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Biden promet des représailles après l’attentat meurtrier de l’EI à l’aéroport de Kaboul

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Le président des États-Unis, Joe Biden, fait une pause pendant qu'il prononce un discours dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, DC, États-Unis, le jeudi 26 août 2021. | © Stefani Reynolds / CNP.

Politique

Un double attentat suicide revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a fait des dizaines de morts dont treize soldats américains à l’aéroport de Kaboul. Joe Biden a réagi en prometant de « pourchasser » et de « faire payer » les auteurs de l’attaque.

D’après un article Paris Match France de La Rédaction

Un double attentat suicide revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a fait des dizaines de morts dont treize soldats américains à l’aéroport de Kaboul, exacerbant encore la panique à quelques jours de la fin programmée des évacuations de personnes cherchant désespérément à fuir le régime taliban. L’attentat, mené par des kamikazes à la tombée du jour, alors que des milliers d’Afghans étaient toujours massés aux portes de l’aéroport dans l’espoir d’être évacués à l’étranger, a laissé des scènes de chaos et de désolation. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des dizaines de victimes, mortes ou blessées, étendues dans les eaux saumâtres d’un canal d’égout, entourées de secouristes débordés et démunis. Hommes, femmes et enfants couraient dans tous les sens pour s’éloigner du lieu des explosions.

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La double explosion a tué au moins treize soldats américains et en a blessé dix-huit autres, selon le Pentagone. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière contre l’armée américaine en Afghanistan depuis 2011. Le régime taliban a recensé jusqu’à vingt morts et 52 blessés tandis qu’un haut fonctionnaire de santé du gouvernement pré-taliban a affirmé que le bilan pourrait atteindre 60 morts.

Confronté à la plus grave crise depuis le début de son mandat et visiblement secoué, le président américain Joe Biden a réagi en prometant de « pourchasser » et de « faire payer » les auteurs de l’attaque. « L’Amérique ne se laissera pas intimider », a-t-il lancé d’un ton martial. Ce premier attentat meurtrier depuis le retour au pouvoir des talibans le 15 août intervient à quelques jours du départ du pays des troupes américaines, prévu le 31 août après vingt ans de guerre infructueuse contre les islamistes. Les larmes aux yeux, M. Biden a rendu hommage aux soldats tués, « des héros (…) engagés dans une mission dangereuse et altruiste pour sauver d’autres vies » et il a fait savoir que les États-Unis allaient « poursuivre l’évacuation ».

Secouristes débordés

Selon Washington, qui s’attend à ce que les attaques de l’EI « continuent », cet attentat a été mené par deux kamikazes du groupe jihadiste, suivi d’une fusillade. Sous le nom d’ISKP (Etat islamique Province du Khorasan), l’EI a revendiqué certaines des attaques les plus sanglantes commises ces dernières années en Afghanistan, faisant des centaines de morts, en particulier parmi les musulmans chiites. Même s’il s’agit de deux groupes sunnites radicaux, l’EI et les talibans sont en concurrence et sont animés par une haine tenace et réciproque.

Les Occidentaux ont condamné l’attentat, en soulignant qu’il ne devait pas empêcher la poursuite des évacuations massives, qui ont à ce jour permis de faire partir 100 100 personnes, selon les dernières données publiées jeudi soir par la Maison Blanche. Le nouveau régime taliban, via son porte-parole Zabihullah Mujahid, a « fermement condamné » ces « attentats à la bombe », tout en soulignant qu’ils étaient survenus dans une zone placée sous la responsabilité de l’armée américaine. Depuis la reprise soudaine de Kaboul et du pouvoir par les talibans, le vaste aéroport de Kaboul est le dernier endroit du pays où sont rassemblés les forces occidentales, menées par l’armée américaine. L’Otan et l’Union européenne ont appelé à poursuivre les évacuations depuis Kaboul malgré tout.

Panique

La chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé un attentat « absolument ignoble ». L’Allemagne a annoncé avoir mis fin à ses vols d’évacuation, comme les Pays-Bas et le Canada. L’Australie s’est félicitée vendredi d’avoir évacué ses derniers soldats la veille de l’attentat. « Je suis vraiment heureux et soulagé que nos soldats aient quitté Kaboul et que nous ayons pris la décision d’évacuer hier (jeudi) nos derniers ressortissants », a déclaré le ministre de la Défense Peter Dutton. Après les explosions, Paris a annoncé le rapatriement en France pour raisons de sécurité de son ambassadeur en Afghanistan David Martinon, qui se trouvait jusqu’alors à l’aéroport de Kaboul.

Selon des sources militaires, l’une des explosions s’est produite à proximité d’Abbey Gate, l’un des trois points d’accès à l’aéroport. « C’était une énorme explosion, au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport », où entrent des gens qui se font évacuer par les Occidentaux, a déclaré à l’AFP un témoin de la scène, Milad. « Il y a beaucoup de morts et de blessés », dit-il, ajoutant avoir vu « des corps et des fragments humains projetés » aux alentours. Dans la confusion, il raconte avoir perdu les documents avec lesquels il espérait embarquer sur un vol avec sa femme et ses trois enfants. « Je ne veux plus jamais aller (à l’aéroport). Mort à l’Amérique, son évacuation et ses visas », dit-il.

Les blessés « ne pouvaient pas parler, beaucoup étaient terrifiés, leurs yeux perdus dans le vague, leur regard vide », a témoigné sur Twitter le coordinateur médical de l’hôpital géré par l’ONG italienne Emergency, Alberto Zanin. Le rythme des évacuations, qui n’avait cessé de s’accélérer ces derniers jours, avait commencé à ralentir mercredi. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken avait assuré mercredi que les talibans s’étaient engagés à laisser partir les Américains et les Afghans à risque se trouvant encore dans le pays après le 31 août. L’Allemagne a précisé avoir eu l’assurance qu’ils pourraient prendre des vols commerciaux. La fin prochaine des évacuations fait craindre que de nombreux Afghans ayant travaillé ces dernières années avec les étrangers ou le gouvernement pro-occidental déchu et se sentent menacés par les talibans, ne puissent tous quitter le pays à temps. Beaucoup d’Afghans, souvent urbains et éduqués, craignent que les islamistes n’instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu’ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

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