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Un an après son incarcération, Alexeï Navalny « ne regrette pas une seconde »

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Alexeï Navalny en 2015. | © ABACAPRESS.

Politique

Un an après son interpellation à son retour en Russie, l’opposant Alexeï Navalny a assuré ne « pas regretter une seconde » d’être revenu.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Malgré des conditions d’incarcération difficiles, une grève de la faim et les attaques contre son organisation, Alexeï Navalny n’a pas de regrets. L’opposant russe s’est exprimé ce lundi, dans une publication sur les réseaux sociaux pour marquer le premier anniversaire de son interpellation à son retour de Russie, après plusieurs mois de convalescence en Allemagne suite à la tentative d’empoisonnement dont il a été la cible, et pour laquelle il accuse le Kremlin.

« Je n’ai pas réussi à faire un seul pas dans mon pays en tant qu’homme libre, j’ai été arrêté avant même le contrôle des frontières », a-t-il écrit dans ce message, accompagné d’une photo le montrant avec son épouse Ioulia. Même s’il savait qu’il risquait gros en rentrant en Russie, Alexeï Navalny assume : « Je l’ai fait, je ne le regrette pas une seconde et je continuerai à le faire », a-t-il insisté. « Après un an de prison, je vous dis ce que j’ai crié devant le tribunal : n’ayez pas peur », est-il écrit dans le texte transmis depuis la prison de Vladimir, où il est incarcéré. « J’ai récemment lu que des employés du ministère de l’Intérieur sont renvoyés pour avoir aimé un de mes messages. Ainsi, en Russie en 2022, même un like peut être une manifestation de courage. »

 

Alexeï Navalny passera ce premier anniversaire d’interpellation au tribunal, ou presque. Il comparaît devant la cour de Pétouchki, par visioconférence, où devaient être entendues deux plaintes qu’il a déposées contre l’administration pénitentiaire – une a déjà été rejetée, explique le Moscow Times. L’opposant purge actuellement une peine de deux ans et demi de prison pour violation du contrôle judiciaire pour une condamnation de 2014, estimant que son rapatriement sanitaire en Allemagne allait contre les conditions de son sursis. Il encourt désormais des poursuites pour « terrorisme », qui pourraient lui valoir de lourdes peines de prison.

Répression accrue de l’opposition dans le pays

Le Parlement européen lui a décerné, le mois dernier, le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Une recompense qu’est venue accepter en son nom sa fille aînée, Daria Navalnaya, qui était alors revenue sur l’arrestation de son père : « Il n’y a pas eu de discussion sur un retour ou non en Russie. Nous savions qu’il serait emprisonné, mais pas forcément depuis l’aéroport. C’était le moment le plus choquant, si honteux qu’ils décident de l’arrêter à l’aéroport, ne pas le laisser rentrer à la maison, parler à ses parents, à notre famille. »

Son directeur de cabinet Leonid Volkov, qui a récemment été ajouté à la liste des « terroristes et extrémistes », vit en exil mais ne se pense pas pour autant protégé, nous avait-il expliqué : « Nous avons au Kremlin un fou avec une équipe d’empoisonneurs. On ne peut pas vraiment se protéger à 100%, sans vivre dans un bunker pour toujours. Du Novichok pourrait se trouver ici ou là », avait-il dit en se saisissant de son verre et de son stylo, citant le produit utilisé pour empoisonner Alexeï Navalny en Sibérie mais aussi l’ancien agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni. « Une fois qu’on a décidé de continuer à vivre, d’accepter le risque, il ne faut pas trop y penser. C’est une certaine discipline intellectuelle, j’ai l’impression de m’en sortir… tant qu’on ne me pose pas trop la question, tout va bien. » Cette date du 17 janvier va « entrer dans l’histoire comme le début de la fin du poutinisme », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux ce lundi.

Alexeï Navalny emprisonné, son parti a également été visé : son organisation a été bannie pour extrémisme en juin dernier, dans le cadre d’une répression sévère des ONG et opposants dans le pays. En témoigne la dissolution de l’organisation Memorial, créée en 1989 pour enquêter sur les crimes commis sous le régime soviétique, ordonnée deux fois en deux jours par la justice le mois dernier. Dans les deux cas, il a été reproché à l’organisation d’avoir enfreint la loi sur les « agents de l’étranger » – qui qualifie en tant que tel toute structure recevant des fonds étrangers, et qui rappelle celle d’« ennemi du peuple » de l’époque soviétique – et d’avoir fait l’apologie du « terrorisme » et de l’« extrémisme » en publiant une liste de prisonniers contenant les noms de membres de groupes religieux ou politiques interdits dans le pays comme les témoins de Jéhovah.

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