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Samusocial : devant la pression, Yvan Mayeur démissionne de son poste de bourgmestre

Yvan Mayeur s'apprête à annoncer sa démission. | © BELGA PHOTO / LAURIE DIEFFEMBACQ

Politique

Après Publifin, c’est au tour du Samusocial bruxellois de révéler les manœuvres troubles de ses administrateurs. Parmi eux, Yvan Mayeur et Pascale Peraïta sont au cœur de la tempête.

Sa démission était sur toutes les lèvres il y a encore quelques heures. Ce soir, elle sera officielle. Yvan Mayeur va réunir la majorité de la ville de Bruxelles ce jeudi soir pour présenter sa démission, a annoncé le cabinet du bourgmestre jeudi après-midi. Au cœur d’un scandale remettant en cause les montants perçus en tant que membre du bureau du Samusocial, la pression a fini par faire faire à Yvan Mayeur la pas de côté.

Scandale destructeur

Pour un organe chargé de combattre l’injustice sociale et la pauvreté, le Samusocial a fait fort. Après des années de suspicions, guidées par le refus de l’ASBL privée – mais en partie financée par des fonds publics – de rendre publics ses comptes opaques, la méfiance a atteint des sommets avec de récentes révélations. Celles, au printemps 2017, du montant des rémunérations de deux administrateurs, Pascale Peraïta – ex-directrice, puis administratrice déléguée, devenue présidente du CPAS – et le bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur, pour leur présence au Conseil d’administration : 56 000 et 59 920 euros.

Désormais, l’on apprend que tous les deux ont perçu deux tiers du budget prévu pour les administrateurs de l’association, ressort-il du rapport circonstancié sur son fonctionnement, réalisé par les deux commissaires gouvernementaux qui se sont rendus sur place vendredi dernier.

©BELGA PHOTO BRUNO FAHY – Pascale Peraïta et Yvan Mayeur en 2013.

Ce document, obtenu par Le Soir, indique entre autres que « l’absence de procès-verbaux des réunions du bureau, de mails de convocation à ces bureaux et à tout le moins d’un registre de présences, et le caractère quasiment fixe des montants mensuels versés aux administrateurs, suggèrent que l’octroi des jetons de présence s’est davantage décliné sous la forme d’une rémunération forfaitaire mensuelle », et ce en contradiction avec les statuts de l’asbl.

La répartition des jetons entre les administrateurs est par ailleurs jugée « inégale », étant donné qu’Yvan Mayeur et Pascale Peraïta ont perçu ensemble, « en 2014 et 2015, deux tiers du montant total des jetons de présence octroyés à l’ensemble des administrateurs ». À titre d’exemple, Mme Peraïta et M. Mayeur ont chacun perçu 18 900 euros brut en 2015, soit un total de 37 800 euros sur un budget de 56 000 euros.

Le rapport pointe également deux irrégularités : « L’octroi des jetons de présence soulève des interrogations complémentaires à l’absence de preuve de la tenue effective des réunions du bureau », d’après les commissaires gouvernementaux, qui notent en outre que « les compétences exercées par les trois directeurs de l’asbl, conformément à leurs profils de fonction respectifs, peuvent difficilement être distinguées des fonctions dévolues aux administrateurs membres du bureau et à raison desquelles ces derniers mentionnent avoir perçu des jetons de présence ». Le rapport des commissaires gouvernementaux figure au menu des discussions du gouvernement bruxellois ce jeudi.

Décisions de crise

À quelques heures de ces nouvelles révélations par Le Soir, le Conseil d’administration du Samusocial se réunissait mercredi soir pour une réunion d’urgence. Il y a été décidé de la transformation en outil régional de l’ASBL privée créée en 1999 par Yvan Mayeur, notamment. « Vu la crise de confiance qui secoue le Samusocial; vu l’ampleur des missions portées par le Samu depuis plusieurs années et leurs importances pour les plus précarisés; le conseil d’administration du Samusocial réuni ce soir a décidé de demander la transformation du Samusocial en un outil régional », a fait savoir le Conseil d’administration dans une communication à Belga. « Cette évolution institutionnelle doit également permettre aux instances régionales d’avoir l’assurance de gérer directement le plan hiver. Cette transformation du Samusocial sera aussi de nature à maintenir l’emploi de tous les travailleurs du Samusocial », peut-on également lire.

©BELGA PHOTO BRUNO FAHY – Le Samusocial s’occupe notamment de l’hébergement d’urgence de personnes précarisées, de consultations médicales et de leur accompagnement psychosocial, de l’accueil de sans papiers et du plan d’hiver.

Au-delà de la transformation des statuts du Samusocial, c’est la composition-même de son CA qui est bouleversée. En effet, le Conseil d’administration a décidé ce mercredi soir de la dissolution du bureau, qui s’accompagne donc de la démission de l’ensemble des administrateurs, lors de la prochaine Assemblée générale. « Le conseil d’administration décide par ailleurs de la suspension du paiement des jetons », ajoute le communiqué.

« Le Samu a remis au gouvernement toutes les pièces demandées. Le conseil d’administration tient à assurer sa pleine et entière collaboration dans le cadre des travaux du Parlement bruxellois », a enfin affirmé le Conseil d’administration.

Mercredi, au Parlement bruxellois cette fois, il a été décidé de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le fonctionnement du Samusocial. Les travaux de celles-ci ne débuteront pas avant plusieurs semaines.

Démissions en cascade

Aux politiques de réagir. Ecolo d’abord, à travers sa co-présidente Zakia Khattabi, qui a appelé le bourgmestre socialiste à démissionner de son poste, purement et simplement. « Les éléments du rapport [des commissaires gouvernementaux sur le Samusocial, ndlr] sur la table sont accablants. Yvan Mayeur annonce qu’il fera un pas de côté pour le PS. Les Bruxellois méritent autant d’égard que ses camarades du boulevard de l’Empereur », estime-t-on chez les Verts. Le groupe Ecolo au conseil communal de Bruxelles s’apprête par ailleurs à déposer une motion pour l’élaboration d’un cadastre des mandats et des rémunérations à la Ville de Bruxelles.

©BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ – Le ministre président bruxellois Rudi Vervoort.

Au tour ensuite du ministre président bruxellois Rudi Vervoort (PS), qui s’est exprimé ce jeudi matin au micro de La Première. Il a demandé à Yvan Mayeur de « se poser la question de sa démission ». « Nous sommes face à un débat entre la question de la légalité et de l’éthique. Un homme politique ne peut plus se contenter de dire qu’il est dans la légalité, sans prendre en compte les questions morales », a commenté M. Vervoort, après la déclaration de M. Mayeur qui affirme avoir perçu « en net, avec les ponctions en fiscalité, 700 euros par mois ».

(Avec Belga)

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