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Législatives françaises : le Parti socialiste, K.O. debout, Le Pen, Valls, Mélenchon et Dupont-Aignan élus

Manuel Valls passe à quelques voix près. | © AFP PHOTO / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Politique

La candidate du Front nationale à la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen, a été élue députée de la onzième circonscription du Pas-de-Calais. Le parti socialiste fait moins pire que prévu. La France Insoumise aura un groupe parlementaire. L’ancien premier ministre Manuel Valls passe de peu et est chahuté au cœur même de sa mairie.

Sur base d’articles de Paris Match France par Yannick VelyMarine Jeannin et Adrien Gaboulaud

On annonçait plus de 450 sièges dans certaines projections mais ce serait moins de 360 au final pour La République en Marche. Score écrasant et majorité absolue certes mais tsunami politique pondéré par une abstention record. Le parti du président Emmanuel Macron et son allié du MoDem remportent au total 350 sièges sur les 577 de l’Assemblée nationale, selon les chiffres définitifs publiés lundi matin par le ministère français de l’Intérieur. L’alliance REM-MoDem atteint donc largement la majorité absolue fixée à 289 sièges.

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Le Pen a eu sa victoire

Elle rêvait de l’Élysée, elle sera pendant cinq ans au Palais Bourbon. La présidente du Front Nationale Marine Le Pen, battue au second tour de l’élection présidentielle par le candidat d’En Marche ! Emmanuel Macron, a été élue députée de la onzième circonscription du Pas-de-Calais, dont la principale localité est Hénin-Beaumont. Lors des précédentes législatives, elle avait été battue au second tour par le candidat PS Philippe Kemel, n’obtenant que 49,89% des voix. « Les électeurs de la onzième circonscription m’ont élus à plus de 58% dont 66% pour la ville de Hénin-Beaumont », a-t-elle déclaré, avant de fustiger le manque de représentativité de la chambre élue. « Il est scandaleux qu’un mouvement comme le notre ne puisse obtenir un groupe à l’Assemblée nationale. Il est vitale pour notre démocratie d’instaurer la proportionnelle à l’élection législative et dans toutes les élections », a-t-elle expliqué. Pour Marine Le Pen, le Front National est la « seule force de résistance » face au « bloc ». « Si le gouvernement Macron dispose d’une forte majorité à l’Assemblée, il est minoritaire dans notre pays », a-t-elle conclu.

Huit députés Front National

Selon les estimations de l’Ipsos pour France Télévisions, le Front National comptera huit députés dans la future Assemblée nationale, son meilleur score lors d’un scrutin majoritaire à deux tours. Louis Aliot, vice-président du Front national et compagnon de Marine Le Pen, a ainsi annoncé dimanche à l’AFP son élection dans la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales, face à Christine Espert (Modem). « C’est confirmé », a indiqué dans un SMS à l’AFP ce dirigeant historique du Front national qui accède pour la première fois au Palais-Bourbon et avait obtenu 30,8% des suffrages exprimés au premier tour devant Mme Espert (29,11%). Florian Philippot a en revanche perdu son pari dans la 6e circonscription de Moselle.

À gauche, l’apocalypse au PS et l’offensive à la France Insoumise

Au soir d’un second tour apocalyptique pour les socialistes, il y a eu malgré tout quelques bonnes nouvelles : selon les estimations d’Ipsos à 20 heures, le Parti socialiste sauverait finalement 34 députés; en Seine-et-Marne, Olivier Faure, patron du groupe PS à l’Assemblée nationale, a sauvé son siège; dans les Deux-Sèvres, Delphine Batho s’impose largement face à la candidate macroniste, alors même que l’ex-ministre Ségolène Royal lui avait accordé son soutien. Reste que la défaite demeure historique, et brutale. Si les chiffres de l’Ipsos se confirment, le Parti socialiste aura perdu près de 250 sièges. La Bérézina de 1993 est largement dépassée. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti, en a tiré les conséquences immédiatement après 20 heures. « Ce soir, malgré une abstention alarmante, le triomphe d’Emmanuel Macron est incontestable; la défaite de la gauche est incontournable; la déroute du Parti socialiste, sans appel », a-t-il déclaré rue de Solferino. « Ce triomphe a un côté artificiel, car tous les problèmes de notre pays ne se règleront pas d’un coup de baguette magique », a-t-il averti.

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À la tête du PS depuis avril 2014, Jean-Christophe Cambadélis a annoncé qu’il quittait ses fonctions de premier secrétaire. L’ancienne ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a été largement battue au second tour par le candidat En Marche ! Bruno Bonnell dans la 6e circonscription du Rhône.

À la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon voit dans l’abstention record une « forme d’énergie pour aller au combat ». Il espère que cette force pourra passer de l’abstention à l’action. La France Insoumise aura bien un groupe parlementaire, a confirmé Jean-Luc Mélenchon offensif à la tribune. L’ex-candidat à l’élection présidentielle a appelé au rassemblement autour de son groupe et a fait preuve d’ouverture à d’autres élus. Jean-Luc Mélenchon est élu à Marseille avec 60% des voix. François Ruffin, le réalisateur du documentaire « Merci Patron » est également élu sur les listes de la France Insoumise.

Manuel Valls élu dans la contestation

L’ancien Premier Ministre a remporté le second tour des élections législatives dans la première circonscription de l’Essonne, avec 50,3% des voix, devançant sa rivale de seulement 139 bulletins. Un succès d’une très courte majorité, sous les contestations et les tensions. Dimanche soir, la scène a même été surréaliste devant les caméras de télévision. Manuel Valls s’est d’abord exprimé dans le brouhaha, ses soutiens massés derrière lui applaudissant pour rendre inaudibles les réclamations des supporters de Farida Amrani (17,61% des voix). Il aura donc prononcé son discours de victoire sur fond de « annulez, annulez » et « tricheurs », lancés par les militants de la France Insoumise, expulsés par ensuite par la police.

Farida Amrani a réclamé un recompte des voix et a annoncé qu’un recours officiel serait déposé dès lundi matin. « En tant que candidate, j’ai constaté des irrégularités sur certains bureaux, et notamment un », a assuré Mme Amrani, avant d’ajouter : « aujourd’hui on ne reconnaît pas la victoire de l’ex-Premier ministre ». « On la revendique aussi et on annonce un recours dès demain », a poursuivi la candidate de La France insoumise.

Un responsable local de la France insoumise à Evry a réclamé lui-aussi une vérification des votes. « Il y a un ou deux bureaux où nous n’avons pas les résultats. Personne pour vérifier. Il n’y a pas besoin d’avoir fait Sciences Po pour comprendre qu’il manque 100 voix, 50 voix », a-t-il déclaré à BFMTV. « On a le droit de vérifier », a-t-il insisté, avant de déclarer n’avoir « aucune confiance dans Manuel Valls ».

À droite, moins grave que prévu

Sans surprise, peu de députés de droite siégeront à l’Assemblée nationale ce quinquennat. Mais la catastrophe annoncée par les prévisions, dont les plus pessimistes tablaient sur 60 sièges, ne s’est pas produite et la droite est parvenue à limiter la casse en conservant de 128 à 130 sièges tout en perdant des figures emblématiques comme Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris qui avait vécu une fin de campagne très difficile.

Le leader des Républicains se félicite tout de même que de « la constitution d’un groupe suffisamment important pour faire entendre nos engagements, nos convictions, nos valeurs ». La droite reste en effet la première force d’opposition pour le prochain quinquennat – surtout en face d’une gauche atomisée par ses défaites électorales. Mais encore faut-il que les députés restants soient réellement disposés à s’opposer à Emmanuel Macron. Plusieurs de ceux qui ont été élus ont d’abord insisté sur la nécessité d’être « constructif » vis-à-vis du nouvel exécutif.

Dupont-Aignan sauve son siège

Le président du parti Debout la France a été réélu dans la huitième circonscription de l’Essonne avec 52,05% des suffrages face au candidat République en Marche Antoine Pavamani (47,95%). Les électeurs « m’ont renouvelé très largement leur confiance », a-t-il déclaré à France 3. « Les manifestations orchestrées, relayées par un tintamarre injuste n’ont pas ébranlé la très grande majorité de mes concitoyens », a-t-il encore dit, faisant référence aux protestations ayant suivi son accord avec Marine Le Pen entre les deux tours de la présidentielle.

Nicolas Dupont-Aignan a estimé que « la nouvelle majorité [était] en trompe l’œil tant l’abstention est gigantesque ». « On peut désormais s’interroger sur le caractère démocratique de cette nouvelle Assemblée », a-t-il poursuivi, évoquant un « colosse aux pieds d’argile ». « L’enjeu maintenant est d’agir vite pour unir les forces de résistance et proposer un autre destin à la France. Cela passe d’abord par notre capacité à proposer aux Français le beau projet politique alternatif et sérieux, capable de résoudre enfin les problèmes qu’aucune majorité depuis trente ans n’a réglé car elles ont oublié que rien ne peut se faire sans l’indépendance du pays », a souligné l’ancien membre de l’UMP.

En résumé, les Républicains décrochent 113 sièges, le Parti socialiste 29, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon 17 et le Front National 8. Ce scrutin a été caractérisé par un taux d’abstention très important, évalué par le ministère, à 57,36 %.

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