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« Ruche » de Zedelgem : « Un hommage incompréhensible, qui n’a pas sa place dans notre société »

Michel De Maegd : « Nous déplorons l'inexorable progression de l'extrême droite dans notre pays, de scrutin en scrutin. Pourtant, lorsque de telles situations apparaissent, force est de constater qu'aucune mesure réelle n'est prise.». | © Doc/ Belga

Politique

A Zedelgem, près de Bruges, un monument célèbre des SS lettons. Après son collègue André Flahaut (PS), c’est le député Michel De Maegd (MR) qui interpelle le ministre de la Justice.

Fin mai, Paris Match Belgique publiait une enquête documentée relative à un monument – une « ruche lettone » qui, à Zedelgem, rend hommage à des légionnaires sur une « place de la liberté ». En l’espèce, les personnes célébrées appartenaient à des divisions lettones de la Waffen-SS créées par les nazis en 1943. Au sein de ces dernières se trouvaient des individus qui, entre 1941 et 1943, s’étaient déjà engagés dans divers bataillons de police et avaient participé à l’extermination de la communauté juive de Lettonie. De plus, malgré les dénégations de certains milieux lettons, la question des crimes dont la légion s’est elle-même rendue coupable (exécutions de civils en Russie et en Biélorussie) a été documentée après la guerre par des historiens et elle suscite une controverse qui reste largement ouverte.

Ce silence politique n’est pas une erreur, c’est une faute

Malgré l’énormité de la chose, les partis démocratiques belges restent très silencieux ; en français et plus encore en flamand. L’affaire n’est visiblement pas jugée importante. En cette époque de banalisation des idées nauséabondes de l’extrême-droite où l’on voit un militaire proche de milieux néonazis soutenu par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux, ce silence politique n’est pas une erreur, c’est une faute.

Sur cet océan sans vague, seuls quelques parlementaires s’aventurent mais ces isolés naviguent sur de frêles esquifs qui ne font pas le poids face au paquebot où se sont regroupés les indifférents. Nous avions déjà cité l’interpellation du ministre de la Justice (l’ancien « Volksunie » et désormais « Open-VLD », Vincent Van Quickenborne) par le député André Flahaut (PS). Mais il avait bien fallu déplorer que cette joute verbale fût courte et sans suite.

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Voici maintenant le député Michel De Maegd (MR) qui tire quelques flèches en direction du gouvernement. En commission de la Justice, l’ex-journaliste a interpellé le ministre et il a qualifié le monument de Zedelgem d’« hommage totalement incompréhensible » qui « n’a pas sa place dans notre société ». En écho à ce que nous écrivions déjà dans notre dossier, ce parlementaire a pris aussi le soin de rappeler au responsable du département de la Justice qu’il disposait d’un droit d’injonction positive lui permettant d’inviter le Parquet à ouvrir un dossier judiciaire.

« Nous ne pouvons pas prétendre lutter contre la radicalisation des idées sans, dans le même temps, en affronter les causes »

Mais on l’a déjà souligné : Vincent Van Quickenborne, plus prompt à s’indigner dans des tweets de l’influence du « lobby juif » que de faire part d’une éventuelle détestation d’un monument qui célèbre des SS, ne voit pas la nécessité d’emprunter une telle direction. Sa position, très normande, se résumant ainsi : que la Justice fasse son œuvre, je m’en lave les mains. Le ministre précise d’ailleurs que « le parquet de Gand n’a connaissance d’aucune plainte ou déclaration et n’ont donc pas procédé à une information à charge de l’administration communale de Zedelgem. »

Le ministre de la Justice renvoie au parquet de Gand qui renvoie au site internet de la commune de Zedelgem… © BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

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On rappellera ici que le parquet être maitre des poursuites et qu’il n’est nul besoin d’une plainte pour qu’il se mette en branle. Mais poursuit Van Quickenborne, « il n’y a pas non plus d’indication concrète d’infraction qui justifierait d’office une information judiciaire. Le parquet renvoie au site internet de la commune de Zedelgem où l’on trouve une explication et une interprétation de la signification de ce monument qui se trouve sur le célèbre site de Vloethemveld, à savoir commémorer tous ceux qui ont participé à des guerres. Le lien spécifique avec les prisonniers de guerre lettons qui ont séjourné à Vloethemveld ne fait pas de ce monument un hommage aux valeurs des légionnaires lettons ni à l’idéologie qu’ils soutenaient à l’époque. »

Plutôt que de seulement se rendre sur le site de la commune de Zedelgem pour lire un plaidoyer orienté qui réécrit l’Histoire, nous renvoyons le lecteur (et le parquet de Gand…) à la lecture du dossier constitué d’informations précises et objectives que nous avons publié le 20 mai. On signalera par ailleurs que le député De Maegd a pris l’initiative de contacter UNIA « afin de lui de demander d’examiner les possibilités d’ester en justice ». Cette institution publique indépendante étudie actuellement le dossier.

Cette discussion juridique ne devrait pas faire perdre de vue que l’affaire est avant tout politique 

Cette discussion juridique ne devrait pas faire perdre de vue que l’affaire est avant tout politique : si les parlementaires devaient se retrancher derrière de la passivité des juges ou invoquer l’incapacité juridique à agir de ces derniers pour ne pas condamner avec force l’existence d’un tel monument, cela reviendrait à devoir poser le constat d’un effroyable effritement des consciences au sein de la Chambre qui, il est vrai, est le reflet de notre société, d’une époque.

Sur son radeau, pendant que la croisière s’amuse, De Maegd conclut, amer à l’endroit de ses confrères : « Nous déplorons l’inexorable progression de l’extrême droite dans notre pays, de scrutin en scrutin. Pourtant, lorsque de telles situations apparaissent, force est de constater qu’aucune mesure réelle n’est prise. La mémoire, le souvenir, l’éducation sont pourtant à la base de ce phénomène. Nous ne pouvons pas prétendre lutter contre la radicalisation des idées sans, dans le même temps, en affronter ses causes. Il me paraît donc primordial d’agir. »

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