Paris Match Belgique

Tunisie : Le président Saied accusé de « coup d’état »

Des manifestants ont célébré les décisions de leur Président dans les rues de Tunis ce lundi 26 juillet. | © Nicolas Fauque/Images De Tunisie/ABACAPRESS.COM

Politique

Ce dimanche 25 juillet, le président tunisien Kais Saied a annoncé lors d’une allocution qu’il gelait les activités du parlement pendant 30 jours, et démettait le premier ministre, Hichem Mechichi, de ses fonctions. Le principal parti au pouvoir dénonce un « coup d’état ».

 

Le week end a été très mouvementé en Tunisie. Alors que le pays fait face à un nouveau pic de l’épidémie de coronavirus, des manifestations ont pris place dans de nombreuses villes du pays. Les protestataires ont notamment réclamé la « dissolution du parlement », précise l’agence de presse Belga, visant explicitement le principal parti parlementaire (soutien du premier ministre Hichem Mechichi), Ennahdha. Des appels à manifester le 25 juillet, jour de la fête de la République, circulaient depuis plusieurs jours sur Facebook, émanant de groupes non identifiés. 

Crise politique et économique

Une profonde crise politique et économique secoue le pays, opposant le président Kais Saied au principal parti au pouvoir, Ennahdha. Selon Belga, l’opinion publique tunisienne semble exaspérée par les conflits entre partis au Parlement, et par le bras de fer entre le chef du Parlement Rached Ghannouchi (aussi chef de file d’Ennahdha) et le président Saied, qui paralyse les pouvoirs publics. Le journal Kapitalis parle d’une « jeunesse révoltée », ayant exprimé dans la rue son « ras-le-bol général face à la détérioration de la situation dans le pays et dans tous les domaines ». Elle dénonce aussi le manque d’anticipation du gouvernement face à la crise sanitaire, laissant la Tunisie à court d’oxygène. Avec presque 18.000 morts pour 12 millions d’habitants, le pays a l’un des pires taux de mortalité officiels liés à la pandémie au monde.

Des manifestations ont eu lieu dans tout le pays ce week end. © Nicolas Fauque/Images de Tunisie/ABACAPRESS.COM

Après une réunion d’urgence au Palais de Carthage, le président a pris la décision de geler les activités du parlement pendant 30 jours et de démettre le premier ministre, Hichem Mechichi, de ses fonctions. « Après les mouvements de protestation ayant éclaté aujourd’hui, dans toutes les villes du pays et les scènes d’affrontements avec les forces de l’ordre, et dans un contexte de grave crise économique et sanitaire, le président Kaïs Saïed s’est finalement résigné à actionner l’article 80 de la Constitution de 2014, pour tenter de sauver le pays de désordres annoncés », justifie le portail d’information en langue française.

Lire aussi > Manifestations anti-putsch en Birmanie : 65 personnes condamnées à mort par la junte 

« La Constitution ne permet pas la dissolution du Parlement mais elle permet le gel de ses activités », a déclaré le Président Kais Saied, s’appuyant sur l’article 80 selon lequel le président a comme prérogatives la diplomatie et la sécurité. « Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’Etat et le peuple tunisien », a-t-il ajouté. « Ce n’est ni une suspension de la Constitution ni une sortie de la légitimité constitutionnelle, nous travaillons dans le cadre de la loi ». M. Saied a annoncé qu’il se chargeait du pouvoir exécutif, avec « l’aide du gouvernement » qui sera dirigé par un nouveau chef désigné par le président de la République. Il a en outre annoncé lever l’immunité parlementaire des députés.

Le Président, lors de son allocution télévisée de ce dimanche 25 juillet. © FETHI BELAID / AFP

Un « coup d’État » ?

Notons que les événements de ce dimanche surviennent 2 mois après la révélation de documents « top secrets » par Middle East Eye. Selon ces documents, des collaborateurs du président lui auraient recommandé de prendre le contrôle total du pays, en tendant une embuscade à ses rivaux. « Dans une telle situation, c’est le rôle du président de la République de réunir tous les pouvoirs entre ses mains pour devenir le centre de l’autorité », expliquaient alors les auteurs de ces documents. Selon le Courrier International, ces documents prévoyaient la mise en place d’une « dictature constitutionnelle », qui, selon ses auteurs, est un outil pour « concentrer tous les pouvoirs entre les mains du président de la République ». A ce moment-là, le parti islamiste Ennahdha dénonçait déjà « la tendance autoritaire du chef de l’État ». Si le scénario décrit dans ces documents est assez loin de la réalité, on peut toutefois y voir une coïncidence interpellante.

Lire aussi > Afghanistan : Les Talibans sont « prêts à collaborer avec qui les acceptera »

De son côté, le parti Ennahdha dénonce « un coup d’Etat contre la révolution et contre la Constitution », dans un communiqué publié sur sa page Facebook. La formation islamiste a souligné que ses « partisans (…)  ainsi que le peuple tunisien défendront la révolution ». La révolution de 2011 a chassé du pouvoir l’autocrate Zine el Abidine Ben Ali, mettant la Tunisie sur la voie d’une démocratisation qu’elle a continué à suivre depuis, en dépit des défis sociaux et sécuritaires. Selon Belga, depuis l’arrivée au pouvoir en 2019 d’une Assemblée fragmentée et d’un président farouchement indépendant des partis, élu sur fond de ras-le-bol envers la classe politique au pouvoir depuis 2011, le pays s’est enfoncé dans des crises politiques quasi insolubles.

Mots-clés:
tunisie crise politique
CIM Internet