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A Saint-Pétersbourg, la « grand-mère contre la guerre » devient un symbole de paix

Yelena Osipov

L’artiste russe Yelena Osipov arrêtée à Saint-Pétersbourg pour avoir manifesté pour l'Ukraine. | © ABACAPRESS.

Politique

Mercredi soir, l’artiste russe Yelena Osipova, connue pour son activisme et pour avoir survécu au siège de Leningrad, a été arrêtée par la police alors qu’elle manifestait pour l’Ukraine.

D’après un article Paris Match France de C.R.

Elle a été arrêtée sous les applaudissements des manifestants. Yelena Osipova est devenue en quelques heures le symbole du mouvement russe pour la paix en Ukraine. Alors que cette artiste activiste protestait avec ses œuvres dans les mains, mercredi soir à Saint-Pétersbourg, elle a été interpellée par les autorités locales qui ont reçu l’ordre d’interdire tout acte en faveur de l’Ukraine, attaquée depuis une semaine. Les images de l’arrestation de cette femme de 77 ans, surnommée ces dernières heures « la grand-mère russe contre la guerre » sont d’autant plus fortes qu’elle a survécu, lors de la Seconde Guerre mondiale au siège de Leningrad par l’armée allemande, qui a duré du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944.

Fervente défenseuse de la paix, Yelena Osipova avait, à l’occasion du 75ème anniversaire de cet évènement tragique, dessiné un graffiti sur un mur de sa ville, en honneur à son amie Nikitina, dont la famille entière a été tuée à l’époque. La première manifestation de cette femme remonte à des années, et ses premières arrestations aussi. Interrogée par le site The Russian Reader, elle expliquait en 2015 alors que ses œuvres étaient exposées pour la première fois, avoir été détenue à plusieurs reprises depuis des décennies. « Un été, il y avait le sommet du G20 ici. J’y suis allée avec un poster qui disait : ‘Ne croyez pas à la justice de la guerre’, et un autre à propos de l’élimination des déchets nucléaires. La police m’a arrêtée et c’est arrivé plusieurs fois depuis, parfois même de façon violente », se souvient-elle dans cette publication. « Il y a eu des incidents désagréables à l’extérieur du palais Mariinsky sur la place Saint-Isaac lorsque la guerre avec l’Ukraine a commencé ».

À l’époque, elle regrettait que de moins en moins d’habitants soient en capacité de manifester, à cause des « lois restrictives ». « Les gens restent chez eux, comme à l’époque soviétique. Les lois rendent tellement difficile le fait de payer des amendes. Avant, la plus grosse était de 500 roubles. Les gens collectaient de l’argent en ligne et l’envoyaient aux prisonniers. Mais maintenant, les amendes sont tellement fortes qu’on ne peut plus payer ». Et d’ajouter : « Dommage que la société se soit résignée dès le départ et ne se soit pas opposée à ces lois. Après tout, ils auraient pu résister et descendre dans la rue, mais malheureusement, quand les gens commencent à mieux vivre, ils deviennent indifférents ».

Marquée par le meurtre de Boris Nemtsov

En 2020, un autre article du même média relatait une nouvelle arrestation de cette artiste, alors qu’elle était descendue dans la rue pour honorer le 34ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. « La police l’a détenue au poste pendant trois heures, a confisqué ses peintures et l’a accusée d’une infraction administrative », était-il écrit.

Dans ses œuvres, Yelena Osipova raconte les différentes histoires de son pays, avec des silhouettes, des visages et des animaux. Dans l’une d’elles, elle présente deux corbeaux symbolisant « l’anti-guerre ». « J’ai dessiné ça après le meurtre de Boris Nemtsov », explique-t-elle. Cet opposant à Vladimir Poutine, vice-Premier ministre à l’époque du président Boris Eltsine, a été abattu de quatre balles tirées à bout portant sur un pont à deux pas du Kremlin, le 27 février 2015. Mercredi, elle manifestait en réponse à l’appel de l’opposant emprisonné Alexeï Navalny. Les rassemblements ont eu lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg. Des centaines de personnes y ont été arrêtées.

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