Paris Match Belgique

La ministre Van den Brandt sur la sellette : « Nous devions agir en urgence à cause du Covid »

Écologiste, Elke Van den Brandt rêve d’un monde plus sain. « Je veux créer une ville pour les enfants de 12 ans. Ils doivent pouvoir se déplacer seuls à pied ou dans les transports en commun sans que les parents soient inquiets. » | © DR

Politique

Publiée dans cette rubrique le 25 novembre dernier, l’interview du CEO de Touring Bruno de Thibault, sur le plan d’aménagement des villes et (notamment) les conflits entre automobilistes et cyclistes, a fait beaucoup de bruit. Mise en cause dans l’article, la ministre Elke Van den Brandt réagit.


Paris Match. Le CEO de Touring vous reproche un manque de concertation et, de manière plus concrète, une certaine improvisation en matière d’aménagement de pistes cyclables non sécurisées. Que lui répondez-vous ?
Elke Van den Brandt (*). Nous avons un véritable plan régional de mobilité, baptisé « Good Move ». Initié par mon prédécesseur, Pascal Smet, ce masterplan est le résultat d’un processus de trois ans de rencontres entre la Région, les communes, la police, la STIB, les milieux associatifs, les milieux économiques, les deux autres Régions et tous les acteurs concernés. Ce n’est donc pas un plan du gouvernement, mais bien celui des Bruxellois pour la mobilité. Il a été mis à l’enquête publique et a récolté 80 % de réactions positives. Toutes les mesures qui ont été prises depuis le début de la législature, y compris les mesures provisoires pendant le confinement, l’ont été conformément à ce plan global de mobilité. En ce qui concerne la concertation, il existe à Bruxelles la Commission régionale de mobilité, l’organe officiel de concertation de la Région.
Tous les projets de mobilité lui sont présentés. Participent à ces réunions tous les acteurs de la mobilité, comme précisément Touring, la STIB, les associations de piétons, de cyclistes et de personnes à mobilité réduite, les communes, mais aussi des organismes comme la Ligue des familles ou les acteurs économiques comme Beci. Il y a donc une concertation permanente dans notre ville et nous écoutons les avis de chacun, contrairement à ce que le patron de Touring déclare dans votre précédent article. Bien sûr, à un moment, il faut prendre des décisions. C’est ça, la politique. Et je comprends que les changements demandent des adaptations, que cela peut être difficile pour tout ce qui touche aux aménagements temporaires mis en place dans l’urgence au début de la crise Covid.
Nous devions à tout prix soulager le transport public, éviter l’engorgement de Bruxelles avec un afflux d’automobilistes supplémentaires et créer – je le répète, dans l’urgence – des espaces sûrs pour les piétons et les cyclistes en réorganisant l’espace public de manière temporaire. Aujourd’hui, nous sommes en train de pérenniser ce processus en concertation avec les différents acteurs et, quand c’est nécessaire, de l’adapter. À l’époque, vu le contexte dramatique que nous connaissions, nous n’avions pu organiser suffisamment de concertations.

Vous le déplorez ?
Oui, je regrette de ne pas avoir eu le temps d’en discuter davantage, même si ce plan provisoire a été finalement un succès et s’est avéré efficace : nous avons enregistré 64 % de cyclistes en plus en 2020 et les chiffres sont encore en augmentation pour 2021. Les citoyens enfourchent plus volontiers leur vélo et les automobilistes se disent rassurés. À cet égard, l’exemple du Lambermont est éloquent, quand on sait que la capacité d’une voirie est déterminée par son carrefour. Nous y avons aménagé une bande pour les vélos tout en maintenant sa capacité à absorber le trafic. La fluidité a été maintenue. Les embouteillages à Bruxelles coûtent entre quatre à huit milliards d’euros chaque année. On doit créer des alternatives, et si on parvient à convaincre 20 à 25 % des automobilistes d’utiliser d’autres modes de déplacement que la voiture, on aura résolu le problème des encombrements. Les cyclistes et les piétons sont donc les meilleurs alliés des automobilistes, car ils ne sont pas devant eux dans les embouteillages et ne sont pas en compétition pour leur place de parking.

Parmi les griefs rapportés, il y a aussi la synchronisation des feux rouges et leur franchissement autorisé pour les vélos sous certaines conditions. Il semble que la circulation des cyclistes prenne parfois un tour anarchique, en dépit des 6 500 PV annuellement dressés par la police à l’encontre des plus rebelles.
Tout le monde doit respecter le Code de la route, d’autant que l’impact d’un accident avec un véhicule lourd peut avoir des conséquences incalculables. Voilà pourquoi je plaide pour l’aménagement de nos rues. Celles-ci doivent être adaptées à chaque usager en fonction de sa vitesse. Chacun doit avoir sa place légitime et séparée sur la voirie.

À cet égard précisément, certains déplorent l’étroitesse des pistes cyclables empruntées à la fois par des vélos traditionnels, des vélos électriques, des cargos et autres trottinettes dépassant les 45 km/h.
Le vélo pourrait être la vraie alternative à Bruxelles, pas pour tout le monde, mais pour certains. Pour cela, il faut l’infrastructure adéquate. Il y a encore du travail, mais si je prends l’exemple de la piste cyclable sur la petite ceinture, on est sur la bonne voie pour créer une ville qui invite à se déplacer de manière multimodale. Concrètement, il faut créer des pistes plus larges d’au moins deux mètres. Quant aux différences de vitesse adoptées selon le moyen de déplacement dont on dispose dans les zones 30, ce débat n’a pas lieu d’être. Tout le monde doit respecter la limite imposée, les vélos électriques comme les trottinettes.
D’ailleurs, le Parlement bruxellois est en train de revoir l’ordonnance sur la micromobilité en réduisant la vitesse à 20 km/h, contre 25 km/h actuellement. Des mesures sont également prévues au sujet des nuisances de stationnement des trottinettes. Une politique restrictive sera menée à l’encontre des contrevenants, avec des amendes et des saisies à la clé. Des zones de stationnement leur seront dédiées. Ce n’est d’ailleurs qu’un des enjeux de la sécurité routière. Le texte va bientôt être présenté à la Commission de mobilité régionale et sera soumis à concertation avant d’être voté au Parlement bruxellois.

(*) Membre de Groen, le parti écolo flamand, Elke Van den Brandt (41 ans) est ministre de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière au sein du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.

(…) La suite dans votre Paris Match Belgique de cette semaine

CIM Internet