et pourrait nécessiter une première condamnation, qui semble désormais inaccessible.

Joe Biden lui-même en doute. Tout en estimant que le procès de son prédécesseur « doit avoir lieu », celui qui a été de 1973 à 2009 sénateur du Delaware a déclaré : « Le Sénat a changé depuis que j’y étais, mais pas à ce point ». Le procès en destitution, le deuxième de Donald Trump en deux ans, devrait démarrer le 8 février.

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