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Enquête sur l’invasion du Capitole : L’étau se resserre autour de Donald Trump

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Manifestation à New York, le 6 janvier 2022. | © ANGELA WEISS / AFP.

Politique

L’enquête menée par la Chambre des représentants sur l’invasion du Capitole se rapproche de plus en plus de Donald Trump.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Il devait donner une conférence de presse, un an jour pour jour après l’invasion du Capitole. Mais Donald Trump a renoncé, à deux jours de l’événement, rejetant la faute sur la commission parlementaire qui enquête sur les origines de cet événement historique : « Au vu de la malhonnêteté et du parti pris de la Commission de Démocrates, des deux Républicains ratés et des Médias Fake News, j’annule la Conférence de Presse du 6 janvier à Mar-a-Lago jeudi, et à la place je parlerai de ces sujets importants pendant mon meeting du samedi 15 janvier dans l’Arizona : il y aura foule ! », a-t-il écrit, donnant rendez-vous à ses partisans dans cet État du Sud où Joe Biden s’est imposé lors de l’élection présidentielle – la première fois pour un démocrate depuis 1996. Parmi les cibles de sa colère, les deux élus républicains qui ont accepté de siéger au sein de cette commission, Liz Cheney et Adam Kinzinger, qui avaient déjà voté en faveur de sa mise en accusation par la Chambre des représentants.

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Mais si Donald Trump accuse la commission parlementaire, qui enquête également sur les manquements des forces de l’ordre et des services de renseignement, c’est car elle se concentre dernièrement sur son attitude durant l’invasion du Capitole. Joe Biden l’a lui-même évoquée lors de son discours du 6 janvier, fustigeant l’inaction de son prédécesseur sans jamais le nommer et déplorant « un ancien président, qui avait juste rassemblé cette foule, assis dans la salle à manger du Bureau ovale de la Maison-Blanche, regardant tout cela à la télévision et ne faisant rien ». La commission cherche à déterminer le rôle qu’a joué le milliardaire, qui avait rassemblé ses partisans à l’occasion de cette manifestation « Stop the Steal » (« Arrêtez le vol »), au cours de laquelle il les a appelés à se « battre comme des diables sinon vous n’aurez plus de pays ». À ses yeux, « l’insurrection a eu lieu le 3 novembre, ce qui s’est passé le 6 janvier était la protestation complètement sans armes de l’élection truquée ». « Pourquoi la commission peu sélective d’amateurs hautement partisans n’enquête-t-elle pas sur la CAUSE de la manifestation du 6 janvier, qui était l’élection truquée de 2020 ? », martèle-t-il, sans rappeler qu’aucune preuve de fraude n’a été mise au jour, malgré la soixantaine de recours devant la justice de son équipe de campagne.

Une potentielle enquête pénale visant Donald Trump ?

Depuis sa création à l’été dernier, la commission a interrogé plus de 300 témoins dont des anciens de l’administration Trump, cité plus de 50 personnes à comparaître et a obtenu plus de 35 000 pages de documents, dont les nombreux échanges de messages entre le « chief of staff » de la Maison-Blanche Mark Meadows et certaines stars de Fox News, la puissante chaîne conservatrice d’info. « Mark, le président doit dire aux gens du Capitole de rentrer chez eux. Cela nous fait du mal à tous. Il détruit son héritage », l’avait ainsi mis en garde Laura Ingraham. « Il détruit tout ce que vous avez fait », avait abondé Brian Kilmeade. Donald Trump Jr, le fils aîné de l’ancien président américain, passait également par lui pour demander l’intervention de son père, survenue plus d’une heure après les premières violences avec un message ambivalent, déplorant les violences tout en assurant les émeutiers de son soutien. De son côté, Donald Trump a saisi la Cour suprême, refusant de transmettre ses propres documents à l’enquête.

L’enjeu est majeur : si les preuves sont suffisantes, explique le New York Times, la commission pourrait demander au ministère de la Justice l’ouverture d’une enquête pénale contre Donald Trump, déjà mis en accusation pour « incitation à l’insurrection » et qui avait échappé à la destitution (après la fin de son mandat) grâce à l’acquittement par le Sénat. « Nous savons que des heures se sont écoulées sans la moindre action de la part du président pour défendre le Congrès des États-Unis d’une attaque alors que nous étions en train de compter les grands électeurs. Est-ce que Donald Trump, activement ou passivement, a cherché de façon corrompue à faire obstruction ou à entraver le processus officiel du Congrès ? », a demandé Liz Cheney, qui était présente avec son père, l’ancien vice-président Dick Cheney, au Congrès le 6 janvier dernier pour l’hommage un an après l’événement.

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Du côté des proches de Donald Trump, l’étau se resserre aussi. Le mois dernier, les élus ont demandé des poursuites pénales à l’encontre de Mark Meadows, qui s’est rétracté après avoir initialement déclaré qu’il collaborerait avec l’enquête, comme ils l’ont fait pour Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. Deux élus républicains pro-Trump, Jim Jordan et Scott Perry, ont refusé de témoigner, dénonçant une enquête partisane malgré la présence de leurs collègues républicains du Wyoming et de l’Illinois. « Cela rassemble des gens qui ont des opinions politiques très différentes, mais qui se rassemblent lorsque l’on touche à la défense de la Constitution, donc cela me donne de l’espoir », a estimé auprès de ABC News Liz Cheney, exclue de ses fonctions de direction au sein du groupe républicain pour s’être publiquement opposée à Donald Trump.

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