Paris Match Belgique

Législatives au Royaume-Uni : Le parti de Theresa May vacille, l’Ukip tombe

Des élections anticipées : le mauvais calcul de Theresa May ? | © AFP PHOTO / Lesley Martin

Politique

Les élections anticipées convoquées par Theresa May lui font perdre sa majorité au Parlement, tandis que les Tories de Jeremy Corbyn font une belle percée.

 

La Première ministre Theresa May a, semble-t-il, perdu son pari jeudi, aux législatives britanniques : elle qui souhaitait un « mandat clair » pour négocier le Brexit perd la majorité absolue dont elle disposait au Parlement, selon les premières estimations à la fermeture des bureaux de vote. Selon celles-ci, les Tories décrocheraient 314 sièges, contre 330 dans l’assemblée sortante, tandis que les travaillistes de Jeremy Corbyn gagnent 32 sièges à 266 mandats.

La publication de ces premiers chiffres a entrainé une chute de la livre sterling jeudi soir. Vers 22H30 (23h30 en Belgique), la livre britannique baissait face à la monnaie européenne, à 87,94 pence pour un euro, contre 86,90 la veille vers 22H00. Elle reculait également face au dollar, à 1,2745 dollar pour une livre contre 1,2962 la veille.

Lire aussi > Après le Brexit, Brelections anticipées au Royaume-Uni

©AFP PHOTO / Ben STANSALL – Theresa May quittant le QG du parti conservateur.

Vers une démission de Theresa May ?

« Il semble déjà clair que Theresa May a raté son pari. Il est même trop tôt pour dire si elle va rester Première ministre », a commenté Paula Surridge, de l’université de Bristol. Elle « pourrait rapidement se trouver sous pression de démissionner en tant que leader du Parti conservateur », a-t-elle ajouté.

Theresa May disposait d’une majorité de 17 sièges dans le Parlement sortant. Une majorité absolue qu’elle voit s’envoler à quelques jours de l’ouverture de négociations cruciales sur le Brexit avec l’Union européenne. Moins d’un an après le référendum sur la sortie de l’UE, cette tenante d’un Brexit « dur » avait convoqué ces élections anticipées afin d’avoir les coudées franches pour négocier avec les 27 à partir du 19 juin.

©AFP PHOTO / NIKLAS HALLE’N – Le leader des Tories, Jeremy Corbyn.

Si les sondages précédant les élections avaient longtemps donné ses Conservateurs favoris, avec une large avance, les Travaillistes de Jeremy Corbyn avaient, dans les derniers jours, grignoté leur retard. M. Corbyn a signé une campagne plus réussie qu’attendue par les politologues, multipliant les meetings au contact des électeurs et exploitant plusieurs faux-pas de Mme May, notamment sur la protection sociale.

Ironique : le Brexit s’est retrouvé relativement éclipsé durant la campagne, par les questions de protection sociale et de sécurité, alors que le pays a subi trois attentats en moins de trois mois.

L’Ukip perd la face

De son côté, le leader de l’Ukip, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, Paul Nuttall, n’a pas réussi à décrocher, jeudi, lors des élections législatives, un siège à la Chambre des communes. Dans sa circonscription de Boston et Skegness, dans l’est de l’Angleterre, il n’est arrivé que troisième. C’est le conservateur Matt Warman qui s’octroie la place de MP attachée à cette localité.
L’Ukip, parti europhobe et anti-immigration, ne devrait d’ailleurs obtenir aucun siège à la chambre basse du parlement, selon les projections réalisées durant la nuit. Il y a deux ans, la formation avait obtenu un siège.

Lire aussi > Brexit : pour la première fois, les Britanniques regrettent en majorité d’avoir voté « Leave »

©AFP PHOTO / Adrian DENNIS – Coup dur pour Paul Nuttall.

Son ancien leader, Nigel Farage, interrogé par les médias anglais au cours de la nuit, a estimé à propos de celui qui est déjà considéré comme le grand vainqueur du jour: « Je pense que si l’on a une coalition menée par (Jeremy) Corbyn, le Brexit est en danger« . « Je n’aurai pas d’autre choix que de revenir en politique active si c’est le cas », a-t-il lancé.

Pas de coalition libérale-démocrate-conservatrice

À gauche, les nationalistes écossais du SNP reculeraient à 34 sièges, contre 56 précédemment, selon les projections. Les Libéraux-Démocrates, ouvertement europhiles, gagnent six sièges à 14 mandats, mais sans parvenir ainsi à fédérer le camp des 48% des Britanniques qui avaient voté contre le Brexit.

Le parti libéral-démocrate britannique a indiqué dans la nuit de jeudi à vendredi, via Twitter, exclure la possibilité d’une coalition avec les conservateurs de Theresa May en vue de la formation d’un gouvernement au Royaume-Uni. Sans surprise, cette porte s’est donc fermée pour les conservateurs qui, selon les projections, vont perdre avec les élections législatives anticipées de ce jeudi leur majorité absolue à la Chambre des communes, tout en restant le premier parti en termes de voix. « Nous recevons beaucoup d’appels, donc pour mettre les choses au clair: pas de coalition, pas de ‘deal’ », a indiqué le service de presse des centristes europhiles du parti Libéral-démocrate.En 2010, c’est avec le parti des Liberal Democrats que le Conservative Party avait créé une coalition, menant au gouvernement de David Cameron.

Le nouveau Parlement siégera une première fois le 13 juin, avant la cérémonie d’ouverture solennelle le 19 juin, au cours de laquelle la reine Élisabeth lira comme le veut la tradition le programme législatif de la nouvelle majorité, à l’occasion du Discours du Trône.

Avec Belga

CIM Internet