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Xavier Bettel, Premier ministre du Luxembourg : « L’évolution, pas la révolution »

Xavier Bettel dans son bureau de Luxembourg, garni d’oeuvres d’inspiration pop art. | © Ronald Dersin

Politique

Son étiquette de jeune premier au profil socio-libéral, homosexuel, l’inscrit dans la mémoire collective comme une incarnation de la nouvelle génération de leaders européens. Un homme d’évolution, pas de révolution précise-t-il. Il n’empêche, son ouverture sur les grands thèmes éthiques – adoption par les couples gay, IVG, euthanasie… – et la séparation Église-État qu’il a modelée ont contribué à placer le Grand-Duché à la pointe des nouveaux enjeux de société.

 

Xavier Bettel a une heure trente à nous consacrer trop chrono. Un entretien à bâtons rompus et un shooting photo au pas de charge sur la place Clairefontaine, juste derrière l’Hôtel de Bourgogne qui héberge le ministère d’État. Au milieu trône une statue de la Grande-Duchesse Charlotte.

Le ministre repère un groupe de touristes français d’âge mur, nous abandonne cinq minutes pour aller tailler une bavette avec eux. Il recommande à ces citoyens d’Amiens la pâtisserie étoilée toute proche (« divin, 5 minutes dans la bouche mais dix ans sur les hanches ! ») et en profite pour féliciter l’assemblée, médusée par tant de simplicité, pour le choix du nouveau président français.

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Son bureau est garni d’œuvres modernes. Des tableaux représentant Picasso, Warhol, Marilyn, New York. Un buste de Tintin en céramique, « Ma dernière acquisition » commente-t-il fièrement. Sur une table, des biscuits et bonbons aux tons acidulés. Un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Emmanuel Macron, Xavier Bettel, Charles Michel et Justin Trudeau.

Il nous montre un cadeau du pape et un ballon de rugby offert par David Cameron. « Chaque pièce a été un coup de foudre, du Bibendum à Tintin en passant par la photo de New York. Les tableaux c’est une passion que je partage avec mon mari. Chaque objet ici a son histoire, voyez la photo du mariage du grand-duc héritier Guillaume et de Stéphanie de Lannoy. J’ai été bourgmestre pendant deux ans seulement et je suis content d’avoir eu la chance de célébrer un événement aussi exceptionnel ». Les mots sont clairs, le discours didactique, sans excès d’emphase. À l’image de l’avocat de proximité qu’il fut et reste dans l’âme.

Successeur de Juncker

Avocat de formation, Xavier Bettel devient Premier ministre, ministre d’État, des Communications, des Médias, et des Cultes en décembre 2013. C’est la première fois depuis l’accession au pouvoir de Gaston Thorn en 1974 que les libéraux luxembourgeois prennent le gouvernail, écartant de la majorité parlementaire le Parti populaire chrétien-social (CSV).
Le bourgmestre de la capitale grand-ducale, détrône le « père de la nation », l’immuable Jean-Claude Juncker, Premier ministre (CSV) depuis 1995. « Bettel, le quadra qui a mis Juncker au tapis », titre Le Monde en octobre 2013.

Avec le couple Obama et Gauthier Destenay, le 20  septembre 2016 – © Official White House Photo by Lawrence Jackson

Xavier Bettel, socio-libéral, officie dans un gouvernement de coalition : Parti démocratique, Parti ouvrier socialiste luxembourgeois (LSAP) et les Verts. Ouvert sur les questions d’éthique et porté sur le développement de l’emploi, il prône en parallèle la rigueur budgétaire, le renouveau démocratique et la mise en place d’une réforme fiscale plus équilibrée. La coalition réaffirme les libertés citoyennes et revoit le Service de renseignement de l’État du Luxembourg (SREL), dont les dysfonctionnements avaient amené à la chute de Juncker.

De l’avis général, le style Bettel, avenant et sans façons, sociable en diable, contraste avec l’allure compassée à ses heures et l’acidité de son prédécesseur. Son parcours est peu convenu (il a fait « les choses à l’envers » dit-il. Député, conseiller municipal ensuite avocat). Il rejoint le Parti démocratique à l’âge de 15 ans. En 1999, il est élu à la Chambre des députés et au conseil communal de la capitale du grand-duché. En 2011, il en devient le maire à 38 ans.

Ce n’est pas une revendication, mais un mode de vie qui s’impose.

Formé au droit européen à Nancy, il plaide aussi et abandonnera la robe in extremis, quelques heures avant d’être nommé Premier ministre par le grand-duc Henri. Le 19 octobre 2012, Xavier Bettel célèbre le mariage civil du grand-duc héritier Guillaume et de Stéphanie de Lannoy. Lors de ces noces, il s’affiche avec son compagnon, l’architecte belge Gauthier Destenay. Il le fait sans brandir son homosexualité en étendard. « Ce n’est pas une revendication, mais un mode de vie qui s’impose », nous dit-il. En juin 2014, la Chambre des députés adopte un projet de loi défendu par le ministre de la Justice, l’écolo Félix Braz autorisant le mariage pour tous et l’adoption pour les couples homosexuels. Le Luxembourg est le onzième pays de l’Union européenne à reconnaître le mariage gay.

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Le 15 mai 2015, Xavier Bettel épouse Gauthier Destenay. « Il me l’a demandé et j’ai dit oui », avait déclaré le Premier au Los Angeles Times en août 2014. Après avoir été labellisé « plus jeune maire d’une capitale européenne », il devient le premier dirigeant d’un État membre de l’Union à épouser, en justes noces, son compagnon.

Theresa May et Xavier Bettel.

Lors de notre entretien fleuve, Xavier Bettel évoque d’ailleurs sa surprise devant la médiatisation de ce dernier au milieu des « First Ladies », lors du récent sommet de l’Otan à Bruxelles. Proche d’Emmanuel Macron, de Charles Michel et de Justin Trudeau, cet humaniste revendiqué évoque entre autres sujets Donald Trump, le Brexit et Theresa May. Nous parlons aussi mariage gay, IVG, laïcité et Grand-Duché…

L’entretien est à découvrir dans l’édition papier de Paris Match Belgique, ce jeudi 15 juin.

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