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Quelles majorités possibles après le divorce cdH-PS ?

Qu'il est loin le temps de la belle entente cdH-PS. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Politique

« Dégoûté » par les récents scandales au sein du PS, Benoît Lutgen a annoncé ce lundi que le cdH ne voulait plus gouverner avec les socialistes et appelle les autres partis à constituer des majorités alternatives. Véritable souhait de réorganisation ou opération « de tentative de sauvetage » ? Quelles sont les majorités possibles ?

 

La déclaration du président des humanistes devait être « exceptionnelle », elle le fut. Ce lundi, Benoît Lutgen s’est exprimé à l’issue du bureau politique du cdH. Son annonce bouleverse les différents gouvernements belges : le cdH ne veut plus collaborer avec le PS : « La cupidité de certains a dépassé tout entendement. Leur conscience sociale a été dépassée par l’appât du gain ». « Ces derniers mois ont été rythmés par des affaires à rebondissement (…) Je suis, nous sommes dégoûtés ».

Il a pointé du doigt « les affaires et la soif d’argent de certains élus », tout comme « la mauvaise gouvernance », rajoutant que « chaque scandale handicape l’action des gouvernements ». « Après trente ans de pouvoir ininterrompu, le PS porte une responsabilité écrasante dans l’ampleur et la répétition des scandales » (Publifin, Samusocial,…), affirme-t-il avant d’expliquer que « la rupture » avec le PS « est nécessaire » et doit être « immédiate ». « Ce n’est pas un risque que je vous propose mais un grand espoir ».

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Benoît Lutgen a ensuite lancé « un appel au MR, à Ecolo et à DéFi » pour mettre en place des nouvelles majorités sans le PS au sein des gouvernements wallon, bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Des majorités de rechange donc, car il ne peut y avoir des élections anticipées dans les entités fédérées. « Cela passera notamment par une réduction drastique des outils et organismes publics et par l’exemplarité de chacun ».

Petite piqûre de rappel un brin cynique. En 2015, il y a donc une éternité politique, Maxime Prévot le vice-président cdH du gouvernement wallon déclarait dans La Libre que « gouverner sans les Ecolo était bien plus facile ». Deux ans plus tard, les voilà, à faire un appel du pied plus que clair pour que les « Verts » et leur « package déontologie – décumul et nouvelle vie politique » montent à bord avec eux pour un gouvernement qui devra les amener jusqu’aux élections de 2019.

Quelles majorités alternatives ?

Pour le moment, au parlement wallon, le PS a 30 sièges, le MR 25, le cdH 13, Ecolo 4, le PTB 2 et le parti populaire 1. La majorité étant à 38 sièges sur 75, le cdH et le MR peuvent donc y aller seuls mais n’auraient aucun siège « de confort ». L’appui d’Ecolo, du PTB ou du parti populaire est donc nécessaire.

À Bruxelles, le calcul est un peu plus complexe puisqu’il faut 2 majorités : une francophone et une néerlandophone. Du côté francophone, il faut 37 sièges pour une majorité. Le PS en a 21, le MR 18, cdH 9, DéFi 12, Ecolo 8 et PTB 4. L’alternative MR-cdH-DéFi (39 sièges) pourrait fonctionner mais le cdH fait appel à Ecolo certainement pour s’offrir aussi une majorité à la Région Wallonne.

Dernier scénario, et qui est possible mathématiquement, serait une alliance PS-MR à Bruxelles et en Wallonie. Les deux partis compteraient ensemble une large majorité mais ce serait clairement un signal délicat voire désastreux à la population de voir s’associer les deux partis les plus touchés par les récentes affaires. La réaction du président socialiste Elio Di Rupo est plus qu’attendue.

Autre question qui se posera dans les heures à venir : quid des majorités communales où sont présents cdH et PS ? Vont-ils suivre la voix de leur président ? La question se pose de manière cruciale pour la ville de Mons où le MR Georges-Louis Bouchez a appelé le cdH à lâcher son partenaire socialiste dont le patron n’est autre qu’Elio Di Rupo, en énorme difficulté.

MR ouvert au dialogue

Dans un communiqué de presse envoyé dans la foulée de l’annonce de Benoît Lutgen, Olivier Chastel déclare que « le MR est disposé à dialoguer sur l’avenir des entités fédérées ». « Depuis plusieurs mois, nous ne cessons de dénoncer l’inertie des gouvernements fédérés », affirme le président. « En Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles et à Bruxelles, les ministres-présidents socialistes consacrent leurs forces à sauver leur parti. La gestion des entités fédérées passe totalement au second plan ». Le parti tiendra son bureau ce soir. Nul doute que les débats seront animés.

Une « tentative de sauvetage du cdH » selon DéFi

Si le MR est ouvert au dialogue, l’accueil est plus mitigé à DéFi. Olivier Maingain affirme que « c’est une opération de tentative de sauvetage du cdH ». « Si ce parti avait voulu avancer réellement dans la gouvernance, il pouvait le faire ces dernières années, il est au pouvoir en Wallonie comme à Bruxelles, a déclaré le président de DéFi depuis Montréal. Pour le reste, en terme d’affaires et de bonne gouvernance, le PS et le MR sont à égalité dans les dérapages, ce sont ces deux partis qui gouvernent à Bruxelles-Ville, je le rappelle. Les trois partis traditionnels ont tous les trois de grosses responsabilités ». DéFi ne semble donc pas prêt à faire valser la majorité bruxelloise aussi facilement que le souhaiterait le cdH.

Le chef de file du parti au gouvernement bruxellois Didier Gosuin s’était déjà exprimé un peu plus tôt, il critiquait lui aussi la méthode du cdH et de son président. « Je comprends qu’il critique comme moi le PS après le scandale de Publifin, mais mettre des gouvernements cul par-dessus tête, ce n’est pas une méthode ». « Le cdH a été un long compagnon de route du PS. Agir de la sorte, c’est une manière de se donner du poids », a commenté M. Gosuin en marge d’une conférence de presse. Selon lui, le MR n’est pas à l’abri des critiques en matière de gouvernance dans le dossier du Kazakhgate, dans lequel l’ancien président du Sénat et désormais ex-bourgmestre d’Uccle Armand De Decker a joué un rôle de premier plan. « Je ne rentre pas dans ce genre de combine », a conclu Didier Gosuin.

Silence radio du côté d’Ecolo. Contactée par Le Soir, la co-présidente d’Ecolo Zakia Khattabi s’est simplement dite « surprise ». Elle réunira cet après-midi les instances d’Ecolo. Christos Doulkeridis, député bruxellois, s’est également exprimé sur Twitter pour commenter les événements. Tout comme Raoul Hedebouw, porte-parole national du PTB, qui rappelle que le MR est lui aussi au cœur de scandales.

Pour le Premier ministre Charles Michel, il est hors de question de modifier la composition de sa majorité au fédéral à la suite de l’appel lancé par le président du cdH Benoît Lutgen.

 

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