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« Belgique », le mot que Toerisme Vlaanderen ne veut pas partager

En Flandre, si chacun s'occupe de sa Région, les touristes seront bien gardés. | © BELGA PHOTO SISKA GREMMELPREZ

Politique

Toerisme Vlaanderen somme la Wallonie de ne plus mentionner la Belgique ou des destinations flamandes dans sa communication touristique. Le ministre wallon René Collin dénonce une « attitude fermée et contre-productive ».

 

Traditionnellement, il y a des choses qu’on ne partage pas : la recette du waterzooï de sa grand-mère, qui se cache sous les masques des Gilles de Binche, ou encore ce petit coin de dunes flamandes où il fait bon vivre en juillet. Manifestement, il en est de même pour les mots, au nord du pays : si on échange volontiers un « goeiendag » avec le francophone de passage, on s’exclamerait moins volontiers « Belgique ! » C’est en tout cas ce que révèle un courrier datant du 21 février et envoyé par Toerisme Vlaanderen, l’agence flamande pour le tourisme, et dévoilé par l’Écho.

Missive menaçante

C’est que de l’autre côté de la frontière linguistique, on souhaite que la Wallonie cesse d’utiliser le mot « Belgique » dans les adresses de ses sites promotionnels et touristiques. De même, le sud du pays est sommé de ne plus faire mention des capitales de l’attractivité que sont Bruges, Gand, ou encore Ostende. En cause, notamment, la page web d’un représentant au Japon de Wallonie Belgique Tourisme – l’équivalent wallon de Toerisme Vlaanderen -, intitulée www.belgium-live.jp. « Sous la mention ‘Belgium live’ en encadrement tricolore, ce site promeut non seulement des destinations touristiques wallonnes et bruxelloises, mais également flamandes », critique la note, comme le rapporte l’Écho.

©BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK – À l’origine de la plainte, Peter De Wilde et sa collègue Elke Dens.

Signée par Peter De Wilde et Elke Dens, administrateur général et cheffe de division de Toerisme Vlaanderen, la lettre attend « la suppression de toute référence aux destinations touristiques flamandes sur le site web », ainsi que la correction de la mention présentant le représentant au Japon, Damien Dome, comme « directeur du tourisme belge ». « À défaut d’action appropriée, nous serons contraints et forcés d’entamer des démarches supplémentaires », conclut le courrier, sentencieux. Chacun s’occupe de sa Région, et les touristes seront bien gardés.

Un si petit pays…

Difficile pour Wallonie Belgique Tourisme de ne pas se sentir concernée par cette sommation : après tout, l’organe montre lui aussi, dans son nom, ses couleurs noires-jaunes-rouges. Auparavant appelé Wallonie Bruxelles Tourisme, il a changé de nom lorsque les bruxellois ont décidé de s’occuper eux-mêmes de leur pomotion. « La mention de la Belgique dans les efforts de promotion de la Wallonie est pour moi quelque chose de fondamental », explique René Collin, ministre du tourisme, entre autres, au gouvernement wallon. « Lorsque je m’adresse aux Hollandais ou aux Français, je peux évoquer la Wallonie seule. Mais quand je m’adresse à des marchés plus lointains, je dois évidemment capitaliser sur la notoriété de la Belgique et de Bruxelles. De surcroit, lorsqu’on fait la promotion d’une région, les touristes ne connaissent pas les frontières politiques ou administratives », justifie-t-il.

©BELGA PHOTO SOPHIE KIP – René Collin est-il le ministre wallon du tourisme ou le ministre du tourisme wallon ?

Désormais, les restaurateurs francophones devront-ils traduire « stoemp » en « purée de pommes de terre aux légumes » et supprimer la mention « à la flamande » de leur entrée aux asperges ? Pour le ministre, les 60 000 emplois liés au tourisme wallon n’ont « que faire des querelles communanutaires ou politiques ». À propos du courrier, René Collin soulève le paradoxe d’une promotion touristique adepte du morcellement à l’étranger : « On a tout intérêt à travailler ensemble », assure-t-il, avant d’ajouter, « on est là pour soutenir le secteur privés : ces gens-là attendent qu’on soit efficaces, performants. qu’on vienne avec des résultats ». D’autant que d’après lui, les Wallons seraient les principaux touristes de la Flandre, et vice-versa.

#NotAllFlemings

Si le ministre wallon a conseillé à WBT de ne plus utiliser de noms de domaine « qui donneraient l’impression qu’on voudrait accaparer le mot Belgique au seul bénéfice de la Wallonie », à l’avenir, il assure qu’il continuera à promouvoir sa Région en évoquant le pays dans son ensemble, ainsi que la capitale. D’autant que, selon René Collin, « cette attitude fermée et contre-productive d’un point de vue économique n’est pas partagée par tout le monde en Flandre », mentionnant par exemple ses bonnes relations avec les instances touristiques de la côte. « Sur le terrain, beaucoup d’opérateurs touristiques flamands ne sont pas du tout d’accord quant à cette ligne protectionniste et isolationniste exprimée par Toerisme Vlaanderen ».

Mais alors, pourquoi une telle attitude de la part de l’organe flamand ? « C’est la réalité belge, et malheureusement, une partie de la réalité flamande », soupire, fataliste, le ministre qui de son côté ne voit aucun problème à ce qu’on parle – positivement – de la Wallonie en Flandre.

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