Paris Match Belgique

Washington tourne le dos à Paris : colère et déception pour la communauté internationale

Après l'annonce du retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat, de nombreuses personnalités politiques ont fermement critiqué la décision de Donald Trump. | © AFP PHOTO / Jewel SAMAD

Politique

Angela Mekel, Emmanuel Macron, Barack Obama, Arnold Schwarzenegger… Ils sont nombreux à avoir condamné, presque à l’unisson, la décision de Donald Trump de tourner le dos à l’accord de Paris.

Tous le redoutaient. Il l’avait promis. C’est maintenant confirmé. Ce jeudi, le président américain déclarait officiellement le retrait des États-Unis du fameux accord sur le climat, stipulant son intention de négocier une « nouvel accord » dans « des termes justes pour les États-Unis ». Selon le président républicain, l’accord signé à Paris lors de la COP21 n’est pas suffisamment dur vis-à-vis de l’Inde et de la Chine et « désavantage les États-Unis ».

Consternation générale

Bien que le déserteur ait assuré que son retrait « n’aurait pas beaucoup d’impact sur le climat », la communauté internationale demeure sous le choc d’une « journée noire » et d’une décision « gravement erronée », comme l’a jugé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Une décision qui constitue une « grande déception », a estimé le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric.

Lire aussi : Les États-Unis se retirent de l’Accord de Paris

L’ancien occupant de la Maison Blanche s’est rapidement exprimé sur la décision de son successeur. En effet, Barack Obama – qui fut l’un des architectes de l’accord historique signé dans la capitale française – a estimé que les États-Unis « devraient se trouver à l’avant-garde » tout en jouant la carte de l’optimisme malgré le volte-face qu’il dénonce. « Mais même en l’absence de leadership américain ; même si cette administration se joint à une petite poignée de pays qui rejettent l’avenir ; je suis certain que nos États, villes et entreprises seront à la hauteur et en feront encore plus pour protéger notre planète pour les générations futures », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Make our planet great again »

« Je regrette la décision du président américain », a indiqué de son côté la chancelière allemande Angela Merkel appelant à poursuivre « la politique climatique qui préserve notre terre ». Auparavant, plusieurs de ses ministres sociaux-démocrates, dont son chef de la diplomatie, avaient estimé que la décision de M. Trump allait « nuire » au monde entier.

Les États-Unis et la France continueront à travailler ensemble mais pas sur le sujet du climat.

Pour Emmanuel Macron, Donald Trump a commis « une faute pour l’avenir de notre planète ». Le président français a prévenu son homologue américain, lors de leur récent échange, que l’on « pouvait discuter » mais que « rien n’était négociable dans les accords de Paris » sur le climat. Et de tacler le président par une référence à sa fameuse phrase « Make America great again ». Macron a en effet appelé à « Make our planet great again » (« rendre sa grandeur à notre planète »).

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a fait part lui aussi, directement au président américain, de « sa déception » face à une décision « désolante ». Quant à la Première ministre du Royaume-Uni Theresa May, elle a directement déclaré au président américain lors d’un entretien téléphonique que l’accord de Paris sur le climat protège « la prospérité et la sécurité des générations futures ».

Lire aussi : Retrait des États-Unis de l’accord de Paris : un acte « symbolique » et « pas très malin »

« Protéger le peuple »

Le discours d’Arnold Schwarzenegger a également dénoncé la décision de Trump. Les deux collègues ont l’habitude de s’attaquer par vidéos interposées. Dans ce cas-ci, il n’est plus question des audiences de The Celebrity Apprentice, l’émission de télé-réalité animée autrefois par le président américain et reprise par l’ex-gouverneur de Californie, mais bien d’un sujet beaucoup plus sérieux.

Dans sa vidéo devenue virale, l’acteur rappelle à Trump que « en tant que président, votre première et plus importante responsabilité est de protéger les citoyens ». « 200 000 personnes meurent chaque année aux États-Unis à cause de la pollution de l’air. La moitié de nos cours d’eau sont trop pollués pour notre santé. Nous ne pouvons pas juste nous asseoir et ne rien faire pendant que des gens sont malades et meurent, surtout lorsque l’on sait qu’il y a un autre moyen ».

Lire aussi : Arnold Schwarzenegger VS Donald Trump : la guerre est déclarée

Aujourd’hui, nous sommes N°1 dans la protection de l’environnement et nous sommes N°1 en croissance économique.

Pour lui, « il ne faut pas craindre un futur avec des énergies propres », rappelant que l’État de Californie a été précurseur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour conclure, « protéger l’environnement ne détruira pas notre économie ».

Gigantesque pas en arrière

Du côté des associations, la décision du président US a immédiatement été condamnée, en termes rudes, par les organisations actives dans ce secteur. Greenpeace estime notamment que cet abandon « coûtera aux États-Unis leur place de leader ». Le volte-face orchestré par le milliardaire correspond à « un gigantesque pas en arrière grave par rapport à la communauté internationale », selon une réaction de Jennifer Morgan, directeur général de Greenpeace International.

Les États-Unis vont passer du statut de leader climatique mondial à celui d’une société croyant encore que la terre est plate.

WWF Belgique soutient cette ligne de conduite en indiquant que l’Europe, dans son nouveau rôle de « leader climatique », devra « rechercher des partenaires dans les États américains, les villes, les entreprises et les citoyens », a indiqué l’expert climatique et énergie Olivier Beys. « Pour souligner l’importance de l’accord climatique nous devons aussi établir de nouveaux partenariats stratégiques avec des pays comme la Chine et l’Inde. »

L’organisation citoyenne Climate Express, qui avait activement milité pour un accord ambitieux en marge de la COP21 fin 2015, a appelé à manifester devant l’ambassade américaine à Bruxelles ce vendredi 2 juin en fin d’après-midi. Le mouvement a lancé une action sur les réseaux sociaux, baptisée « Don’t Trump our Climate #fossilfuelsnotwelcome », en réaction à l’annonce du président américain.

En « vert » et contre tous

Le maire de la ville de Pittsburgh, que Donald Trump a érigé comme exemple de sa politique de « l’Amérique d’abord » pour justifier son retrait de l’accord sur le climat, a taclé le président américain, se tournant résolument vers Paris plutôt que Washington. En quelques minutes après sa salve de tweets, le maire Bill Peduto est devenu la coqueluche des réseaux sociaux et le symbole de la résistance politique au niveau local contre cette décision choc.

Lire aussi : La COP24 en avant toute pour la Pologne

« Les États-Unis rejoignent la Syrie, le Nicaragua et la Russie, en décidant de ne pas participer à l’accord mondial de Paris. C’est maintenant aux villes de prendre les rênes de l’économie verte », a d’abord écrit Bill Peduto. « En tant que maire de Pittsburgh, je peux vous assurer que nous suivrons les directives de l’accord de Paris pour nos administrés, notre économie et notre avenir », a-t-il ajouté.

Taclé par son propre camp

Même Elon Musk, le très médiatique PDG du constructeur de voitures électriques Tesla – ardent défenseur des énergies renouvelables – a annoncé ce jeudi 1er juin qu’il quittait les différents cénacles de grands patrons conseillant Donald Trump, après la décision de ce dernier de quitter l’accord de Paris sur le climat.

(Avec Belga)

CIM Internet