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Samusocial : un scandale « pire que Publifin »

Yvan Mayeur a présenté sa démission suite à la révélation de l'affaire | © BELGA PHOTO NICOLAS LAMBERT

Politique

Après Charleroi et Liège, au tour de Bruxelles d’être le théâtre d’un scandale politique. Avec, toujours dans le rôle principal, le Parti socialiste. Spécialiste de la gauche en Belgique, le Professeur Pascal Delwit porte un regard critique sur l’affaire du Samusocial. Et l’affirme : « du point de vue symbolique, les implications sont bien pires que pour Publifin »

La saga a commencé à Liège, avec les révélations des rémunérations de Publifin, dont les montants se sont avérés suffisamment grands pour ébranler la famille du PS liégeois dans son entièreté. La commission d’enquête n’en était qu’à ses balbutiements que, déjà, l’attention s’était déportée sur Charleroi, et plus particulièrement, le salaire annuel mirobolant de Philippe Lejeune, directeur PS des hôpitaux de la ville. Soit 375 779 euros par an. Une somme face à laquelle les 15 à 19 000 euros annuels touchés par Yvan Maïeur et Pascale Peraïta au Samusocial de Bruxelles semblent dérisoires. Et pourtant, selon Pascal Delwit, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles, l’affaire pourrait avoir des retombées bien plus graves que les épisodes précédents de la saga.

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« L’important, c’est la symbolique »

« Il y a deux grandes différences entre l’affaire du Samusocial et Publifin. Cela peut sembler accessoire, mais tout d’abord, le Samusocial arrive après Publifin, et chaque affaire affaibilit de plus en plus le parti, explique Pascal Delwit. Si on compare les sommes en jeu, pourtant, c’est le jour et la nuit : au Samusocial, on arrive à 50 000 euros tout au plus, et pour Publifin, il faut rajouter quelques zéros… Mais ce qui est important ici, c’est la symbolique. Le Samusocial vient en aide à des gens qui sont dans la rue, et les mandataires socialistes s’octroient des jetons de présence alors qu’ils sont déjà bien rémunérés et que cet argent pourrait être utilisé pour le public cible de l’organisation. Sans oublier que le milieu de l’aide sociale est un domaine où il y a énormément de bénévoles, qui s’impliquent sur le terrain sans rémunération ni même sans reconnaissance sociale. Forcément, quand on apprend que des politiques déjà bien rémunérés et disposant de voitures de fonction se rémunèrent, le Parti socialiste est très affecté par les retombées ».

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Révolution interne

Jusqu’à ne plus pouvoir se relever ? « Dans la vie politique, toute difficulté, même extrême, peut devenir une opportunité. Ici, la voie de sortie est très étroite, et pour que le parti puisse s’en sortir, la volonté ne doit pas être celle d’un individu mais bien celle d’une collectivité. C’est possible pour autant que les choses changent, et pas avec les changements habituels, en créant bêtement un comité d’étude ». Quels changements, alors, pour remettre le parti sur pied ? « Il faut des changements internes, et qu’on réduise toutes les tentations possibles. Par exemple, en interdisant strictement certains types de cumuls, et en instaurant une pratique austère des rapports à l’argent : pas de rémunération supérieure à celle d’un parlementaire, soit 4 500 à 5 500 euros tout de même » avance Pascal Delwit. Et d’ajouter : « il faut qu’il y ait une révolution au sein du parti, qu’il ne soit pas simplement un opérateur de pouvoir, mais aussi et surtout qu’il défende des idées et des gens ».

‘Sortir du rôle de Calimero’

Des valeurs louables, à l’origine du parti, et qui semblent bien loin aujourd’hui. Entre rémunérations illégitimes et arrangements entre amis, la ligne rouge a été franchie : « l’image de « magouilleurs » est une composante propre au parti. En Région wallonne, dans des villes comme Liège ou Charleroi par exemple, le parti est une force sans laquelle rien ne se fait. Avec pour effet qu’elle attire à elle des personnalités qui veulent s’impliquer tout en continuant à être grassement rémunérées, dans les secteurs de la télédistribution ou de l’électricité par exemple. Un autre élément qui joue, c’est qu’on est plus facilement au courant des scandales dans le secteur public, or c’est là que le Parti socialiste est le plus actif. Le monde des médias belges fait preuve d’une certaine hostilité envers le Parti socialiste, mais certains édiles du parti feraient bien de sortir de leur rôle de Calimero. Ce ne sont pas les médias qui inventent les affaires, et quand on est un parti de transformation sociale, on doit assumer ça et être le plus propre possible ».

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Devoir d’exemplarité

Même si avoir des convictions de gauche n’empêche pas la recherche du profit. « C’est fréquent d’observer des gens qui ont des convictions formelles et un comportement en contradiction avec ces convictions. Ce n’est bien entendu pas propre au monde politique, mais on attend des personnalités politiques une forme d’exemplarité dans leur comportement par rapport à leurs convictions. Ce qui est frappant, c’est de noter à quel point les hommes et les femmes politiques échappent à leur devoir d’exemplarité. Claude Emonts, par exemple, ou Yvan Mayeur, sont des hommes de conviction, mais cela ne les a pas empêchés d’avoir des comportements inopportuns du point de vue de la morale et de l’éthique ». De quoi chambouler l’opinion publique. Et en arriver à la même situation que nos voisins français, qui ont vu les partis traditionnels disparaître au second tour des élections ? « La situation n’est pas tout à fait pareille ici, parce que d’une part, on a un scrutin proportionnel, et d’autre part, il y a la dualité entre le nord et le sud du pays. Ceci étant dit, aucune des trois formations politiques historiques n’est à l’abri d’une élection cathartique ». Et voir les extrêmes monter au pouvoir ? La réponse aux élections communales de 2018.

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